[FRENCH] En octobre 1940, Top Notch Comics #9 allait introduire un tout nouveau héros qui, pendant quelques années, ferait le bonheur de MLJ (futur Archie Comics) : Le Black Hood était un justicier masqué au centre d’une conspiration, accusé à tort d’un crime qu’il n’avait pas commis. Le véritable coupable était un assassin ressemblant… à un crâne ! Un sentimen de « déjà vu ? »…

La saga du Black Hood (« La plus grande force pour la Vérité et la Justice que le monde ait connu ») commence alors que le policier Kip Burland est en train de patrouiller dans les rues de New York. Que les super-héros commencent par être, dans leur vie de tous les jours, des policiers, n’était pas si rare pendant le Golden Age (Guardian, Blue Beetle…). Cela permettait d’expliquer que les personnages concernés aient un entraînement préalable. Néanmoins, dans le cadre de l’histoire qui nous intéresse, notons, du coup, la ressemblance entre le policier en uniforme Kip Burland et Dan Garret, l’alter-ego du Blue Beetle. On verra que ce n’est pas le seul point commun dans ce récit signé Al Camy et Cliff Campbell.

Pour l’instant Kip passe dans les rues, pour le plus grand plaisir des citoyens. Même les habitantes du quartier se pâment. Et les enfants l’adorent. Il est bientôt minuit et Kip décide d’inspecter la demeure Woodrow avant de rentrer chez lui. Mais justement, il surprend un individu masqué en train de s’introduire dans la maison en question.

Un étrange personnage qui semble sortir d’un bal masqué. Il n’en faut pas plus pour que Kip flaire quelque chose d’étrange (tu m’étonnes !). Il s’élance à la poursuite de l’inconnu en lui criant de s’arrêter. L’homme, se retourne vers lui : « M’arrêter ? Simplement parce qu’un simple policier me l’ordonne ? ». Kip est stupéfait. L’inconnu a une apparence macabre, on dirait que son visage n’est qu’un crâne vert. D’ailleurs le reste du récit maintiendra le flou quand au fait de savoir s’il s’agît d’un masque ou du vrai visage du malfaiteur. Kip lâche un « Par Jupiter ! Qu’est-ce que c’est ? Un homme ou un cadavre ? ».

Profitant de l’effet de surprise, l’inconnu cadavérique assomme Kip en s’écriant « Crétin ! Tu ose interférer avec le Skull ! ». Et là, clairement, quelques questions se posent. Il convient, bien sûr, de reprendre toutes les précautions d’usage déjà évoquées dans le Oldies But Goodies précédent. A savoir qu’il est d’une certaine manière logique que les représentants du Mal aient une apparence macabre ou fassent référence à l’image de la mort. Mais Kip ressemble, par son emploi, à l’alter ego du Blue Beetle. Le même Blue Beetle qui, quelques semaines plus tôt, luttait lui aussi contre un assassin nommé le Skull, qui se plaisait à frapper à minuit. A côté de ça, il existe bien sur des différences. Le Skull de Blue Beetle n’était pas vert, travaillait pour les nazis et attaquait les nuits de pleine Lune. Celui-ci est théâtral dans son approche. Mais les points communs sont là. Assez pour faire des rapprochements mais, dans le même temps, ils ne suffisent pas établir formellement que le Skull qui affronte Kip Burland puisse être inspiré par le Skull battu par Blue Beetle. Peut-être s’agit-il simplement de deux histoires qui, à force de suivre des archétypes similaires, sont arrivés à des résultats semblables…

Furieux d’avoir été dérangé dans son crime, le Skull jure que Kip « payera pour cette indignité ». Et le malfaiteur semble encore plus furieux de la remarque du policier qui semblait se demander s’il était « homme ou cadavre ». Le Skull se penche sur Kip, inconscient, et lui glisse quelques bijoux qu’il vient de dérober dans la maison voisine : « Tes frères officier te trouveront avec ces babioles en main… Et t’arrêteront pour le crime que je viens juste de commettre ! J’ai tellement mené la vie dure qu’ils seront heureux de coller mes crimes sur n’importe quelle victime… ». Et le Skull s’empare du sifflet de Kip pour appeler les autres policiers du secteur. Quand ils arrivent, le Skull a bien sûr disparu et, comme il l’a prédit, ils trouvent Kip Burland toujours inconscient, les mains pleines de bijoux. Et il ne leur en faut pas plus pour penser qu’il est le responsable de la vague de crimes qui a secoué la ville : « Qui aurait pensé ça de lui ! ». Quand au fait que l’homme gise sur le sol, les policiers s’imaginent qu’il est tombé du balcon dans sa précipitation. Aucun d’eux ne se demande, par exemple, qui a pu utiliser le sifflet de police pour donner l’alerte…

