Oldies But Goodies: Superboy #49 (Juin 1956)[FRENCH] L’enfance de Superboy est peuplée de personnages hauts en couleurs. A commencer par les Kryptonniens, ses parents Jor-El et Lara, son chien Krypto… Peu de gens se souviennent néanmoins d’un étrange compagnon de métal qui lui a sauvé la vie et inculqué l’altruisme…

Oldies But Goodies: Superboy #49 (Juin 1956)Sur l’image d’introduction, Superboy se tient sur un paysage dévasté, avec une sorte d’igloo métallique derrière lui. Mais ce qui est le plus étonnant c’est la planète Terre qu’on voit dans le ciel. Superboy est donc l’espace. Mais le jeune héros s’étonne d’un autre fait. Là, devant lui, il y a une empreinte de pied, à des millions de kilomètres de la Terre. Il n’est donc pas seul. Mais qu’est-ce qui se passe vraiment ? Le narrateur va alors vite introduire le récit, en faisant référence à un classique de la littérature : Vous avez tous lu l’histoire de Robinson Crusoé, piégé sur une île déserte et se battant pour survivre. Voici une histoire plus étrange encore, l’histoire de Superboy échoué sur une île dans l’espace, incapable de quitter ce dangereux sanctuaire ! Et encore plus étonnant, le garçon d’acier va y rencontrer un mystérieux équivalent de Vendredi… Metallo de Krypton !

Tout commence dans un observatoire où les astronomes ont convoqué le puissant Superboy pour lui faire part d’un danger qui menace.. D’après leurs calculs une comète devrait bientôt s’écraser contre le Soleil, provoquant des explosions de taille à détruire la Terre. Vu la taille du Soleil, on reste songeur sur celle que devrait avoir une comète pour réellement causer une explosion notable à sa surface. Mais peu importe. Dans le contexte de l’histoire c’est un danger avéré et, fort logiquement, Superboy se propose de partir dans l’espace pour intercepter la comète en question. Il peut voler, il est indestructible et super-fort… Il est largement de taille à détruire ce danger.

Comme une fusée humaine, le super-garçon se précipite donc dans l’espace, à la rencontre de la comète. Quand il arrive à proximité de cette dernière, il se sert de son super-souffle pour qu’elle change de trajectoire. Le danger est donc vite Superboy #49 (Juin 1956)écarté mais le véritable problème guette Superboy alors qu’il retourne vers la Terre. Alors qu’il passe à côté d’un astéroïde, il sent alors sa force qui l’abandonne petit à petit : « Je peux à peine bouger.. Ce nuage de poussière cosmique que je traverse doit être fait de Krypton… La seule substance qui m’affaiblisse ! Elle a probablement flotté dans l’espace depuis l’explosion de la planète Krypton ! ». Ses pouvoirs ainsi parasités, Superboy n’a d’autre choix que de se poser en catastrophe sur l’astéroïde. Heureusement pour lui, Superboy semble conserver ses pouvoirs sur ce corps céleste et il n’a pas de difficulté pour respirer. Néanmoins il réalise vite qu’il y a un problème de taille : le nuage de Kryptonite encercle l’astéroïde. Qui plus est les poussières cosmiques sont en train de se rapprocher de l’astéroïde Superboy n’a donc aucun moyen de s’échapper (il ne pourra pas voler à travers le nuage) mais si il reste, il sera bientôt recouvert par la poussière et perdra définitivement ses pouvoirs. A l’époque le concept de Kryptonite est encore récent et on notera une différence par rapport à la version la plus célèbre de cette substance. Les lecteurs modernes savent en effet qu’elle peut tuer un kryptonnien alors qu’ici on parle bien de perte de pouvoirs. Le danger mortel existe, mais il est indirect.

Pendant qu’il a encore ses pouvoirs, Superboy se sert de sa vision X pour repérer toute trace de plomb sur l’astéroïde Il décide de se construire un abri de plomb, qui le protégera des radiations émises par la Kryptonite puis de chercher de quoi manger et boire (ce qui, sur un astéroïde, doit être particulièrement difficile mais ça n’a pas l’air de trop inquiéter le jeune héros). Très vite cependant, le moral de Superboy s’effondre. Il réalise qu’il est à des millions de kilomètres de Smallville. Finalement, avant de construire son abri, il décide de dormir un peu. Le matin suivant (dans la mesure où il peut y avoir un « matin » sur un astéroïde), Superboy se réveille et est étonné de voir des empreintes de pas. Il y aurait des indigènes ? Pourtant la veille il a inspecté l’endroit en cherchant des traces de vie et n’en a trouvé aucune !

Superboy piégéLe mystère est rapidement éclairci quand un robot de forme humaine arrive sur les lieux et ordonne à Superboy de partir. Le jeune héros commence par s’excuser mais le nouvel arrivant refuse d’en entendre plus : « Je dois vous demander de partir. Si vous ne partez pas de votre plein gré je serais obligé d’utiliser la force ! ». Comme Superboy ne peut justement pas s’en aller, le robot lui lance alors un bloc de plomb. Superboy se dit qu’il pourrait éviter le projectile mais préfère montrer qu’il est invulnérable. Ainsi le robot réalisera sans doute qu’il est futile de vouloir s’attaquer à lui. C’est effectivement le cas mais la réaction de l’automate est encore plus surprenante : « Vous êtes invulnérable ! Alors vous devez également être de la planète Krypton ! ».

