[FRENCH] Aux alentours de 1972-1975, les comics furent pris d’une soudaine envie de nous montrer la fin du monde. Ou plus exactement ce qui se passerait après la chute de la civilisation. Sous l’influence de films comme Planet of the Apes (la Planète des Singes) ou Omega Man (en VF: « Le Survivant« ) Kamandi, Killraven ou Deathlok allaient prendre un certain plaisir à placer l’action dans un futur où New York n’était plus qu’une ruine gigantesque tandis que l’humanité avait replongée dans la barbarie. Chez Atlas, Planet of Vampires allait pousser encore les choses un peu plus loin, avec le potentiel d’être le Walking Dead des seventies.

La couverture de Pat Broderick, encrée par Neal Adams, annonçait la couleur avec un sous-titre explicite. Planet of Vampires, c’était « Un monde devenu FOU ! Six astronautes reviennent sur Terre et la découvrent dirigée par des vampires !« . Deux des héros, dans des tenues très techno, pointaient leurs armes de manière dynamique tandis que dans le fond de l’image on voyait un improbable mélange : des ruines, un champ de force, des vaisseaux volants tirant sur une foule portant des lances. Il y avait de quoi balayer large…

Il faut dire qu’Atlas Comics avait été lancé par la famille Goodman après que celle-ci ait perdu le contrôle de Marvel. Le patriarche, Martin Goodman, avait vendu ses parts en pensant que son fils resterait en place. Les nouveaux propriétaires de Marvel ne l’avaient pas entendu ainsi. Le fils rapidement débarqué, toute la famille Goodman avait vécu la situation comme une trahison et avait décidé de lancer une nouvelle société, forte de plusieurs décennies d’expérience. Et il faut dire que les Goodman avaient un beau carnet d’adresses d’auteurs, avec des gens comme Steve Ditko, Neal Adams ou Howard Chaykin. Assez vite la lignée d’Atlas allait voir le jour en singeant ce que DC (ou surtout Marvel) pouvait publier. Le choix allait d’être de privilégier des titres de genres. Le Phoenix d’Atlas était une certaine réécriture de Green Lantern, le Destroyer était un peu comme un Spider-Man ou un Daredevil plus cynique. Là où Marvel avait Conan, Atlas répondait par des séries comme Wulf ou Iron Jaw. Et souvent avec un certain sens du « mash-up ». Iron Jaw, par exemple, était le portrait craché de Conan… sauf que sa mâchoire avait été remplacée par une prothèse en forme de piège à loups. Dans cette logique, on voit bien comment Planet of Vampires a pu être initié par le scénariste Larry Hama. D’abord il y avait un certain nombre de « référents » chez la concurrence (ceux dont nous parlions précédemment, les Kamandi, Killraven ou Deathlok). Ensuite évidemment, il y a le modèle de la Planète des Singes. Expliquer Planet of Vampires, c’est facile : C’est comme la Planète des Singes mais avec des vampires…

21 avril 2010. Vous allez me dire que c’était il y a un an mais pour les auteurs et les lecteurs de 1975 c’était bien entendu un futur situé à presque une génération et demi de distance. Il faut donc voir ce 21 avril là comme une date d’anticipation… Ce jour-là, la mission Aries VII revient vers la Terre après une mission de cinq ans. Toute ressemblance avec le fait que le vaisseau Enterprise de la série Star Trek était lui aussi lancé dans une mission d’exploration de 5 ans n’est sans doute pas accidentelle. Ce nom d’Aries est, comme on le verra plus tard, une indication que la mission a concerné Mars. Mais les astronautes ont un problème autre que l’exploration de l’espace alors qu’ils rentrent au bercail. Alors que le vaisseau Aries VII se présente à l’entrée dans l’atmosphère, aucune indication ne leur est donnée. La base ne répond pas. Le capitaine de la mission, Chris Galland, prend alors la décision de faire un atterrissage « à l’aveuglette » et demande (plutôt sèchement) à son épouse, une jolie blonde, de calculer leur trajectoire d’entrée dans l’atmosphère. Au passage on notera qu’il existe une forte ressemblance entre les tenues de l’équipage Aries et l’uniforme porté par ailleurs par le Deathlok de Marvel (créé un an plus tôt), avec le même col large et carré, la même fermeture centrale et des gants très similaires. Il n’y a guère que les couleurs qui changent. La scène nous permet de faire connaissance avec les occupants du vaisseau. Il y a donc Chris et son épouse, Elissa, mais aussi un second couple : Craig et Brenda (tous les deux noirs avec des coupes afro qui ne font pas vraiment 2010 mais bien 1970). Le dernier homme à bord est Ben, visiblement le plus âgé du groupe. Et Ben réalise que quelque chose ne va pas, que l’endroit sélectionné pour l’atterrissage est couvert d’eau. Il faudrait changer de lieu. Mais Chris explique qu’ils n’ont plus le temps. Il va falloir amerrir.