Bientôt pour Burland, c’est la disgrâce. Ses collègues sont convaincus qu’il s’est servi de son uniforme de police et de son excellente réputation comme « couverture » pour mieux commettre ses crimes et « voler les gens qui le payent pour les protéger ! ». Burland jure ses grands dieux qu’il a été piégé. Et c’est là que l’affaire se corse. Car, secrètement, sa hiérarchie le croit mais décide cependant de se taire et d’en faire un bouc émissaire : « L’histoire de Burland se tient… Nous n’avons pas de preuve contre lui, en dehors des diamants qu’il avait dans les mains. Mais les journaux sont sur notre dos depuis un moment et si nous l’accusons, cela les calmera ! ». Les supérieurs de Burland décident de le sacrifier en toute connaissance de cause et de l’envoyer en prison quand même ! On retire son badge à Burland et on lui apprend qu’il sera convoqué en prison, en attendant un procès… On se croirait presque dans un classique littéraire à la Dumas… On nage en plein Monte-Cristo !

Mais Kip paye une caution et se retrouve dehors. Il compte bien utiliser le temps qui lui reste avant le procès pour trouver des preuves de son innocence : « Ils ne veulent pas m’écouter ou même me donner une chance de m’expliquer. La seule manière que j’aurais de m’innocenter serait de capturer le cadavre ambulant qui m’a piégé ! ». Et dans les jours qui suivent, Kip Burland arpente les rues en espérant trouver des informations sur l’homme qui a brisé sa vie. Une nuit, une scène étrange attire son attention. Un camion est l’arrêt devant un entrepôt et des hommes le chargent de denrées. Mais, comme le dit Kip « Les entrepôts de fourrures ne font pas de livraison à cette heure ! C’est un cambriolage ! Et peut-être que mon ami est lié à tout ça ! ». Kip ne peut se permettre de laisser passer le moindre indice. C’est pourquoi, même s’il est seul, il se précipite sur les cambrioleurs et commence à se battre contre eux : « Venez, rats, je veux voir de près chacun de vos visages ! ».

A l’intérieur, un homme court prévenir le chef du gang. Ce dernier sort de l’entrepôt en criant: « Crétins ! C’est juste un homme ! Occupez-vous de lui ! ». Et ce chef, bien sûr, c’est le Skull, reconnaissable à sa face lugubre et verte. Reconnaissant son adversaire, Kip sort un revolver et lui tire dessus. Mais sans résultat. Le criminel explique d’ailleurs « Tu auras besoin de plus que des balles pour percer les vêtements du Skull ! ». De là à penser que le personnage a des super pouvoirs (ou tout au moins une tenue pare-balles). A nouveau, cet élément prend par surprise Kip, qui est assommé par un des hommes du gang. Le Skull reconnaît alors l’homme qu’il a voulu faire accuser, quelques temps plus tôt : « C’est le même policier idiot qui a voulu me coincer l’autre fois ! Il n’aura pas d’autre chance de me faire perdre mon précieux temps ! Débarrassez-vous de lui ! ».

Bientôt les hommes de main du Skull emmènent Kip en voiture pour ce qui est supposé être sa « dernière ballade ». Un des gangsters explique : « Quand on aura fait quelques miles en dehors de la ville, nous le balancerons dehors. » Un autre ajoute : « On ferait mieux de lui tirer dessus d’abord ». Finalement les hommes font les deux choses en même temps. Ils le jettent en dehors de l’automobile, en plein campagne, et lui tirent dessus au passage. Kip est abandonné là, loin de la civilisation, pour se vider lentement de son sang. Mais c’est sans compte l’existence d’un chalet proche. L’occupant, un vieil homme qui vit en ermite, a entendu les coups de feu venant de la route. Intrigué, il vient voir ce qui s’est passé et découvre le corps de Kip :  » Il est encore vivant mais seule une attention médicale immédiate pourra empêcher que la flamme de sa vie s’éteigne ! ». Alors qu’il traîne Kip vers le chalet, l’ermite rajoute une phrase que la plupart d’entre vous auront sans doute vu venir : « Je prie pour que mes connaissances médicales ne m’abandonnent pas ! ». Autrement dit le vieil homme se trouve être, par chance, en mesure de sauver la vie de Kip. Bientôt l’homme installe Kip dans un lit « Cet homme a une remarquable constitution. J’ai retiré huit balles de son corps et il continue de vivre ! ».

