WandaVision arrive ce vendredi à son avant-dernier épisode, avec un changement de formule manifeste, maintenant que la « ruse » des vieilles séries télévisées a fait long feu. C’est au contraire le moment des explications. Pour l’occasion le format grandit un peu (3/4 d’heure cette fois-ci) et évolue aussi dans les comics qu’il prend pour inspiration, tout en adhérant à ce matériau d’origine.

Superstar

« Superstar », c’est le surnom que donne, à un moment, l’antagoniste principal à Wanda Maximoff. On pourrait dire que « Wanda Superstar » est un véritable titre alternatif de cette série dans le sens où le format lui donne un temps de présence à l’image que les films Avengers lui donnaient assez peu. Passée son introduction, sa romance avec Vision et l’évolution de ses pouvoirs ont surtout été gérés hors-champs dans les films. Quand Thanos, dans Endgame, lui disait ignorer qui elle était il y a de bonnes chances qu’il exprimait à voix haute le sentiment d’une partie du public. Wanda, pour bien des spectateurs, c’est sans doute « l’autre femme du groupe », par opposition à Black Widow. WandaVision permet à la jeune « sorcière » de rattraper son retard, en s’imposant (c’est manifeste dans cet épisode) comme un personnage poignant, avec lequel on peut avoir beaucoup d’empathie. Cette semaine on revisite donc le passé de la jeune femme pour lui donner un sens, un fil directeur. En faisant mine de déconstruire les personnages, on fait tout le contraire. On les structure autrement mieux. Et ça marche. Le basculement de Wanda, poussée à franchir les limites et à se faire dépasser par son pouvoir a quelque chose de bien plus humain que les autres tentatives « ciné/TV » du genre. A plus forte raison parce que dans le MCU Wanda est parfois présentée comme une télépathe, on pourrait faire la comparaison avec Jean Grey et la saga du Phenix Noir. Mais pour le coup WandaVision fonctionne autrement mieux que les tentatives de la Fox en la matière.

All Along..

Dans un épisode riche en explications et en flashbacks, l’empathie qu’on peut avoir envers Wanda n’a d’égal que le côté caricatural de la menace. On se demandera si la scène d’ouverture, d’ailleurs, n’est pas une tentative de continuer dans les hommages télévisuels et de faire cette fois un clin d’oeil à Charmed. Et peut-être que de vieux lecteurs de longue date se seront demandé si on n’allait pas voir débarquer le Dark Rider, rapport à un vieil adversaire de Vision et Scarlet Witch dans les comics. Mais on n’a guère qu’un(e) méchant(e) (comme c’est un élément clé de la série, assumons que tout le monde n’a pas forcément déjà vu l’épisode de la semaine dernière et restons flous) qui recherche le pouvoir pour le pouvoir. Et comme pas mal de personnages immortels on peut se demander à quoi il/elle a occupé ce pouvoir depuis des siècles… On a une menace très premier degré, qui se situe quelque part entre l’Apocalypse de la Fox et la sorcière Selena du film Supergirl. La chance de la série, c’est que ce n’est pas l’objectif principal à ce stade, qu’il s’agit bien de mettre l’accent sur Wanda et pas sur un adversaire qui viendrait l’éclipser.

West Coast style…

Les premières épisodes de WandaVision ont été très largement inspiré par la maxi-série Vision & Scarlet Witch de Steve Englehart et Richard Howell, même si des éléments différents sont venus s’ajouter (la présence de Monica Rambeau) et d’autres se soustraire (ici par d’intervention de Magneto ou du Grim Reaper par exemple). Oui, d’accord, il y a une scène avec un chien dans la série Vision de Tom King mais l’écrasante majorité des références nous ramenait à Englehart. On évoquera aussi une autre série éditée par Marvel (mais pour le coup sans rapport avec Wanda ou Vision), Video Jack, où le héros zappait entre des séries TV dont il était prisonnier Ce n’est plus le cas, puisque le côté « super-héros à la maison/prisonnier d’une série télévisée » s’est évaporé. Cette fois, la référence majeure semble être devenue le run de John Byrne sur les West Coast Avengers pour ce qui arrive au couple. Et pas seulement : il y a aussi un soupçon de Kurt Busiek et de la résurrection de Wonder Man (époque Heroes Returns). Car résurrection et réanimation sont deux choses différentes (au sens strict des termes) et la fin de l’épisode joue justement sur ces différences.

La fin est proche…

Certains crieront au « fan service » mais à un moment il faut arrêter avec ce terme qui ne veut pas dire grand-chose (si ce n’est qu’en général il est manié par quelqu’un qui n’aime pas ce qu’il désigne). Dans les aventures d’Ulysse, on ne s’étonnerait pas de croiser Circé ou le Cyclope. Cela fait partie du récit classique et toute adaptation qui n’intégrerait pas ces éléments ne ferait pas le job. Ici c’est pareil. Les auteurs intégrent beaucoup de choses relatives au mythe classique de Vision et de Scarlet Witch. Et ce serait inculte ou stupide de s’en étonner. La fidélité à l’esprit du matériel d’origine n’est pas un gros mot… Dans toutes les histoires l’important c’est la chute et il ne reste donc plus qu’un épisode, la semaine prochaine, pour regrouper des éléments nombreux et épars, du sort des jumeaux à celui de Monica en passant par le dernier personnage aperçu à l’écran (et sans oublier Wanda). Les huit dernières semaines ont fixé la barre assez haut, reste à voir si ce n’est pas « trop ». Le défi, en tout cas, est lancé. Par contre il y a fort à parier qu’en l’espace de quelques semaines Wanda est passée pour les spectateurs de personnage de troisième rang à celui d’héroïne de premier plan. Et là dessus cet épisode fait absolument le job, sans préjuger de la conclusion de la saga.

[Xavier Fournier]