En approchant du but, Chris réalise qu’ils vont se poser non loin de Coney Island, au large de Brooklyn. Et on peut noter une certaine incohérence scénaristiques dans les méthodes de l’équipage. Car même en admettant que le contact soit rompu avec le control au sol, comment imaginer qu’un groupe d’astronautes pourrait être assez irresponsable pour se poser dans une zone en théorie si peuplée ? Chris avait raison d’être sec avec sa femme : Elissa est visiblement une tanche quand il s’agit de calculer une trajectoire d’. Où elle est inconsciente. Tout ça pourrait bien sûr donner un intéressant échange entre les personnages si, d’une part, le scénario de Larry Hama prenait conscience de l’erreur. Et surtout si l’attention des astronautes n’était pas immédiatement attirée par ce qu’ils aperçoivent par la fenêtre de leur habitacle. Une ville en ruine, avec tous les gratte-ciels ravagés. Les héros s’étonnent de retrouver l’Amérique dans cet état. Ce qui implique là aussi une autre bizarrerie du scénario : la rupture du contact entre la Terre et Aries VII ne remonte visiblement pas à hier. Un vaisseau serait-il capable de revenir de Mars sans aide au sol ? Sans doute que dans l’esprit du Larry Hama de 1975 l’équipement des astronautes de 2010 le leur permettrait. Mais la scène où l’Aries VII se pose dans les eaux, sur fond de ville ravagée, nous ramène à nouveau vers le modèle qu’est Planet of the Apes (avec une scène d’amerrissage du vaisseau de Charlton Heston).

Chris explique que, juste avant que le contact soit rompu, deux années plus tôt, on leur avait dit qu’une guerre était en train de se déclarer. Les astronautes ne s’attendaient pas à retrouver les choses dans un bel état, surtout après la rupture des communications. Mais ils ne pensaient pas que les choses en seraient à ce point. Finalement l’équipage quitte la fusée à bord d’un canoë gonflable, en espérant qu’il reste des survivants. Mais quand ils arrivent sur une plage, Ben est abattu sauvagement par une flèche. Quelques secondes après leurs premiers pas sur le sol ils ne sont plus que quatre (c’est à dire les deux couples). Ce qui fait d’ailleurs penser que soit il y avait quelqu’un chez Atlas qui ne savait pas du tout compter, soit l’histoire initialement prévue avait un cours différent puisque la couverture faisait bel et bien état de six (et non pas cinq) astronautes. Mais les voilà déjà un de moins. Forcément Chris et les autres se retournent pour voir leurs agresseurs et découvrent une foule barbare, façon New York 1997 ou les Guerriers du Bronx. Le leader de la bande excite ses troupes en leur expliquant que les nouveaux arrivants (les astronautes, donc) sont sans doute des « Domies » et qu’il y a de la tuerie de suceurs de sang au programme. « Domies » ? « suceurs de sangs ?« . Chris n’y comprend rien. Mais les autres ont le nombre pour eux.

Mais heureusement la foule hostile est paniquée à l’apparition d’une sorte de véhicule dans le ciel : « Dispersez-vous ! C’était une saleté de piège « Domie » ! Un « flotteur » approche !« . Et il est certain qu’ils font bien de déguerpir car les occupants de l’engin (reconnaissables à des uniformes violets) tirent des rafales sur ceux qu’ils appellent des sauvages. L’équipage du « flotteur » enjoint alors les astronautes à monter avec eux : « Venez vite ! Ces vermines seraient prêts à sacrifier cent d’entre eux juste pour tuer l’un d’entre nous !« . Sans se faire prier Chris et son équipe acceptent l’invitation. A bord du flotteur, ils décollent dans le ciel tandis qu’un des utilisateurs du flotteur continue de tirer sur la foule : « On ne tuera jamais assez de ces animaux ! Ils se reproduisent comme des mouches, vous savez !« . Chris observe cependant la scène d’un air un peu pincé, appréciant peu l’usage inutile de la force : « Ces gens peuvent avoir été rendus brutaux par les circonstances mais ils restent des êtres humains…« . Le conducteur du flotteur lui objecte alors que les astronautes ont été absents longtemps et que s’ils savaient tout ils ne diraient pas ça. Puis, en survolant New York, ils approchent d’un gigantesque dôme doré. Le conducteur explique qu’il y a deux ans, avec l’Empire State Building comme axe, puis poursuit en précisant : « Nous avons détecté l’approche de votre vaisseau et quelqu’un, aux archives, s’est souvenu de la mission martienne. Nous aurions du vous contacter mais la ionosphère s’est tellement réchauffée avec des électrons libérés par les têtes nucléaires pendant la guerre… que nous n’avons pas pu« . Les astronautes comprennent que cela explique les deux ans de silence radio…

