[FRENCH] Dans les années 70, Karaté Kid (le membre de la Légion Des Super-Héros spécialisé dans les arts martiaux) avait sa propre série et s’était retrouvé à vivre quelques temps au XX° siècle. L’ennui, c’est qu’une de ses amies avait été victime d’une sorte de maladie lui donnant la rigidité du diamant. Karate Kid avait besoin de retourner dans son époque pour la sauver mais un détour imprévu allait avoir des allures prophétiques.

Une sphère temporelle surgit de nulle part. Aux commandes: Karate Kid, (l’équivalent futuriste d’Iron Fist chez DC) s’étonne de ne pas reconnaître le 30° siècle, son époque d’origine. Il pensait en effet rentrer chez lui pour sauver sa passagère, une femme pétrifiée par un accident de labo, qui l’enferme dans une sorte de rigidité. Du coup la femme (de son vrai nom Iris Jacobs) est surnommée Diamondeth (qu’on pourrait transposer en « Diamandette » ou « Diamandin ». Non, l’époque où Karate Kid arrive n’a pas l’air d’être la sienne. Il y a des chiens humanoïdes qui fuyent en le voyant et rien qui ressemble au QG de la Légion Des Super-Héros. Pourtant le compteur indique bien le 30° siècle, comme désiré.

Karate Kid comprends alors qu’il est sans doute victime des plans de Major Disaster (bien plus tard ce dernier se rachétera et deviendra membre de la Justice League) et du Lord of Time (un voyageurs temporel) qui lui ont empoisonné la vie ces derniers temps. D’ailleurs pendant qu’il pense à cette théorie, les deux malfrats l’observent à travers l’espace-temps. Comme ils ne désiraient pas que Karate Kid puisse profiter de l’aide de la LSH, ils se sont arrangés pour que le héros aille dans le futur mais pas dans celui qu’il voulait. Il se retrouve bien au 30° siècle mais dans une réalité alternative où les animaux sont devenus intelligents et humanoïdes. Une réalité que le lecteur connait puisqu’il s’agit du monde natal de Kamandi…

D’ailleurs les « chiens » rencontrés par Karate Kid sont des amis de Kamandi. Mais un malentendu ne tarde pas à éclater: Karate Kid cherche le Major Disaster (« Désastre Majeur ») et sur le monde de Kamandi on connait le « Grand Désastre » (« Great Disaster »), l’événement qui a fait basculer l’évolution des animaux. Karate Kid, du coup, ne leur accorde aucune confiance et un combat éclate… Karate Kid est finalement maitrisé par Pyra, une créature énergétique… Le malentendu est dissipé et les personnages s’expliquent. Les indigènes de ce monde sont à la recherche de Kamandi, capturé par des… Hommes-Homards (pourquoi, d’un seul coup, j’ai l’impression de raconter le résumé d’un film façon Jean-Pierre Papin des Guignols de l’Info, dans les années 90 ?). Karate Kid ne perd cependant pas de temps à sympathiser. Cet endroit lui parait fou, dangereux pour sa santé mentale. Il préfère repartir le plus vite possible. Malheureusement sa sphère temporelle ne marche plus, sabotée à distance par les deux méchants de service (pourquoi ne l’ont-ils pas simplement sabotée dans le XX° siècle au lieu de lui laisser faire un bond ?).

Major Disaster s’arrange alors pour que.. euh… attention on repasse en mode Papin/Guignols de l’Info… les Hommes-Homards, qui faisaient du surf sur la côte, soient amenés à l’intérieur des terres par un gigantesque raz-de-marée. Et une fois confrontés aux humains, les homards attaquent, bien sûr… Karate Kid est alors enlevé (comme il s’agit d’un crossover avec la série Kamandi, il sera emmené dans le même lieu de détention que le « dernier garçon de la Terre » et ils se sauveront mutuellement dans un épisode de cette autre série). Cela laisse les amis de Kamandi seul avec la mystérieuse Diamondeth. Et comme ils n’ont rien de mieux à faire, ils tentent de l’aider. Pyra use de ses pouvoirs énergétiques et ne tarde pas à lui rendre forme humaine. Problème: Iris Jacobs était relativement inconsciente tout le temps où elle était sous sa forme de diamant indestructible. Quand elle se réveille, elle est soudainement entourée d’hommes-chiens et d’une femme faite d’énergie. Elle craque. Pour lui éviter la démence, Pyra retransforme Diamondeth sous sa forme minérale (pourquoi elle ne s’est pas contentée de l’endormir avec ses pouvoirs, ça… là aussi c’est un mystère). Finalement, dans d’autres épisodes, Karate Kid et Diamondeth arriveront à poursuivre leur voyage vers le bon futur mais ce n’est pas ce qui nous intéresse…

Il y a beaucoup de choses un peu curieuses ou illogiques dans cet épisode. A commencer par le dessin (de Juan Ortiz) qui n’est guère fameux. Bob Rozakis et Jack C. Harris, les deux scénaristes s’efforcent de tisser une sorte de relation entre les deux futurs sans y arriver totalement. Alors quelle importance à cet épisode ? C’est simple. Le virus Morticoccus vient du monde de Kamandi (c’est une invention de Jack Kirby qui fit sa première apparition dans Kamandi #9). Karate Kid a, bien plus récemment, fait preuve des traces du même virus sans que les auteurs nous expliquent vraiment où il avait pu aller l’attraper. Or, Karate Kid, paru il y a trente ans, permet d’apporter un peu de cohérence là-dedans. Si on accorde de l’importance à la continuité, Karate Kid est tout simplement le premier tie-in lié à Countdown… trois décennies avant la série en question! Dommage que les auteurs actuels n’aient pas pensé à s’appuyer sur cet ancien épisode, qui leur aurait donné une certaine forme de légitimité. En lui-même cet épisode n’est pas réellement un « goodie » (ce n’est pas un chef d’oeuvre) mais en tant que matière première, il est comme une opportunité manquée. Quelque chose qui aurait pu être utilisé pour consolider un peu le crossover récent. D’ailleurs rétrospectivement c’est un peu comme si vers la fin des années 70 plusieurs séries DC s’étaient mise en tête de préparer un crossover cosmique qui ne s’est jamais matérialisé en tant que tel (on avait déjà parlé ici des épisodes inédits de Kamandi, qui annonçaient un peu son rôle dans Crisis), reliant au moins indirectement Kamandi, Omac et, donc, comme vu ici Karate Kid.

Outre ce crossover « fantôme », si en prime d’autres auteurs DC récents avaient ramené Diamondeth, la femme-diamant, ils auraient pu avoir une sorte de prototype de Emma Frost post-Morrison tout en étant là aussi tout à fait dans leur droit (celle de DC remontant a bien plus loin). Bon, en tout cas ils ont bien fait de ne pas nous ramener les Hommes-Homards, on est d’accord.

[Xavier Fournier]