Oldies But Goodies: Space Adventures #33 (Mars 1960)

[FRENCH] Avant de co-créer Spider-Man, Steve Ditko œuvrait chez Charlton Comics et, en compagnie du scénariste Joe Gill, montrait déjà des signes de ce que serait plus tard la « méthode Marvel ». C’est dans ce numéro qu’ils allaient introduire leur création, Captain Atom. Ce dernier, issu de la guerre froide, serait plus tard le modèle du Doctor Manhattan dans Watchmen.

Faites connaissance avec le Capitaine Adam (dans cet épisode initial les auteurs ne se donneront pas la peine de lui donner un prénom), LE spécialiste de l’armée de l’air américaine pour tout ce qui touche aux fusées et aux missiles. Dans les premières cases, alors que nous le découvrons, cet expert ne brille pourtant pas par sa compétence: Il se trouvait à l’intérieur d’un missile sur le point d’être lancé, en train de faire une réparation de routine. Mais dans sa hâte il a échappé un tournevis au milieu d’une masse de fils et, en se baissant pour le ramasser, s’est tout simplement retrouvé avec la main piégée.

Et le missile (dont le lancement est apparemment programmé de manière automatique) n’arrête pas pour autant le compte-à-rebours… malgré les appels de la base de lancement qui demande avec insistance au Captain Adam de se manifester). En temps normal j’aurais tendance à penser que toute base de lancement digne de ce nom, après avoir constaté la disparition de son plus grand expert en missile, stopperait immédiatement toute opération de lancement, de peur qu’il y ait sabotage. Mais là, non, ca n’a pas l’air de traverser l’esprit des militaires américains. Ce n’est que lorsque la fusée est bel et bien lancée qu’un soldat se manifeste: « Attendez ! Le Capitaine Adam est encore à l’intérieur ! ». Trop tard, la fusée est lancée.

Et voici le Captain Adam propulsé en orbite, battant bien malgré lui de presque un an le vol du soviétique Youri Gagarine (qui se déroula le 12 avril 1961). La portée historique de l’événement est bien le cadet des soucis d’Adam puisqu’à la différence de Gagarine il n’est pas à bord d’une vraie fusée spatiale. L’engin à bord duquel il est prisonnier est un vrai missile, programmé pour faire exploser une ogive atomique dans l’espace. Sous la poussée de l’accélération Adam tombe dans les pommes et, à terre, les représentants de l’armée regardent, impuissants, le missile qui s’éloigne.

Quelques cases décrivent ensuite le martyr du Capitaine Adam, cloué par la poussée, puis soumis à une chaleur intolérable tandis que son corps de déshydrate. A l’heure programmée, une fois le missile assez loin de la Terre, il explose comme prévu, avec son passager involontaire à bord. L’explosion telle que représentée par Steve Ditko ressemble à un champignon atomique « terrestre » (ce qui est plutôt étrange si loin de la Terre, où la force devrait être répartie de manière relativement homogène autour de l’engin). Quand au corps d’Adam, il est bien évidemment désintégré sur le champ… Encore que le narrateur nous prévient qu’il se produit alors une « transformation comme l’Homme n’en a jamais connu ». Mais en définitive, une fois passée l’explosion il ne reste plus rien du missile ou d’Adam. A terre, son ami le Sergent Gunner est dévasté par la perte. Le général qui supervisait l’opération l’informe alors qu’Adam ne peut qu’être décédé. Gunner accuse le coup. Mais alors qu’il se lamente il écoute une voix. Celle de son ami! Le Capitaine Adam est vivant! Il lui parle! Il lui demande alors de se rendre jusqu’au site de lancement tandis que le Général emboite le pas. Là bas les deux hommes trouvent un Capitaine Adam entier, bien qu’auréolé d’une aura radioactive. Adam leur explique qu’il a bien été désintégré mais qu’il a été capable de regrouper les particules de son corps et qu’il possède d’autres pouvoirs. On notera que cet accident atomique est en quelque sorte le prédécesseur de quelques origines marvelliennes. Dans le compte-à-rebours non arrêté, on trouve déjà un soupçon de l’origine de Hulk/Bruce Banner. Dans le lancement raté d’une fusée, doublé d’une dose de radiation dans l’espace, on voit déjà un petit bout de ce que sera l’année suivante la genèse des Fantastic Four.