Superboy n’en croit pas ses oreilles ! Le robot serait donc d’origine kryptonnienne ? La machine le lui confirme : « Les Superboy rencontre... Metallo !scientifiques de Krypton on utilisé cet astéroïde pour des expériences secrètes. Ils m’ont fabriqué, moi Metallo, pour monter la garde contre les intrus ! Depuis des années j’ai vécu seul ici, à rêver du passé détruit. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je suis heureux de vous voir. Mais comment avez-vous échappé au destin de notre peuple ? ». Il est plutôt curieux que le robot fasse allusion au peuple de Superboy comme étant le sien aussi. Mais Superboy explique en quelques phrases comment il a trouvé refuge sur Terre. Après que le héros ait parlé, le robot se prosterne a ses pieds : « S’il te plaît, Superboy… Permets moi de te servir. J’ai rêvé du jour où je verrais un autre krytonnien. Et maintenant que c’est le cas, laisse moi t’aider. » Comme Superboy a justement besoin d’un coup de main, ça tombe plutôt bien.

Superboy et Metallo s'unissent pour se sauverSuperboy explique alors le danger posé par l’approche du nuage de Kryptonite. Un danger que le robot a déjà réalisé : « Je sais ! Il me sera fatal à moi aussi… Car comme les Kryptonniens vivants, je suis également vulnérable à la Krytonite. Pour moi la Kryptonite ne déclenchera pas la faiblesse… mais la mort ! » On ne sait pas trop pourquoi la Kryptonite agirait sur le robot (peut-être peut-elle brouiller ses circuits ?) mais il est ironique de constater que l’effet sur lui est plus proche de la Kryptonite telle qu’on la connaîtra pas la suite. Alors que Superboy risque la privation de pouvoirs, Metallo risque d’être « tué » par les radiations. Mais le robot se reprend et explique qu’ils doivent travailler ensemble pour se sauver mutuellement. Il a de nombreux pouvoirs, comme le fait de rendre ses mains ultra-chaudes. Grâce à ce talent il peut travailler le plomb et lui donner la forme de briques. Intérieurement Superboy réalise que non seulement il est piégé sur l’astéroïde à la manière d’un Robinson Crusoé de l’espace mais qu’il vient en plus de tomber sur son Vendredi.

La construction du bunkerMetallo décide qu’il va s’occuper de la construction de l’abri et demande à Superboy de parcourir l’astéroïde à la recherche de nourriture qu’ils pourront entreposer dans le bunker, à l’abri de la Kryptonite. Comme le scénariste n’a visiblement qu’une idée très floue de ce qu’on peut trouver sur un astéroïde, Superboy ne vole que quelques minutes avant de tomber sur des arbres où poussent des fruits. Superboy les déracine alors et les replante à proximité de l’abri que Metallo est en train de construire
. Mais Superboy s’étonne : « Mon Vendredi robot est soudainement très calme. Je me demande s’il a trouvé un moyen d’évasion qui a échappé à mon cerveau humain ? ». Mais quand il lui pose la question Metallo bredouille. Superboy médite : « C’est étrange. Il a l’air presque coupable. Comme si j’avais surpris une pensée qu’il ne voulait pas que je soupçonne ! ».

Superboy ne sait plus où il en est...Plus tard, l’abri est terminé mais Superboy se désole « Aucun de nous n’a trouvé de moyen d’évasion. Nous pourrions construire une fusée en plomb mais… ». Le robot poursuit « … Mais il n’y a rien pour le propulser sur cet astéroïde. Pas d’essence, pas d’uranium… rien qui puisse propulser une fusée dans l’espace ! ». Et (même si le sujet n’est pas abordé dans l’histoire) Superboy ne risque pas de lancer la fusée dans l’espace puisqu’il faut qu’il se trouve à l’intérieur. Plus tard Superboy et Metallo sont réfugiés dans le bunker et observent le nuage de Kryptonite qui approche du niveau du sol. Metallo s’adresse à son compagnon d’infortune : « Au moins nous sommes deux à partager ce destin. Nous sommes peut-être coincés ici pour toujours mais au moins nous nous tiendrons compagnie ! ». Superboy est moins philosophe. Le soir venu, Superboy ne peut s’empêcher de dire « C’est sans espoir ! Je… Je ferais mieux de dire adieu à la Terre ! ».

