[FRENCH] En 2010, DC Comics a fêté un anniversaire. Quoi de très exceptionnel puisqu’en fin de compte, me direz-vous, on vit à raison d’un anniversaire par an… Seulement voilà, la soixante-quinzième bougie de l’éditeur de Superman, Batman, Wonder Woman et quelques autres a été fêté en grande pompe cette année, d’une manière qui instaure un véritable précédent. Et le volumineux ouvrage de Paul Levitz paru chez Taschen y est sans doute pour quelque chose…

Entendons-nous bien. Des livres sur les comics il y en a eu des tas. Il y en aura (on l’espère) encore beaucoup. Mais l’édition « XL » de 75 Years of DC Comics établi, avant même qu’on l’ouvre, un record. Un objet énorme (29 x 39,5 cm, dans une sorte de valise/coffret) épais de 720 pages… Rien que sur le plan physique c’est d’emblée le plus gros ouvrage qui ait été consacré aux comics. Du coup, il a les incovénients de ses avantages. Il est certain qu’il n’est pas l’ouvrage le plus « démocratique » par son prix (150 euros quand même) ni le plus ergonomique non plus (de par sa taille et son poids ce n’est pas non plus le genre de livre de chevet que vous allez pouvoir lire facilement le soir, au lit). Non, 75 Years of DC Comics est un objet massif qui s’expose, qu’on ne lit pas à la volée dans le bus mais dont on picore les éléments en remontant les époques au gré de doubles pages aux reflets métalliques (il y a une certaine diversité dans les papiers utilisés pour marquer le passage du temps)…

C’est, en un sens, une bible consacrée à DC. Et si une partie non négligeable du matériel consiste en des reproductions de couvertures qui ont marqué (certaines plus que d’autres) ces 75 dernières années, il ne faut pas sous-estimer le côté coulisses (reproduction de croquis préparatoires, anecdotes sur l’évolution de l’éditeur et de ses collaborateurs). Non, ce n’est certainement pas un livre comme les autres. C’est plus comme une sorte de (gros) billet d’avion qui nous proposerait un vol dans l’histoire de DC. Paul Levitz, ancien responsable de DC peut se baser sur sa propre expérience, sur les archives de la maison ou sur les souvenirs des vétérans… mais on sent bien qu’il y a un véritable travail de recherche. A noter cependant que l’édition a été réalisée de manière internationale. C’est à dire que le livre principal est en anglais… Mais qu’une localisation a été faite (un petit livret contient l’essentiel du texte traduit en Français).

Bien sûr, les amateurs des concurrents de DC nous objecterons que ce véritable petit « monolithe » n’a pour sujet qu’un seul éditeur mais quand même. D’abord l’histoire de DC se confond avec celles des comics dans le sens où la création de firme, en 1935, est synchrone du lancement de fascicules originaux qui ne se contentaient pas de réimprimer des strips de presse. Même s’il est certain que ce n’est pas dans ce livre qu’on va nous en mettre des tartines sur Stan Lee et les X-Men, il n’en reste pas moins que les centaines de pages reflètent l’évolution des comics sur les 75 dernières années… Et puis l’existence même d’un livre de ce type rend possible le fait qu’il y en ait d’autres, ouvre des possibilités, des appétits… Paul Levitz et Taschen mettent la barre très haute mais ils constituent ainsi un véritable modèle pour d’autres projets du même genre…

[Xavier Fournier]