Jeudi 30 avril 2026, dans le cadre d’une tournée française organisée par Album et le réseau Momie BD, le scénariste Chris Claremont, entré dans la légende avec son travail sur les X-Men (mais aussi de nombreuses autres séries et personnages), était de passage à Lyon. L’occasion de le recevoir en grande pompe à l’Institut Lumière (plus précisément au Hangar du premier film, berceau du cinéma), dans un premier temps pour une séance de dédicaces qui dépassait les attentes des organisateurs. Claremont, affable comme à son habitude, ne cachait pas sa joie de se retrouver au contact de ses lectrices et lecteurs. Ces derniers le lui rendaient bien, profitant de la rencontre pour le remercier pour une carrière débutée il y a maintenant plus d’un demi-siècle. Claremont assurait aussi gentiment la promotion de son prochain projet en VO (une minisérie consacrée à Gambit, à sortir dans quelques semaines aux USA).
À la séance de dédicaces succédait donc une projection des deux premiers films X-Men, introduite par une discussion sur scène avec le maître. Succès oblige, la discussion était d’ailleurs retardée d’une bonne grosse demi-heure en raison de l’affluence des dédicaces. L’équipe de l’Institut Lumière avait cependant veillé au grain et préparé un montage humoristique sur « les personnages non invités » ce soir-là, rappelant qu’au XXe siècle, Marvel au cinéma, c’était tout autre chose, qu’on évoque Howard the Duck ou les téléfilms de Captain America, Spider-Man, Docteur Strange ou autres. S’il est de bon ton de dire qu’aujourd’hui le cinéma ne respecte pas la configuration d’origine des super-héros, ce montage nous rappelait qu’on revient de loin, et même de très loin, en la matière.
Pressé de raconter comment il s’était retrouvé nommé à l’écriture des X-Men, Claremont continuait de plaisanter un peu : « Shhhh. Vous avez douze heures, là ? Non ?« , avant de commencer à répondre sur le fond : « J’ai commencé à travailler pour Marvel en 1968 [1]. Roy Thomas et Neal Adams travaillaient alors sur les X-Men. Et sur un élément crucial de leur histoire, j’ai trouvé et proposé une solution. Un peu après ça, Len Wein et Dave Cockrum cherchaient eux aussi un problème scénaristique sur Giant-Size X-Men #1 et j’ai là aussi proposé une idée. Et comme Dave Cockrum produisait les dessins les plus merveilleux de cette époque (ou de ce qui a suivi depuis), quand Len Wein a renoncé à écrire la série, je lui ai sauté dessus en m’écriant ‘Je veux ce titre !’ et il a dit oui. Le reste, comme on dit, fait partie de l’Histoire« .
Sommé d’expliquer son extraordinaire longévité sur ce titre (et plus largement dans les comics), Chris Claremont jouait la carte de l’humour et de la complicité avec le public, adoptant un ton faussement vantard (Claremont est, au contraire, un monument d’humilité) en répondant d’un cinglant : « Je suis vraiment, vraiment, vraiment bon ! » sous un tonnerre d’applaudissements de la salle.
Et puisqu’on évoquait l’esprit de l’époque, la demande suivante voyait Claremont interrogé sur l’état du monde actuel. Claremont laissait alors filer un énorme soupir, lourd de sens sur les événements actuels, avant de reprendre : « Ça me prendrait quelques heures pour répondre à ça« . Se tournant vers le public, il demandait à son tour : « Et vous, comment vivez-vous, vous, l’époque actuelle ? ».
Les questions suivantes revenaient plus directement sur ses écrits pour les comics : de tous les classiques qu’il a créés, lequel le rend le plus fier ? Claremont refusait de choisir entre ses différents « enfants ». Non seulement il les aime tous, mais ils forment pour lui un bloc indivisible : « Pour dire la vérité, à chaque fois que quelqu’un me demande quel est mon numéro préféré d’X-Men, je réponds de X-Men #94 à la page 11 d’Uncanny X-Men #279, avec les titres associés tels qu’Excalibur ou Wolverine et ainsi de suite. Pour moi, tout ça ne forme qu’une seule grande série. Peu importe de savoir combien d’histoires ça représente, tout cela ne forme qu’une seule saga continue, du début à la fin« .
