Après une première saison saluée aussi bien par les fans de longue date que par les nouveaux venus, X-Men ’97 revient avec une deuxième saison particulièrement attendue. Le final de la saison précédente avait laissé les mutants dans une situation pour le moins inédite : dispersés à travers le temps après les événements cataclysmiques de Genosha. Une conclusion audacieuse qui ouvrait la porte à de nombreuses possibilités narratives. Ces quatre premiers épisodes démontrent que les scénaristes ont bien l’intention d’exploiter pleinement ce potentiel.
L’une des grandes réussites de ce début de saison réside dans sa structure. Plutôt que de précipiter les retrouvailles de tous les personnages, les scénaristes choisissent d’explorer les conséquences de cette dispersion temporelle en suivant trois groupes distincts évoluant chacun dans une époque différente. La première intrigue nous emmène dans un futur lointain où Nathan Summers, plus connu sous le nom de Cable, retrouve enfin ses parents, Scott Summers et Jean Grey. Dans ce monde dévasté, Apocalypse a imposé sa loi et l’espoir semble avoir disparu depuis longtemps. Cette partie de la saison joue habilement avec l’héritage du personnage de Cable, tout en approfondissant les liens familiaux qui unissent les Summers. Les retrouvailles entre Nathan et ses parents constituent le cœur émotionnel de cette intrigue. Derrière les affrontements spectaculaires et les enjeux cosmiques se cache une histoire profondément humaine sur la famille, le sacrifice et la transmission. À l’opposé chronologique, un second groupe de mutants se retrouve plongé dans l’Égypte antique. Une période fascinante qui permet à la série de revisiter les origines d’Apocalypse sous un angle inattendu. Car En Sabah Nur n’est pas encore le conquérant impitoyable que connaissent les fans. Il s’agit ici d’un jeune homme confronté à son destin, encore malléable. Les X-Men peuvent-ils influencer son parcours ? Peuvent-ils empêcher la naissance du futur tyran ou sont-ils condamnés à assister impuissants à l’accomplissement d’un destin déjà écrit ? Cette intrigue explore des thèmes classiques de la science-fiction liés au voyage temporel, mais elle s’appuie surtout sur les valeurs fondamentales des X-Men : la compassion, l’éducation et la possibilité de changer. Enfin, dans le présent, la série suit Jubilee qui rejoint temporairement X-Force, l’équipe menée par Cable. Cette formation plus radicale se retrouve confrontée aux X-Factor dirigés par Alex Summers, alias Havok. Cette troisième intrigue offre une dynamique différente, davantage tournée vers l’action et les rivalités idéologiques entre groupes de mutants. Elle permet également à Jubilee de gagner en maturité et de s’affirmer davantage comme héroïne à part entière. Le résultat est un ensemble particulièrement riche où chaque époque possède sa propre identité visuelle, son propre ton et ses propres enjeux. Tout en créant d’amblé un point narratif fort : le vilain Apocalypse qui est au centre de cette saison.
Face à une telle multiplication des intrigues, on pouvait craindre une narration trop éclatée. Pourtant, ces quatre épisodes surprennent par leur maîtrise du rythme. Chaque épisode choisit de mettre l’accent sur une équipe spécifique plutôt que de multiplier les allers-retours incessants. Au départ, ce choix peut dérouter. Les fans ont naturellement envie de retrouver l’ensemble de leurs personnages préférés et certains mutants se font plus discrets durant cette première partie de saison. Cependant, cette frustration initiale laisse rapidement place à une véritable appréciation de la démarche. Les scénaristes prennent le temps de développer chaque groupe, de construire les relations entre les personnages et de poser les enjeux propres à chaque époque. Cette respiration narrative profite énormément aux arcs émotionnels. Les conflits ne reposent jamais uniquement sur les combats ou les menaces extérieures. Comme souvent avec les X-Men, les véritables enjeux sont aussi psychologiques et philosophiques. Les tensions entre le Professeur Xavier et Magnéto continuent d’irriguer l’ensemble du récit. Même lorsque les deux hommes ne partagent pas directement l’écran, leurs idéaux respectifs influencent les décisions des différents groupes de mutants. La question de savoir comment construire l’avenir des mutants demeure au centre de la série. De son côté, la relation entre Jubilee et Cable apporte une autre forme de conflit. Les deux personnages incarnent des visions très différentes de l’héroïsme et du combat. Jubilee représente encore une certaine forme d’optimisme tandis que Cable reste marqué par les horreurs du futur qu’il a connu. Leurs échanges donnent lieu à plusieurs moments particulièrement réussis qui rappellent pourquoi les X-Men ont toujours dépassé le simple cadre du récit de super-héros. Cette attention portée aux personnages permet à la saison de conserver ce qui a fait le succès de la première : sa capacité à mêler action spectaculaire et réflexion sur l’identité, le libre arbitre ou encore la responsabilité.
