Avant-Première VO: Review Fighting American #2

Fighting American #2

Fighting American, la création de Joe Simon et Jack Kirby, arrive littéralement au XXI° siècle. Comprenez que dans le premier épisode de cette nouvelle série de Titan Comics, lui et son compagnon Speedboy ont fait un bond dans le temps et se retrouvent piégés à notre époque. Rien n’a préparé Fighting American… mais l’inverse est peut-être vrai.

Fighting American #2Fighting American #2 [Titan Comics]
Scénario de Gordon Rennie
Dessins de Duke Mighten
Parution aux USA le mercredi 8 novembre 2017

Dans les années cinquante, Joe Simon et Jack Kirby avaient très certainement à l’esprit leur précédente création, Captain America, au moment d’inventer Fighting American. Si ce n’est que ce dernier n’affrontait pas le nazisme mais bien le stalinisme sous des formes de plus en plus délirantes, à mesure que les deux auteurs se lassaient de la chasse aux sorcières ambiante aux U.S.A. Reprendre de façon plus moderne le Fighting American est donc problématique, sachant qu’on parle d’un personnage qui mélange pastiche et un message politique depuis longtemps dépassé. En 1994 DC Comics s’était essayé à un reboot dans lequel l’ennemi était désormais la société de communication et un certain libéralisme. En 1997, Rob Liefeld et Jeph Loeb le relancèrent chez Awesome comme un remplaçant « instantané » de leur Captain America: Heroes Reborn mais sans réel message. Après un autre relaunch avorté chez Dynamité, le Fighting American de Titan Comics déboule en pleine année du centenaire de Jack Kirby. Pourtant, qu’on se le dise, le dessin de Duke Mighten ne lorgne pas sur les personnages carrés et massifs que l’on associe avec le King. Les visages distendus (mais expressifs) ont plus à voir avec le style d’un Peter Chung (Æon Flux). Cela peut surprendre car on s’éloigne de l’aspect classique, mais ce n’est pas désagréable une fois que l’on est entré dans l’ambiance générale. Typiquement, sur ce deuxième épisode, la scène d’ouverture avec le gros plan sur la bouche a tout d’une scénographie à la Chung. Ce qui est dommage, par contre, c’est la mise en couleurs massive, sans nuance, qui noie le dessin plus qu’elle ne le réhausse.

« Welcome to 2017. I call it socialism with benefits. »

En faisant de Fighting American et de Speedboy des héros « hors de leur époque », Gordon Rennie le rapproche encore un peu de Captain America (sans passer par la case « glaçon »). Mais notre monde actuel est plus cynique que le 1964 d’Avengers #4. Arrivés en 2017, les deux héros sont d’abord pris pour des tarés et emprisonnés. L’histoire trouve réellement son rythme de croisière quand finalement une enquêtrice du F.B.I. établit que leur récit est vrai… Tandis que les deux autres sont trop occupés à glousser à l’idée qu’une femme peut travailler pour le F.B.I. Car Fighting American et son sidekick débarquent tout droit des années 50 avec leurs préjugés d’époque mais aussi un patriotisme forcené, qui fait qu’au lieu de singer Captain America, la série s’oriente vers un humour de situation digne de The Tick ou disons plus exactement entre The Tick et Demolition Man (le film). Fighting American déclame ses valeurs avec (on imagine) une voix de stentor, se mettant au garde à vous à la première occasion, sous le regard sidéré de son nouvel agent de liaison. Il est difficile de savoir quel sort le marché des comics réserve à cette série. Titan Comics n’est pas coutumier des super-héros et le graphisme s’éloigne sans doute de certaines attentes. Ceux qui veulent un « clone » de Kirby risquent d’être déstabilisés. Mais on a envie de dire que pour les copies (plus ou moins bonnes) de Kirby, certains segments du Kamandi Challenge ont déjà fait le job cette année. Fighting American, en cherchant une nouvelle voie, fait un peu le même choix (mais dans une direction différente) que l’actuel Mister Miracle. C’est à dire faire vivre cet enfant de Simon & Kirby en lui trouvant une pertinence dans le monde actuel.

[Xavier Fournier]
Comments: 2

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  1. C’est une question de point de vue. Le fait que les attentes sociales de F.A. soient démodées, c’est certain. Mais après sur un registre très similaire la Miss Fury de Dynamite se plantait totalement, par exemple. Là où la gestion est ici mieux assumée.

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