La réponse se poursuivait avec Claremont détaillant toute la liberté d’expression dont il avait pu profiter, au moins dans les premières années : « Pour moi la meilleure histoire que j’ai écrite, c’est l’histoire que je n’ai pas encore écrite. Parce qu’elle représente une terre inconnue à explorer. Si l’on parle de chez Marvel, je pense que je suis la personne qui s’est approchée le plus d’une liberté créative semblable à celle dont Stan (Lee) et Jack (Kirby) disposaient. J’ai pu faire ce que je voulais, comme je le voulais, comme eux deux l’ont fait. Et pendant longtemps personne ne m’a dit ‘non’. Je crois que c’est une liberté créative comme plus personne n’en a eu depuis. Depuis que je suis revenu, je n’ai pas pu écrire aussi librement. Ça, c’était un privilège comme peu d’auteurs de comics ont pu en connaître. C’est la plus grande liberté que j’ai connue, où que j’aie pu travailler. C’est quelque chose que je chérirai toujours.«
Claremont citait parmi ses inspirations majeures Stanley Kubrick (en particulier 2001, l’Odyssée de l’espace) mais aussi des films tels que Life & Death (en fait Stairway to Heaven: A Matter of Life & Death, 1946) [2] et enfin les westerns de John Ford : « Le problème quand on me pose ce genre de question, c’est qu’il y a toujours un pas, puis le pas d’après. Je ne peux pas me contenter de citer un film. C’est trop limité d’en choisir un seul !« . Puis l’auteur commentait l’endroit où il se trouvait : « Les films ont commencé ici, mais avant, oh mon Dieu, nous devions nous contenter de lire des livres (rires du public). Sans les frères Lumière, nous n’aurions pas eu la télévision ! Et d’un autre côté, sans ça, nous n’aurions pas eu droit aux coupures publicitaires non plus. Mais vous savez quoi ? Ça a été un sacré siècle !« .
La discussion s’achevait en évoquant la transition des X-Men, passant des comics au cinéma dans les films du début des années 2000 : « Quand j’ai vu le casting choisi pour le premier film X-Men, j’étais aux anges. Je n’aurais jamais osé penser à des talents comme Ian McKellen ou Patrick Stewart. Ça a amené des interprètes que je respectais dans une histoire que je respectais, impliquant des personnages que j’ai passé toute ma vie professionnelle à faire évoluer. Et n’oublions pas… le Canadien ! Dans ces cas-là, on fait du mieux qu’on peut, en espérant que le public sera d’accord pour revenir. Et dans le cas du film X-Men, ça a plus que rempli les objectifs ! Sans le succès au cinéma des X-Men, aurions-nous connu des films comme Spider-Man ou Iron Man ? À quoi auraient ressemblé les vingt dernières années ?« .
Le triangle amoureux Scott/Jean et Logan ? C’est Claremont ! Sabretooth ou Mystique ? C’est Claremont. Malicia ? C’est Claremont. Ce scénariste plein d’humour et d’humilité, qui se désole de ne pas avoir fait carrière dans l’écriture cinématographique, de ne pas avoir « mis la balle dans le filet » comme il dit, a dicté et inspiré les choix de nombreux films. Et pas seulement : ses écrits dans la BD américaine ont aussi été des inspirations pour le reste de la profession. Par exemple, sans les X-Men de Claremont, la concurrence aurait-elle lancé les New Teen Titans ? Rien n’est moins sûr !
Alors que Claremont quittait la scène après avoir loué le succès des films X-Men comme maillon essentiel de l’évolution des films de super-héros, le public nombreux savait bien, lui, tout ce qui par « effet domino » s’est produit dans la pop culture ces cinquante dernières années parce que ce bonhomme si gentil, si abordable, avait fait certains choix sur les X-Men (et pas seulement sur les X-Men). Cela méritait bien la pluie d’applaudissements qui a suivi.
[Xavier Fournier]
(avec tous nos remerciements à Jérémy Cottin, de l’Institut Lumière)
[1] La disparité apparente entre les dates données, 1968 et 1973, s’explique parce que Claremont est d’abord entré chez Marvel comme « petite main » vers la fin des années soixante, avant de pouvoir devenir scénariste autonome dans Werewolf by Night #3, en 1973.
[2] Stairway to Heaven: A Matter of Life & Death (1946), un film de Michael Powell et Emeric Pressburger avec David Niven, sorti en France sous le titre Une question de vie ou de mort, est un film qui correspond à la fascination claremontienne pour l’aviation, un aviateur y étant déclaré mort par erreur par les puissances célestes. On notera aussi la proximité du titre avec « Lifedeath« , un cycle d’épisodes des X-Men de Claremont consacrés à Storm/Tornade et dessinés par Barry Windsor-Smith.
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