[FRENCH] Passé le premier épisode, on avait compris l’intrigue : des super-criminels s’étaient introduits dans le monde réel (ou tout au moins dans « un » monde réel). Le deuxième chapitre n’avait guère amené les réponses attenduse. Et le troisième ? En un sens c’est pareil mais Millar sait y faire pour mettre d’un seul coup la pression. Scène après scène les méchants de service démontrent l’horreur dont il sont capables. Un Cloverfield au pays des comics ?

Marvel 1985 #3 [Marvel] Scénario : Mark Millar
Dessins : Tommy Lee Edwards
Sortie aux USA : le 16 juillet 2008

Depuis pratiquement le début on sait que quelque chose est arrivé, il y a des années, entre le père du jeune Toby et un certain Clyde Wyncham. Quoi ? Il faudra attendre une autre fois pour avoir plus de détails, même si cet épisode en dit un peu plus sur le passé et la mentalité du père de Toby. D’un côté on pourrai se plaindre, dire que l’intrigue trépigne mais non, là pour le coup Millar, à défaut de révèler les secrets de Wyncham, s’en donne à coeur joien avec des scènes de meurtres et de destruction. On a très certainement pas l’impression de lire 22 pages de vide, non, le scénariste arrive à démontrer l’horreur de la situation : depuis des années nous – lecteurs de comics – nous sommes habitués à voir dans les super-villains des gens aux costumes bariolés, certes menaçants mais dans 99% des cas stoppés net (par des Spider-Man ou Wolverine) avant d’avoir pu faire le moindre mal…

Là, Mark Millar les montre comme la meute de serial-killers qu’ils sont. A plus forte raison quand personne n’est là pour les arrêter ou même comprendre ce qu’ils sont. Ce que fait Millar dans cet épisode, c’est un peu la version super-villains de Marvels, quand Alex Ross montrait Giant-Man enjambeant les passants. Là, la technique s’approcherait un peu de Cloverfield: un matin les super-villains sont là et la population n’est pas du tout préparé. En un sens le lecteur non plus car de scène en scène le scénariste a su nous mettre au niveau des « figurants » du récit. Quand une file d’attente se forme dans la forêt, nous sommes comme Toby : dans un premier temps on ne comprends pas ce qui se passe, avant de mesurer seulement tardivement l’horreur de la situation. La plupart des bad guys de Marvel sont loin d’être des enfants de choeur. Peu d’entre eux sont intéressés par la perspective d’un hold-up (ironiquement, le seul qui tente le coup dans cet épisode ne s’en tire pas vivant). Non, ce sont des tueurs de masse. Le moment de la « comptine » est effrayant. La scène du jardin d’enfants. Et quand les monstres attaquent ou quand le vendeur de journaux n’arrive pas… On est souvent incapable de prédire ce qui se cache dans la page suivante.

Non, la compréhension de la « raison » de ces événements ne progresse pas. Mais cette suite de vignettes donner toute sa dimension à la série. Mark Millar est en overdrive et Tommy Lee Edwards, avec son style si particulier, démontre qu’il est tout à fait indiqué pour cette histoire qui mélange souci de réalisme et des horreurs irréelles sur lesquelles on tombe au détour d’une rue. Un numéro particulièrement efficace, sur tous les plans…

[Xavier Fournier]