Leurs guides les déposent à l’intérieur du, en les informant que le « Proctor » ne tardera pas à les recevoir. Les quatre astronautes survivants sont très étonnés de découvrir une véritable ville futuriste. Même l’air est pressurisé. Craig ne peut s’empêcher de demander à quoi le sert. Qu’est-ce qu’ils gardent à l’intérieur ? Mais l’un des guides en violet objecte : « Ce n’est pas qu’on garde des choses à l’intérieur, c’est qu’on conserve les sauvages à l’extérieur. Il n’y a rien que ces animaux aimeraient mieux que nous entraîner tous à leur niveau de dégénération. Ce dôme est l’un des derniers bastions de la science et de la civilisation. Nous devons le défendre à tout prix !« . Et toute la discussion a été observée de loin, à travers des caméras, par un individu fumant un cigare. Le guide explique qu’au temps de la guerre, le Proctor était à la tête d’une grande corporation industrielle. Quand les responsables de l’état et de l’armée ont pris la fuite, lui est resté et a organisé la construction du Dôme pour préserver la civilisation. Quand les astronautes arrivent devant le Proctor c’est, sans surprise, l’homme mystérieux qui les regardait via les caméras.

Et l’industriel ne perd pas de temps à leur expliquer qu’il est très intéressé par les résultats de leur expédition, que toute nouvelle information serait un véritable trésor pour les archives du. Mais Chris est peu loquace. oui, ils ont bien mené une mission pour déterminer s’il y avait de la vie sur Mars et ses satellites, en particulier Phobos. Seulement le Docteur Ben Levitz, qui menait les expériences, est l’homme qui a été tué plus tôt sur la plage. L’équipage se préparait à se poser sur Mars même, quand les transmissions terrestres ont fait état d’une guerre entre les grandes puissances. Puis plus rien. Les astronautes ne savaient même pas s’il restait quelque chose de vivant sur Terre. Après avoir attendu des ordres pendant des semaines, ils calculèrent qu’ils devaient impérativement entamer le retour vers la Terre, sous peine de ne plus avoir assez de ressource plus tard. En un sens ils ne s’attendaient pas à trouver autant de vie en arrivant. Et très certainement pas quelque chose d’aussi perfectionné que le. Le Proctor est tout disposé à donner des détails sur le mais Chris le coupe. Lui, ce qui l’étonne, ce sont ces supposés sauvages qu’on garde à l’extérieur. Le Proctor botte en touche en expliquant que tout ça sera bien mieux expliqué par la projection d’un film aux archives… Et qu’en attendant on va les conduire dans leurs quartiers. La discussion est donc écourtée mais Chris est sur ses gardes. Quelque chose ne tourne pas rond… La question des sauvages est vite à nouveau d’actualité puisque alors qu’on les mène à ces fameux quartiers, les astronautes croisent d’autres soldats du qui portent un prisonnier (un sauvage, donc) vers ce qu’ils appellent les « installations d’endoctrinement ». Mais là aussi Chris tique. Le prisonnier a l’air tout simplement trop terrifié. Qu’entendent-ils réellement par « endoctrinement ? ». Mais là aussi le soldat botte en touche : « Oh, rien de vraiment horrible… C’est juste que ces animaux sont tellement habitués à leurs existence dégradée que la simple pensée d’une vie ordonnée les effraie… ». Bon, bien sûr, le point faible d’une série comme Planet of Vampires, c’est qu’avec un titre comme celui-là le lecteur n’a pas trop de mal à deviner qu’il y a du vampirisme dans l’air… Chris (qui n’a pas connaissance de son statut de héros de comics et n’a donc pas vu le titre sur la couverture) sent quand même le coup fourré quelque part. Il murmure à son épouse et à ses amis de faire « comme ci », en attendant une occasion d’en savoir plus. Ils sont cependant interrompu par un crie d’agonie. Et comme le souligne judicieusement Brenda « Les gens crient comme cela seulement quand ils sont en train de mourir ! ».