Mais le lendemain Superboy a la surprise de se réveiller à même le sol et sans protection. Le bunker a disparu : « Je ne peux pas bouger ! L’abri n’est plus là et Metallo est parti ! Il m’a laissé là, exposé à la Kryptonite qui continue d’approcher ! Il… Il a du trouver un moyen de s’échapper en utilisant le plomb et m’a laissé ici ! J’étais si sur qu’il était loyal ! Mais c’était une ruse ! ». Cependant, alors que Superboy est désespéré, le sol s’effrite sous son poids et se retrouve dans une sorte de grotte sombre. Superboy en est encore à se demander où il se trouve qu’une sorte de couvercle recouvre la voie par laquelle il est tombé. Et bientôt Superboy réalise qu’il peut à nouveau bouger, qu’il se sent plus fort. Il comprend alors que ce qu’il a pris pour une grotte a des parois faites de plomb. Et sur le côté, le héros réalise bientôt que quelqu’un a gravé un message…

« Cher Superboy. Au moment où tu liras ceci tu sera passé au delà du nuage de Kryptonite et je serais… mort ! Pendant que tu dormais j’ai fondu tout le plomb pour en faire une fusée, placée directement sous toi. J’ai refermé la capsule et avec toute ma force j’ai projeté l’engin dans l’espace ». Le message explique ensuite que Metallo avait trouvé ce moyen de le sauver depuis quelques jours déjà mais qu’il a mis du temps avant de s’y résoudre. Il demande alors à Superboy de lui pardonner de l’avoir gardé quelques jours de plus à ses côtés, histoire de profiter de sa présence. Superboy comprend alors que c’est pour cela que Superboy avait l’air étrange…

Superboy rend hommage à MetalloBientôt, Superboy est assez éloigné de l’astéroïde et de la Kryptonite pour faire voler en éclat l’habitacle de plomb. Revenu sur Terre, le héros construit (peut-être avec le plomb de la fusée ?) une pierre tombale géante, gravant le nom de Metallo et racontant son sacrifice. Plus tard, Superboy repart dans l’espace et jette la pierre tombale dans la direction de l’astéroïde de manière à ce qu’elle se fiche dans le sol. Superboy jure alors « Je te n’oublierais jamais, Metallo ! Tu resteras une inspiration pour utiliser mes pouvoirs de manière altruiste, comme tu l’as fait toi-même ! ».

Une conclusion touchante… Mais qui ne se conjugue pas forcément avec l’usage rudimentaire de la continuité telle que la pratiquait DC à l’époque (il était encore rare qu’on fasse référence à ce qui s’était passé dans un épisode précédent). Ce Metallo de Krypton ne sera donc, dans les faits, plus jamais mentionné par Superboy/Superman. Enfin oui et non… Dans Adventure Comics #276 (1960), soit à peine quatre ans après cette histoire, les scénaristes n’allaient pas se fouler et rejouer la même histoire avec quelques modifications. Parce qu’entretemps, en 1959, un nouvel ennemi majeur de Superman avait été baptisé Metallo, le robot de 1960, visuellement identique à celui de 1956, porte le nom de Metalman. Et les conditions de sa présence sur l’astéroide sont différentes. Il n’est pas là parce qu’il monte la garde : Il a carrément été construit par Jor-El, le père de Superboy, pour tester un prototype de la fusée qui a plus tard servi a envoyer l’enfant sur Terre.

Adventure Comics #276Metalman ayant été créé par Jor-El, son sacrifice à la fin de l’histoire est encore plus cruel pour Superboy, qui perd ainsi quelque chose qui le raccrochait à son père. Dans les versions plus modernes des origines de Superboy/Superman, les kryptonniens n’utilisaient pas de robots à silhouette humaine, la version post-Crisis du super-héros mentionne plus facilement, à partir de The Man of Steel #1, une sorte de drône nommé Kelex qui a effectivement été construit par son père et dont Superman a construit une réplique dans sa Forteresse de la Solitude. La seule période où on pourrait rapprocher Kelex de Metallo/Metalman c’est Action Comics #779 (2001), quand Kelex, utilisant un corps robotique, s’est fait passé pour le héros Steel. Metalman est un sens une version bien plus aboutie, plus dramatique, plus personnelle du Metallo de 1956. Mais cette redite montre bien à quel point les auteurs ne s’embêtait pas pour remplir les pages à cette époque.

Il y a aussi une vraie interrogation sur l’auteur originel de Metallo/Metalman. Cette histoire de robot se sacrifiant pour assurer la vie de son maître ressemble énormément à « I, Robot Â», la nouvelle écrite par Eando Binder (et qui a par la suite largement inspiré Isaac Asimov) quelques années plus tôt. Eando Binder était un pseudonyme collectif pour deux frères dont l’un, Otto Binder, était à l’époque un scénariste fréquent des aventures de Superboy et de Superman. Binder était à la base des lois de la robotique (celles qu’on attribue souvent à Asimov), il serait logique de penser que le Metallo de 1956 est une invention de ce scénariste. Mais la base de données Comics.org, généralement bien informée, attribue l’écriture du récit de Superboy #49 à Jerry Coleman (et les dessins à John Sikela) là où la même source identifie le scénariste d’Adventure Comics #276 comme étant… Otto Binder. Difficile de croire que Binder aurait été chercher chez un autre scénariste des éléments qui lui-même avait inclus dans un de ses romans des décennies plus tôt…

[Xavier Fournier]