A l’ombre des crossovers habituels de DC Comics, Brian Michael Bendis et Alex Maleev proposent avec Event Leviathan un rendez-vous qui donne la part belle aux héros « street level » de l’éditeur, occupés à chercher parmi eux qui est le traitre (ou la traitresse). Quelques semaines après Heroes In Crisis il est difficile de ne pas faire des comparaisons. Tout comme on ne peut pas occulter non plus les rapprochements avec des projets précédents de Bendis lors de son époque Marvel.

Event Leviathan #3Event Leviathan #3 (DC Comics)
Scénario de Brian Michael Bendis
Dessin de Alex Maleev
Parution aux USA le mercredi 13 août 2019

« Qui donc se cache sous la cagoule rouge ? » promet la couverture. Autant vous le dire tout de suite, malgré cette promesse, vous ne serez pas plus avancé sur l’identité de Leviathan au terme de cet épisode. On y croise bien Red Hood et c’est toujours Jason Todd, soupçonné par ses pairs, mais pour ce qui est de savoir qui est le méchant de l’histoire, circulez. Pour l’instant il n’y a rien à voir. Cela ne veut pourtant pas dire que l’épisode est vide de sens, Bendis se recentrant sur une poignée de héros réfugiés à l’intérieur de la Forteresse de la Solitude pour faire le point. On reconnaît certainement les marottes de Bendis, qui réunit un casting digne d’un équivalent DC des Marvel Knights. Il y a d’ailleurs une certaine ironie à voir tout ce petit monde dirigé par Lois Lane, personnage que le même Bendis de Marvel tuait dans un de ses épisodes de The Pulse il y a déjà quelques années. Mais ce qu’on apprécie, c’est que Bendis ne vise pas seulement un effet « all-stars » et s’intéresse aussi aux laissés pour compte. Là aussi, c’est logique. L’homme qui a ramené au gout du jour Luke Cage ou Spider-Woman en fait de même en faisant vivre quelques fan-favorites. A côté de Batman, Robin ou Green Arrow, on croise donc Plastic Man (utilisé ces temps-ci chez les Terrifics mais rarement en solo), Question ou Manhunter. A partir de là, les choses sont intéressantes, avec des personnages aux philosophies et aux méthodes bien différentes, qui échangent sur le comportement à évoquer. L’auteur fait un vrai travail sur les dialogues… Encore que par endroit, sur certaines vignettes, on peut se demander s’il n’y pas inversion des bulles : Question semble un moment ne s’exprimer que par des interrogations, comme il est de coutume. Mais sur d’autres phases c’est le personnage en face qui pose une question et lui qui « affirme », là où le contraire semblait plus logique. Le seul qui est un peu étonnant, c’est Green Arrow. Bendis l’écrit plus comme un déconneur, plus comme un « trickster » (et finalement plus comme Hawkeye) que comme le militant impliqué qu’est généralement le Oliver Queen des comics.

« … Are those men bothering you? »

Le dessinateur Alex Maleev est à l’aise avec les choses de l’ombre, on le sait depuis belle lurette, mais sans doute un peu moins avec les aspects les plus « flashy », les plus « premier degré » du super-héroïsme. Avec des costumes plus « colorés » tels que ceux de Robin, Leviathan et du personnage vu sur la dernière page, il s’en tire cependant très bien. Son côté anguleux donne de la force à l’ensemble, quelque chose qui a à la fois un ton déterminé et martial. Un des points forts de Maleev, c’est de donner de la force à des personnages immobiles, qui ne sont pas simplement des figurants posés là. C’est un élément essentiel dans cette histoire où les héros chassent un mystère (qui donc est Leviathan) mais n’y sont pas encore. Autre parallèle à faire avec les précédents projets des compères Bendis/Maleev, le rôle de Waller en fuite évoque aussi beaucoup le moment où Nick Fury était passé « undercover » et intervenait de loin dans des crossovers tels que Secret Invasion. Malgré leurs désaccords, les justiciers s’organisent dans un but commun. Il y a des différences de points de vue mais à ce stade il y a le sentiment d’une méthode. C’est quelque chose qui fait qu’Event Leviathan semble déjà beaucoup plus technique que le récent Heroes In Crisis (sans préjuger de la fin, puisque ce genre d’histoire dépend forcément de l’identité du coupable). A minima on apprécie l’occasion de mettre un coup de projo sur Question, Manhunter et même sur Green Arrow qui, loin de la notoriété de sa série TV, n’a pas toujours l’aura qu’il mérite dans les comics.

[Xavier Fournier]