Les jours passent et Kip sort bientôt du coma. Il peut remercier son bienfaiteur (qui, allez savoir pourquoi, n’a pas mis ce temps à profit pour prévenir un vrai médecin ou les autorités) et lui expliquer les circonstances qui ont causé ses blessures. Mais quand Kip décrit un criminel qui ressemble à un cadavre ambulant, le vieil homme tique : « Qui ressemble à un cadavre ambulant, hein ? Alors ça doit être le Skull ! Je le connais bien. Il y a de nombreuses années j’étais shérif dans une petite ville de l’ouest mais il a fait de moi un hors-la-loi. J’ai juré d’étudier et de devenir assez malin pour le battre… Mais mes études m’ont pris beaucoup de temps et maintenant que je suis assez malin, l’âge a fait fondre ma force. Ainsi dans la longue bataille de la vie, j’ai été battu par le Skull ! ». Avouez que le monde est petit ! Deux adversaires du Skull se retrouvent ainsi ensemble par le plus grand des hasards. Mais l’histoire de l’ermite a donné une idée à Kip : « Le Skull n’a pas nécessairement gagné ! Je suis jeune et je me remettrais vite ! Vous n’avez qu’à m’enseigner tout ce que vous avez appris… Et je ferais de votre combat contre le Skull mon propre combat. J’ai également de nombreuses raisons de le haïr… ». Mais l’ambition de l’ermite est plus grande : « Le Skull n’est qu’un représentant du crime. Si je t’apprends tout ce que je sais, tu dois promettre d’utiliser cette connaissance contre tous les crimes et tous les criminels ! ». Bien sûr, Kip accepte avec joie cette condition…

Dans les mois qui suivent, Kip est remis sur pied et s’entraîne à de nombreux sports tout en étudiant « toutes les sciences et toutes les connaissances de manière à devenir le plus grand combattant du crime au monde ». Plusieurs mois plus tard, il devient donc le Black Hood, un justicier masqué à la tenue jaune et bleue. L’ermite dit alors à son protégé : « Avec le nom et le costume du Black Hood, tu es désormais un homme de mystère… Et tu dois le rester car seul le mystère peut frapper de terreur les cÅ“urs des criminels ». On remarquera que cette partie de l’histoire évoque fortement (sans toutefois être strictement identique) la genèse de Batman : son entraînement forcené pour devenir le plus grand détective du monde et sa recherche d’une identité masquée pouvant frapper de terreur des gangsters superstitieux…

Le nouveau Black Hood a beau lorgner sur les débuts de Batman et (peut-être) aller chercher sa nemesis du côté des adversaires de Blue Beetle, il n’oublie pas de rendre la pareille. Il sera à son tour copié dans les mois qui suivent. Par exemple sa tenue qui sera « empruntée » par plusieurs héros de la concurrence. On peut ainsi mentionner le second costume du Sandman du Golden Age, qui est, comme par hasard, pratiquement identique. Au point qu’on pourrait sans doute confondre les deux personnages. Au demeurant, l’identité du Black Hood (la « Cagoule Noire ») est juste un alias que les deux hommes ont choisi de façon pratiquement aléatoire. Bien plus tard, dans des versions bien plus récentes de l’origine du héros, on établirait au contraire que ce choix n’avait rien d’arbitraire, que Kip Burland n’était que le plus récent des Black Hood, une sorte d’ordre générationel qui remontait des siècles en arrière (un peu à la manière de la dynastie des Phantom, sauf que là la transmission ne se fait pas forcément de père en fils). Loin de toutes ces considérations, le Black Hood de 1940 serre la main de son bienfaiteur, l’assure qu’il suivra tous ses enseignements et qu’il ne regrettera pas de l’avoir pris comme élève…