Du coup, il n’est plus question de faire semblant. Les astronautes courent au font du couloir et débouchent sur une sorte de laboratoire. Ils sont horrifiés en découvrant une sorte de chaîne de production destinée à extraire les fluides corporels des êtres vivants. Et Chris de s’écrier : « C’est pour cela que les « Sauvages » de la plage nous traitaient de suceurs de sang quand ils pensaient que nous étions des gens du ! Ceux du sont des vampires industrialisés ! ». A ce stade on notera que la révélation du vampirisme propre à la série a des intonations semblables à certains aspects du film Soleil Vert (1973). Ce qui est ironique car finalement si on réduit la formule qui compose Planet of Vampires a une addition d’éléments tirés de la Planète des Singes, Le Survivant et Soleil Vert, on obtient une portion de la filmographie de Charlton Heston. Il faut croire que Larry Hama en était grand fan. Pour en revenir à l’histoire, les gens du laboratoire sont catastrophés que des intrus aient découvert leur secret et décident de les abattre avant qu’ils ne s’échappent. Ce sont les soldats vêtus de violet qui s’interposent en expliquant que l’équipage de Chris sont « d’importants spécimens »…

Chris en a assez entendu (et de toute manière le terme « spécimen » n’augure rien de bon). Il dégaine alors son pistolet automatique (car visiblement la tenue de tout bon astronaute de 2010 inclut une arme à feu portée à la hanche) et fait feu aussi bien sur les laborantins que sur les soldats : « Je ne sais pas pour vous mais je pense qu’il est temps qu’on se barre d’ici ». Craig acquiesce, non sans prendre le temps de casser les dents à un des blessés : « Voyons si tu pomperas du sang privé de ta dentition, l’horreur ». D’autres troupes arrivent et, utilisant les armes de leurs adversaires déjà vaincus, les astronautes deviennent un véritable détachement militaire, tirant sur tout ce qui bouge. D’autant qu’ils réalisent que, dans la panique, un des laborantins est sur le point d’éteindre la chaîne de production, ce qui tuerait tous les sauvages qui y sont attachés. Après s’être assuré que les Sauvages ont bien compris que les quatre astronautes sont de leur côté, Chris les relâche et leur confie des armes. Plutôt que tirer sur les gardes, les Sauvages préfèrent cependant détruire les machines de vampirisme.

Heureusement pour les quatre héros les Sauvages ne sont pas des ingrats. L’un d’entre eux, se présentant comme Bruiser Culhane « le Seigneur de guerre des Assassins de Bay Ridge », les remercie pour les avoir sauvé. Il propose de leur montrer comment s’échapper du. Et Chris et les autres ne demandent pas mieux qu’échapper à Proctor et toute sa bande. Forcément c’est à ce moment que Proctor et d’autres soldats arrivent. Le chef du essaie de raisonner les astronautes. D’après lui tout serait du à un malentendu. Les astronautes auraient simplement vu certaines choses auxquelles ils n’étaient pas préparés : « Pendant la guerre, certaines armes chimiques et biologiques furent employées qui affectèrent chaque personne vivante sur Terre, d’une manière où d’une autre. Notre intérêt pour l’équipage d’Aries VII vient du fait que vous êtes les seules personnes à la surface de la planète qui n’aient pas été teintées par l’holocauste ! ». En fait Proctor explique que les Sauvages, qui rodaient à l’extérieur, ont finit par développer une immunité naturelle contre les nouvelles maladies. Mais que ceux qui sont restés à l’abri n’ont pas d’immunité et sont donc vulnérables : « Avec le temps nous avons découvert qu’un sérum pouvait être extrait du sang des Sauvages et une décision « éthique » fut prise ! Après tout, nous, gens du Dôme, sommes les garants de la civilisation tandis que les Sauvages sont tombés au niveau des animaux… ».

