Avant-Première VO : Review Cyberforce/Hunter-Killer #2[FRENCH] Top Cow continue de réintroduire Cyberforce et l’escouade de Hunter-Killer sur fond de résurgence de leurs ennemis respectifs. D’une part le dessin de Kenneth Rocafort est, une fois encore, original mais de plus Mark Waid se trouve être le scénariste qu’il faut pour faire progresser certains des personnages tout en respectant une structure digne du Silver Age…

Cyberforce/Hunter-Killer #2 [Top Cow] Scénario de Mark Waid
Dessins de Kenneth Rocafort
Sortie aux USA le mercredi 30 septembre 2009.

Cyberforce/Hunter-Killer #2Trame connue : quand deux super-équipes se rencontrent, elles commencent par passer le plus clair du premier épisode à se taper dessus. Le deuxième épisode, lui, consiste à passer à l’étape « et si on se parlait au lieu de s’affronter ? ». Ici, ce schéma connu ne manque pas de se reproduire. Encore que… encore que Mark Waid brouille un peu les cartes en mettant en scène une « réunion dans la réunion ». Non seulement la bande d’Hunter-Killer est confrontée à la Cyberforce mais il leur faut également refaire connaissance avec Ellis (qui était un peu le candide de la première série Hunter-Killer et qui entretemps est visiblement devenu un dur à cuir expérimenté à qui on ne la fait plus). A comparer, il est un peu dommage que Waid n’ait pas autant de latitude pour faire grandir un ou deux membres de Cyberforce de la même manière mais les scènes les concernant restent plaisantes.

L’intérêt réel de l’histoire provient d’un glissement pour ainsi dire sémantique que Waid insère dans la trame de fond. Rappelez-vous : Sous l’influence de Wolverine, au début des années 90 les super-cyborgs pullulaient chez tous les éditeurs et Cyberforce en était un exemple-type. Les héros devenaient des hommes-objets dont les membres étaient autant d’extensions artificielles sans que cela ne les traumatisent. Ils étaient comme des personnages tombés d’un Ghost In The Shell qui assumeraient totalement leur déshumanisation puisqu’elle était la condition pour avoir leurs « pouvoirs ». Ici, Waid fait revenir Cyberdata non plus comme un fabriquant de cyborgs (encore que, si, la firme continue d’employer quelques gros bras artificiels) mais avant tout comme une société de communication « 2.0 », comme la version gargantuesque d’un Facebook ou d’un MySpace qui auraient décidé de piétiner allègrement les lois « informatique et liberté » pour s’approprier toutes les données personnelles du public et pouvoir manipuler les masses.

L’enjeu, à partir de là, n’est plus tellement un affrontement de « cyberhommes » mais bien le thème de « Big Brother is watching you » revisité. Là où les épisodes de la Cyberforce des années 90 glorifiaient l’homme-plug-in, le tournant induit par Waid achève d’en faire au contraire un concept qui craint la technologie de la manipulation (ou la manipulation de la technologie, c’est comme vous voulez, ça fonctionne dans les deux sens). Et en même temps Waid arrive à ne pas être prisonnier de l’actualité et à faire quelques clins d’œil à des principes bien connus des lecteurs des comics, comme le mix entre les membres de deux équipes divisés en petits groupes pour accomplir des missions à travers le monde. En dessous du vernis du dessin de Rocafort, on n’est pas loin de la structure des vieux team-ups entre la Justice League et la Justice Society. Cyberforce/Hunter-Killer #2 est au final un bon épisode de transition mais on sent clairement que Waid à une préférence pour les protagonistes de H/K, qui sont ses personnages (là où il ne fait qu’emprunter Cyberforce à ce stade). Espérons qu’il équilibrera la dose dans les pages qui lui restent…

[Xavier Fournier]