Mais pendant ce temps le Skull a contribué à donner des soucis plus immédiats aux représentants de la Loi enchaînant vols et meurtres. Le criminel est hilare alors qu’il lit la presse : « Ah ! L’idiote police ! Elle pense qu’elle peut s’attaquer au Skull… Hmmm… Ça c’est intéressant. Barbara Sutton organise un bal costumé pour ses débuts dans deux semaines… Et les hommes et les femmes les plus riches du monde y sont attendus ! ». Le lendemain, chez les Sutton, la mère de Barbara Sutton reçoit une étrange lettre : « Chère Mme Sutton. Je vous pardonne de m’avoir oublié quand vous avez envoyé vos invitations mais n’ayez par peur, le Skull ne manquera pas la fête de votre fille ! ». Et la lettre continue en prévenant tous les invités que, si l’un d’entre annulait sa présence, le Skull ne manquerait pas de leur rendre visite plus tard, personnellement. Autrement dit les gens de la haute société ont le choix entre venir à la fête et se faire agresser par le Skull ou se débiner… et se faire agresser par le Skull. De plus les Sutton sont prévenu que si jamais quelqu’un mettait la police au courant ou que si quelqu’un de non-invité se présentait;, les dix personnes les plus riches seront exécutées. La famille Sutton est contrainte d’obéir, tout comme tous les autres invités qui reçoivent des missives similaires.

Vu que plusieurs mois se sont écoulés, la réputation de Kip Burland s’est encore amoindrie, sachant qu’il était libre sous caution en attendant un procès. Il est considéré comme un fugitif. Du coup le Black Hood est obligé de vivre sous un nom d’emprunt dans les rues de New York, en attendant son heure. Mais il tombe finalement sur un article de journal qui prévient de ce qui va se passer lors de la soirée Sutton. Car le Skull est si sûr de lui qu’il a personnellement prévenu la presse, certain que personne n’osera s’opposer à lui. Le soir prévu, Kip va trouver un des invités, David Seymon, et lui propose de le remplacer. Mais l’homme a trop peur. Le Skull a prévenu qu’il exécutera quiconque ne viendra pas. Finalement Kip coupe court à la discussion en neutralisant l’homme et en l’attachant à son lit. Il n’a plus qu’à s’emparer de l’invitation :  » Ne vous faîtes pas de souci, je vais m’arranger pour que le Skull ne s’en prenne pas à vous ! ».

Le Black Hood se présente au bal sous son identité masquée, tout en se faisant passer pour l’invité qu’il a attaché. Dans l’assistance, la présence probable du Skull et la menace qu’il représente alimente les discussions. Barbara Sutton demande à Black Hood de danser, tout en continuant de le prendre pour un autre homme. Cependant quelque chose d’inexplicable se produit et elle déclare à son cavalier ; « Je ne sais pas pourquoi, David, mais pour une raison inconnue je vous apprécie bien plus ce soir qu’auparavant ! ». Sans doute parce que ce n’est pas David, bien sûr. Encore qu’elle a à peine échangé deux phrases avec le Black Hood et que c’est peu pour, déjà, se sentir attirée par lui. Mais bientôt une femme s’écrie « A l’aide ! A l’aide ! J’ai été volée ! Mes perles ! Mes perles ! ». C’est la panique ! Le Skull est là, quelque part, forcément ! Mais surtout la victime s’effondre, morte, tuée par un poison qui lui a donné l’apparence du visage du Skull ! Or, c’est strictement de cette manière que, quelque mois plus tard, le Red Skull, adversaire de Captain America, tuera ses victimes. Sauf bien sûr que le Red Skull est rouge là où le Skull de Black Hood est vert mais le procédé est le même.

Dans ce contexte, les deux malfaiteurs sont liés par une même allusion au « Masque of the Red Death » d’Edgar Poe. La chose est d’ailleurs encore plus évidente dans cette histoire du Black Hood puisque dans le roman de Poe une incarnation de la Mort traverse un bal costumé en tuant les victimes pièces après pièces. On laissera donc la porte ouverte au fait que (peut-être) les auteurs des deux aient pu s’inspirer du même roman de Poe. Encore que dans le cas présent il y a quand même de quoi douter que tout cela ne tienne qu’à un simple amour des mêmes livres. Le Red Skull, lancé six mois plus tard, utilise lui aussi le principe de poison répliquant son apparence et ça, ce n’est pas vraiment un élément qu’on trouve dans l’Å“uvre de Poe…