Pour l’instant, Adam est radioactif et on ne peut pas l’approcher. Heureusement que cet accident est arrivé à un expert. Adam explique alors aux deux autres militaires qu’il existe une substance, le Diulustel, dont on se sert pour bloquer les radiations. Il suffira de lui construire une combinaison en cette matière (qui n’existe que dans l’esprit de Joe Gill et Steve Ditko et qui tient d’équivalent des costumes en « molécules instables » des Fantastic Four). Au sujet de ce costume un petit détail: sur la couverture il est jaune et orangé tandis qu’à l’intérieur il est plutôt bleuté. Dans les épisodes suivants le costume sera toujours représenté en jaune et le bleu sera oublié (comme s’il n’avait jamais existé) mais c’est sans doute là que le Doctor Manhattan des Watchmen, dérivé de ce Captain Atom, tirera sa propre couleur bleue. On n’est pourtant pas au bout des « inspirations » auxquelles ce personnage va donner lieu. Adam demande au General Eining de convoquer les plus hauts gradés pour leur faire une démonstration de ses pouvoirs. Quand il porte sa combinaison en Diulustel sous des vêtements de ville, il lui suffit d’intensifier les radiations émanant de son corps pour désintégrer ces habits et se retrouver en tenue opérationnelle. Mais surtout il peut voler, laissant derrière lui une trainée de particules qui sera aussi, plus tard, un signe distinctif du Captain Marvel « Kree » tel que dessiné par Jim Starlin ou Pat Broderick. Difficile aussi de ne pas voir des similitudes entre les origines et le costume jaune de Captain Atom et Photonik, « sup’héros » français des années 80. Il s’agissait d’un pauvre bossu dont le corps était désintégré puis reconstruit de manière à avoir des superpouvoirs. Quand à savoir si c’est un hasard ou un clin d’œil, cela vaudrait la peine de poser la question un jour à Cyro Tota, l’inventeur de Photonik. Pour Starlin sur Captain Marvel, par contre, l’allusion est évidente.

Pour en revenir au Capitaine Adam, sa démonstration éblouit les représentants de l’armée qui font leur rapport… Et bientôt Adam est invité à la Maison Blanche, pour y rencontrer le président (bien qu’il ne soit pas nommé, il est reconnaissable, il s’agit bien de Dwight Eisenhower, président américain en activité en 1960). Eisenhower offre alors à Adam un nouveau costume en lui disant qu’il sera un atout dissuasif plus « puissant que n’importe quelle arme » et qu’ILS (comprenez les communistes) ne doivent rien savoir de lui. D’où le besoin d’un masque pour cacher son identité et un nouvel alias. Dans la journée il sera le Capitaine Adam mais quand son pays aura besoin de lui il deviendra… le Captain Atom!

D’ailleurs ca ne traîne pas! Très vite deux « camarades » (dont de manière induite des communistes) infiltrés à Cape Canaveral se félicitent d’avoir saboté une fusée en train de décoller. Ils l’ont programmé pour qu’elle se pose près d’un complexe industriel « à eux » où sa technologie pourra être copiée. Apprenant qu’une fusée est devenue incontrôlable et qu’elle se dirige vers le pays ennemi (jamais clairement identifié), Captain Atom s’envole et arrive à la faire exploser avant qu’elle n’arrive à destination. Eisenhower peut alors féliciter le nouveau héros en espérant que grâce à lui on pourra bientôt vivre dans un monde libre. Pas mal pour un bonhomme qui à la base n’est pas foutu de ramasser un tournevis! Et l’éditeur termine sur le fait que si les lecteurs ont aimé cet épisode de Captain Atom ils doivent écrire pour en demander plus. En fait les aventures du bon Captain s’arrêteront dans Space Adventures #39 (avril 1961), n’ayant apparemment pas attiré les foules. Et Steve Ditko se concentrera progressivement sur ses travaux pour Marvel. Captain Atom reviendra en 1965, quand Charlton commencera par réimprimer les épisodes initiaux, avant que Ditko produise de nouveaux épisodes inédits. Assez curieusement le Général « Eining », qui est à la base un des proches du Capitaine Adam finira par être rebaptisé Général « Eiling ». Plus tard, quand Captain Atom sera racheté par DC Comics et que son origine sera « modernisée », Eiling passera du stade d’allié d’Atom à celui de salopard intégral, responsable de tous ses malheurs. Au point que le personnage prenne une importance propre dans l’univers DC, ne se limitant pas à la périphérie du seul Captain Atom. On verra plus tard le Général Eiling en personnage malfaisant dans des séries telles que Suicide Squad ou même dans les épisodes de la JLA de Grant Morrison, où Eiling finit par faire transférer son cerveau dans un androïde indestructible simplement surnommé « le Général ». « Eining » a bien fait du chemin depuis et ce n’est là qu’une des contributions de ce premier numéro de Captain Atom à fait à l’histoire des comics. Et quand en prime Alan Moore s’est penché sur ce super-héros pour (initialement) l’utiliser dans Watchmen, ce n’était plus qu’une sorte d’officialisation de l’influence de ce héros…

[Xavier Fournier]

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