Et là, en entendant traiter des êtres humains d’animaux, Craig, l’astronaute noir, entre en mode blaxpoitation et s’écrie que ce genre de discours c’est du bull (ou si vous préférez du « bullshit » mais sans doute qu’en 1975 Atlas Comics ne voulait pas de mots trop forts dans leurs revues). Bruiser Culhane tombe d’accord avec lui et propose : « Tirons sur ces Domies et barrons nous ! ». Et Craig n’est que trop content de faire feu dans le tas… Puis il propose à Chris une séparation. Lui et Brenda attireront une partie des troupes ennemies vers les étages supérieurs tandis que Chris, Elissa, Bruiser et d’autres pourront s’échapper par les niveaux inférieurs. Rapidement le groupe de Chris arrive à fuir par une conduite d’aération, gagnant finalement les rues extérieures au Dôme. Une fois dehors, ils peuvent observer le haut du Dôme et s’aperçoivent que Craig a débuté une véritable bataille aérienne (sans doute avec un flotteur). Ce qui n’étonne pas Chris : Craig était un pilote de combat hors normes avant d’être sélectionné pour la mission martienne.

Mais Bruiser les interrompt. Ils n’ont pas le temps de rester à bayer aux corneilles. Un de ses hommes a retrouvé un accès vers le métro. C’est par là qu’ils vont s’enfuir. Chris est surpris d’apprendre que les rames de métro ont encore de l’énergie. Mais Bruiser le détrompe. Seuls les rails subsistent. Pour le reste, ils utilisent des wagons propulsés à l’huile de coude. Chris se demande s’ils sont tirés d’affaire. Bruiser explique alors que d’habitude les Domies ne viennent pas dans les tunnels du métro, trop propices à des embuscades. Mais que dans le cas présent le Dôme leur accorde trop d’importance pour les laisser si simplement. Ils les poursuivront sans doute. Heureusement Bruiser a un plan. Arrivés à Brooklyn, le chef de guerre, Chris et Elissa descendent du wagon tandis qu’un autre homme continue d’emmener leur véhicule plus loin sur la ligne, en guise de leurre. Une fois dehors, Bruiser explique qu’en longeant les buildings ils devraient passer inaperçus, même par rapport aux patrouilles aériennes.

Mais ils sont interrompus par un javelot artisanal qui vient se planter devant eux. Une foule arrive. Bruiser les prévient alors que ça va tourner mal : « Cette grosse limace qui descend la rue est Bad Lenny Siegle en personne ! Et cette meute de costauds derrière lui ce sont les gars de Myrtle Avenue ! On dirait qu’ils ont eu une dure journée à battre les vieilles femmes ! ». On l’aura compris, Bruiser ne porte pas vraiment Bad Lenny et les gars de Myrtle Avenue dans son cœur. En fait ce sont des rivaux et quand Bad Lenny le reconnaît, il tire d’abord et pose des questions ensuite. Les hommes du seigneur de guerre sont neutralisés, tandis qu’Elissa se serre peureusement contre son époux : « Oh Chris ! Je ne pense pas que même Bruiser puisse nous tirer de là ». Pensif, Chris murmure : « Je ne sais pas, Elissa, il a trop l’habitude de la rue pour ne pas avoir une carte dans sa manche… ».  Et ainsi s’achève le premier numéro de Planet of Vampires. Non, ne tombez pas dans les pommes… Je ne vais pas vous laisser pour autant dans l’expectative. De toute manière la série (tout comme le label Atlas) fut de courte durée. Des problèmes de distributions firent que les premiers numéros ne se vendirent pas ou peu (malgré le fait que les Goodman soient très prompts à céder leurs droits à l’export, ce qui permit à Planet of Vampires d’être publiée par Lug dans les premiers numéros du magazine Titans). La plupart des auteurs ne furent pas payés pour leur prestation, ce qui explique que dans l’ensemble des titres les scénaristes et la direction du personnage change vers le troisième numéro. L’auteur initial refusait de travailler tant qu’il n’avait pas reçu le paiement du premier numéro et, dans certains cas, menaçait de bloquer la parution en faisant jouer ses droits sur le personnage. Planet of Vampires n’aurait donc, en tout et pour tout, que trois numéros.