Black Hood rumine : « Il est ici, déguisé en se faisant passer pour un des invités et il utilise une sarbacane pour faire taire ses victimes. Les fléchettes sont trempées dans un poison qui dévore la chair de leur visage ! ». D’ailleurs, comme pour le confirmer, une voix tonitruante s’élève dans la pièce : « SILENCE : LE SKULL VOUS PARLE ! Vous venez de voir ce qui se passe quand mes victimes sont bruyantes… J’espère que mon prochain client sera plus sage et restera vivant ! ». La maîtresse de maison, la mère de Barbara, manque de s’évanouir devant ces menaces. Mais cela n’émeut pas les journalistes présents qui, bien au contraire, voudrait la prendre en photo pour mieux pouvoir profiter des événements. Mme Sutton, à deux doigts de défaillir, demander alors à celui qu’elle prend pour « David » de bien vouloir la débarrasser de ces journalistes. Mais le Black Hood a une autre idée. Puisque le Skull est là, quelque part dans la soirée, il explique aux journalistes qu’ils sont les bienvenus à condition de se poster au balcon d’étage, au dessus de la fête, et de prendre en photos autant de convives qu’ils le peuvent. Puis il pose une condition : il prétend que les Sutton sont très soucieux de leur droit à l’image et qu’aucune photo ne devra sortir d’ici sans qu’il l’ait inspecté. Les journalistes sont donc priés d’installer une chambre noire de manière à procéder à leurs tirages sur place.

Puis le Black Hood retourne danser avec Barbara et la félicite pour le calme avec lequel elle tient le choc. La jeune femme lui avoue alors : « Je ne sais pas pourquoi, David, mais je me sens très en sécurité quand tu es là. Et Dieu sait que tu ne m’a jamais fait cet effet auparavant ! ». Autant dire que la dénommée Barbara est instinctivement prête à sauter au coup de Black Hood, toujours sans avoir la moindre idée de l’identité de son interlocuteur. Bientôt, pourtant, l’effroyable se reproduit. Une autre femme pousse un cri parce qu’elle vient d’être volée… et tombe morte, le visage réduit à l’état de crâne vert. Black Hood rassure Mme Sutton (mère), lui assure que tout se passera bien si les prochaines victimes de vol se contentent de garder le silence plutôt que de pousser des cris. Puis il file en douce inspecter les photos dans la chambre noire : « Hmmm ! Très intéressant ! Il est malin ce Skull. Très malin ! Mais son idée de laisser venir les photographes causera sa perte ! ».

Sans faire mine de rien, le Black Hood revient dans la salle de danse et propose à Mme Sutton (mère) de danser. Inquiète, celle-ci lui demande « David, ne pourriez-vous pas faire quelque chose pour attraper ce Skull ? ». Black Hood fait d’abord mine de refuser « Je n’oserais pas, Mme Sutton, il est bien trop dangereux… ». Mais, surprise, le héros masqué fini par sa phrase par « Mais je t’attraperais quand même ! » Et il pousse Mme Sutton dans une sorte de grand vase, tout en lui arrachant son porte-cigarette. Devant les cris de la maîtresse de maison, les autres convives arrivent, en se demandant ce qui se passe. Mme Sutton s’écrie alors « David doit être le Skull ! ». Et Barbara, forcément, est du côté de sa maman : « David ! Comment osez-vous toucher ma mère ! ».

Mais pour le Black Hood c’est l’heure des explications : « Je ne toucherais pas à ta ta mère ! je veux juste te présenter… Le Skull ! ». Et le justicier arrache son masque à ce qui n’était qu’une fausse Mme Sutton. Démasqué, le criminel s’écrie : « Chien ! Tu souffriras pour ça ! Tu en viendra à haïr le jour où tu es né ! ». Black Hood se retourne vers Barbara : « Tu trouveras sans doute ta mère saine et sauve chez elle, Barbara. Peut-être juste effrayée mais pas blessée… Et tu trouveras David Seymon chez lui, dans le même état… Maintenant appelle la Police, ils sont situés juste à côté ! ». Là, Barbara comprend que l’homme masqué n’est pas, à l’évidence, le vrai David Seymon et bredouille un simple « Mais… Mais qui êtes vous ? ». Tandis que la police embarque le Skull, le héros saute sur un rebord de fenêtre et, avant de disparaître, répond « Moi ? Je suis le Black Hood ! Au revoir ! ». Il laisse Barbara seule avec ses questions : « Le Black Hood… Je me demande qui il est et pourquoi il évite la police… Et… ooh… j’aimerais le revoir à nouveau ! ». En fait Barbara n’a pas à attendre longtemps. Le lendemain soir, le Black Hood réapparait à sa fenêtre : « J’ai pensé que je te devais une petite explication ! ». Il montre alors les photos prises à la volée lors de la soirée. Sur l’une d’elles on voit la fausse Mme Sutton en train de se servir de son porte-cigarette comme d’une sarbacane… Mais ces explications ne suffisent pas à calmer la curiosité de la jeune femme : « Mais qui êtes-vous ? Et comment puis-je vous revoir ? Et pourquoi fuyez-vous la police ? ». Le Black Hood avoue qu’il ne peut rien dire à ce sujet : « Mais si tu veux me revoir, tu n’as qu’à regarder partout où un crime est commis, partout où des gens innocents sont oppressés, partout où l’injustice règne ! ». Puis il s’en va…