Sur le plan technique, X-Men ’97 confirme tout le bien que l’on pensait de sa première saison. L’animation demeure l’une des plus belles productions télévisées actuelles dans le domaine du super-héros. Les équipes artistiques parviennent à conserver l’identité visuelle de la série animée des années 1990 tout en profitant pleinement des outils modernes. Les mouvements sont fluides, les combats particulièrement lisibles et chaque pouvoir mutant bénéficie d’une mise en scène soignée. Les choix de design continuent également de faire mouche. Les personnages conservent des silhouettes immédiatement reconnaissables tout en bénéficiant d’un niveau de détail supérieur à celui de la série originale. Les costumes, les expressions faciales et les décors témoignent d’un véritable souci de cohérence esthétique. La gestion des couleurs mérite également d’être saluée. Chaque époque possède sa propre palette chromatique. Le futur dominé par Apocalypse privilégie des teintes froides, métalliques et désaturées qui renforcent l’impression de désolation. À l’inverse, l’Égypte antique bénéficie de couleurs chaudes baignées par la lumière du soleil, offrant des paysages majestueux et presque mythologiques. Quant aux scènes se déroulant dans le présent, elles jouent davantage sur les contrastes et les éclairages dynamiques afin de souligner l’énergie des affrontements entre équipes mutantes. Le travail sur la lumière participe fortement à l’identité de cette saison. Les jeux d’ombres, les contre-jours et les effets atmosphériques donnent régulièrement à certaines séquences une dimension quasi cinématographique. Plusieurs plans évoquent davantage une production destinée au grand écran qu’une simple série télévisée.
Ces premiers épisodes étaient également très attendus pour une autre raison : ils marquent le début d’une nouvelle étape pour l’équipe créative. Le départ forcé du showrunner Beau DeMayo avait suscité de nombreuses interrogations quant à l’avenir de la série. Pour l’instant, les inquiétudes semblent largement dissipées. Sous la direction de Matthew Chauncey, la série conserve les fondations mises en place lors de la première saison tout en poursuivant les intrigues laissées en suspens. Il faut dire que le matériau d’origine reste particulièrement solide. Ces épisodes puisent abondamment dans plusieurs grandes sagas des comics des années 1990. On retrouve notamment l’influence de The Rise of Apocalypse, qui explore les origines d’En Sabah Nur, ainsi que celle de The Adventures of Cyclops and Phoenix, centrée sur Scott, Jean et Nathan Summers dans le futur. L’esprit des comics X-Force popularisés par Rob Liefeld est également très présent dans les segments consacrés à Cable et à son équipe. Cette fidélité aux comics constitue à la fois une force et un défi. Les fans apprécient naturellement de voir ces histoires emblématiques adaptées à l’écran, mais la série devra également trouver un équilibre entre hommage et surprise. Les premières bandes-annonces laissent déjà entrevoir l’influence de l’ère Morrison, particulièrement appréciée des lecteurs pour sa modernisation des X-Men au début des années 2000. Et comment ne pas rêver d’une adaptation d’Onslaught, l’un des événements les plus marquants de l’histoire des mutants ? Reste à voir jusqu’où les scénaristes souhaiteront pousser ces références. À long terme, il serait souhaitable que la série s’autorise également davantage d’intrigues originales afin d’éviter de devenir uniquement une succession d’adaptations de récits déjà bien connus. L’univers des X-Men est suffisamment vaste pour permettre de nouvelles histoires capables de surprendre même les lecteurs les plus aguerris.
Avec ces quatre premiers épisodes, X-Men ’97 réussit un retour particulièrement convaincant. En exploitant intelligemment sa structure temporelle, en accordant du temps à ses personnages et en conservant une qualité d’animation remarquable, la série démontre qu’elle n’a rien perdu de sa capacité à captiver. Si le reste de la saison maintient ce niveau d’exigence, les fans des mutants peuvent s’attendre à de longues heures de visionnage passionnantes.
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