Dans le deuxième épisode, Bruiser arriverait à convaincre la tribu de Bad Lenny de l’importance de s’allier à lui et aux astronautes pour livrer bataille aux gens du. Chris utiliserait son expertise militaire pour unir les deux groupes, commençant par leur faire former une sorte de terrain d’atterrissage nocturne, permettant à Craig et Brenda, toujours à bord de leur flotteur, de les rejoindre. Il y aurait bien bataille contre le Dôme mais dans le combat Elissa et Brenda serait enlevées par des soldats : les leaders des vampires comptaient bien s’accoupler avec ces femmes non souillées par la guerre bactériologique pour créer une race nouvelle. La couverture montrait d’ailleurs un des leader en véritable sosie de Dracula (accoutrement compris), personne n’ayant visiblement pensé à informer l’illustrateur que les vampires de la série n’étaient pas des buveurs de sang d’opérette. Le deuxième numéro s’achevait sur Chris et Craig laissés derrière, jurant leurs grands dieux qu’ils iraient libérer leurs femmes jusqu’en enfer s’il le fallait. Pour les raisons exposées plus tôt, Planet of the Vampires #3 serait produit par une équipe créative totalement différente, le dessin étant repris par Russ Heath (tandis que le scénario était déjà passé à John Albano depuis le #2). L’histoire reposait sur Chris et Craig prenant d’assaut, à eux deux, le Dôme dans l’idée de libérer leurs épouses. Le fait est qu’entre les deux épisodes Albano avait visiblement changé d’avis sur l’utilisation probable des deux femmes. Elles n’avaient ni été traitée comme des spécimens importants (leur statut dans le #1) ni comme des femelles convoitées. Les « Vampires » du Dôme s’étaient contentés de les installer dans leurs salles d’endoctrinement, leur pompant le sang. Si Elissa était relativement indemne, Chris et Craig arriveraient trop tard pour sauver Brenda.

En un sens la série perdrait plus que Brenda dans ce numéro puisque Craig préférerait rester seul dans les ruines de la cité, convaincu que le fantôme de sa femme finirait par venir le contacter. Chris et Elissa s’éloignaient donc à bord d’un flotteur pour tomber en panne bien plus loin, dans une immensité sauvage peuplée d’animaux mutants. Elissa, attaquée par une araignée géante (forcément elle aussi suceuse de sang) serait laissée pour morte (encore que la fin est assez ambiguë et qu’elle aurait aussi bien pu se révéler seulement blessée dans le quatrième épisode s’il avait été publié). Il semble que la fin du troisième numéro induisait une sorte de virage à la Kamandi où on s’éloignait du côté urbain pour montrer un monde plus sauvage. Une image de preview promettait pour l’épisode suivant une « revanche des Vampires » montrant Chris (mystérieusement réunit avec Craig) encerclés par des créatures aux dents longues qui ressemblaient beaucoup plus à de monstrueux vampires que les habitants du Dôme.

Le fait que Chris se retrouver pratiquement seul qui donne à la série un petit côté Walking Dead des années 70 (deux, peut-être trois, personnages de la distribution tués brutalement en trois épisodes, sur fond de futur apocalyptique et de communautés faussement utopiques). En un sens c’est une série qu’on verrait bien ramenée de nos jour à la manière de Robert Kirkman. Pourtant il y a Plusieurs questions soulevées restent sans réponse. Par exemple le fait que Chris évite de donner des détails au Proctor sur l’issue de la mission. La mission Aries VII aurait-elle trouvé de la vie sur Mars ? Et puis il y a le vaisseau, resté posé à la surface de l’eau comme un hydravion et que les astronautes ne font pas mine de ramener. Il y a le sort de Brenda et d’Elissa (l’une « vampirisée » à mort et dont son mari, Craig, attend un retour qui n’est finalement peut-être pas si impossible que ça sur ce monde, a été mordue par une araignée géante mutante, donc en un sens « radioactive »… ce qui ouvre bien des pistes pour un éditeur décidé à singer Marvel).

Atlas Comics a été relancé il y a quelques mois et a ramené plusieurs séries (comme Wulf). Si les ventes suffisent, il est très possible que Planet of Vampires bénéficie d’un reboot (où qu’une option soit prise au cinéma, après tout un film Planet of Vampires, ce ne serait pas plus bête que Cowboys & Aliens [1]). On voit mal, en tous cas, comment les intrigues, laissées en plan depuis 1975, pourraient être poursuivies dans un comic-book. Sauf que d’une certaine manière la série a déjà été réincarnée sous un autre titre entre-temps… Mais là ce sera l’objet d’un futur Oldies But Goodies…

[Xavier Fournier]

[1] Le titre fut d’ailleurs utilisé pour deux films d’horreur dans les années 60.