Il est temps d’aller apprendre à son mentor, l’ermite, que le Skull est enfin derrière les barreaux. Il retourne à la cabane et lui raconte tout, jusqu’au moment où la police a escorté le Skull au pénitencier, dans l’attente d’une peine de mort. Mais l’ermite n’a sans doute pas la réaction attendue : « La police l’a pris en charge ? Mais fils… tu as fais une erreur ! Aucune prison construite à ce jour n’empêchera le Skull de s’échapper ! ». Ce qui pose d’ailleurs la question de l’alternative que l’ermite a en tête. Car s’il ne suffit pas d’emprisonner le Skull, que faut-il faire ? L’abattre de sang froid ? Mais une scène précédente a laissé entende qu’il est à l’épreuve des balles ! La dernière case montre deux personnages, dans des endroits différents. D’un côté Barbara se dit que puisque le Black Hood combat le crime, elle ira désormais partout où il y a du danger dans l’espoir de revoir son aventurier chéri. C’est d’ailleurs une manière élégante de mettre en scène le futur rôle de la potiche. Au lieu de se faire enlever sans cesse par des criminels sans raison réelle, à la manière d’une Lois Lane, Barbara va activement chercher les ennuis dans l’espoir de croiser à nouveau son héros ! L’autre personnage de cette case n’est autre que le Skull, visiblement déjà échappé… « Alors le Black Hood défie le Skull… Il a gagné le premier round mais nous verrons… nous verrons ! ».

Et, de fait, la guerre ouverte entre le Black Hood durerait pendant trois numéros pendant lesquels il semble que le héros passera sa vie à repousser l’étrange homme au crâne vert. Jusqu’à ce que les auteurs se disent sans doute que le public allait se lasser d’un adversaire unique. Dans Top Notch Comics #11 (janvier 1941) la troisième intervention du Skull allait reposer sur un chantage plus complexe qu’une simple menace de mort. Le Skull avait une arme permettant de réduire quiconque à l’état de bébé. Et dans le combat contre Black Hood, le criminel allait lui-même se retrouver frappé par l’étrange arme, régressant à l’état de bambin, incapable de s’enfuir ou de représenter, désormais, la moindre menace (si le Black Hood avait été malin, il aurait donné un peu de cet elixir de jouvence à son ami l’ermite pour lui rendre ses années perdues mais les auteurs n’y pensèrent pas). Quelque part en cours de route, la première arrestation du Skull, à la fin de Top Notch Comics #9, avait permis d’innocenter Kip Burland, qui pouvait alors retrouver une vraie vie sociale et devenir ami avec Barbara Sutton, laquelle, forcément, se refusait à lui puisqu’elle se considérait « pratiquement fiancée » avec le Black Hood. L’homme masqué se révélerait un des personnages les plus populaires de MLJ/Archie dans les années 40, venant sans doute juste après le Shield originel en termes de notoriété. Il aurait rapidement sa propre série, Black Hood Comics mais aussi une tentative de le lancer comme héros de romans pulps (Black Hood Detective). Et ceci malgré le fait qu’en dehors de son origine très littéraire, il n’était jamais qu’un détective masqué de plus. Son origine représente néanmoins un jalon intéressant dans la « chaîne de production créative » qui allait mener à l’invention du Red Skull dans les pages de Captain America…

[Xavier Fournier]

P.S. : Je vous donne rendez-vous samedi prochain, même bat-time, même bat-site, pour ce qui sera notre 250ème Oldies But Goodies, youhou !