[FRENCH] Il y a deux types de super-héros : Les généralistes (comme Superman) qui peuvent agir partout, avec des adversaires diversifiés. Et puis il y a les « spécialistes » qui ont un champ d’action particulier et qui, en plus, tombent régulièrement sur des ennemis à la nature similaire. Normal que sous l’eau Aquaman ne croise que des amphibiens. Mais statistiquement le Martian Manhunter avait le chic pour tomber sur des extra-terrestres. Atom tombait régulièrement sur des personnages à sa taille. Et Hawkman, logiquement, avait toutes les chances d’affronter des menaces volantes. Encore que la création du Shrike relève d’une équation plus complexe. Une véritable généalogie de héros ailés…

Apparu en 1961 dans Brave and the Bold #34, le Hawkman du Silver Age (l’extra-terrestre Katar Hol) avait la maîtrise des airs. En tout cas en théorie. Il n’y avait pas beaucoup de super-héros de DC Comics qui volaient à l’époque. Flash, Green Arrow, Batman ou même Wonder Woman (qui avait besoin d’un « avion invisible » pour se déplacer) ne volaient pas. D’autres (comme le Martian Manhunter) volaient mais se servaient essentiellement de ce talent pour se rendre d’un point A à un point B. Il était rare de les voir s’engager dans de véritables combats aériens. Certes. Mais il restait quand même des « pointures » comme Superman, Supergirl ou Green Lantern. Bien sûr, Superman pouvait concurrencer Atom à l’occasion quand il se miniaturisait pour visiter Kandor. Bien sûr, Superman pouvait s’aventurer sous l’eau à l’occasion et même croiser des sirènes alors que c’était plutôt la chasse gardée d’Aquaman. Bien sûr, Superman pouvait foncer à des vitesses voisines de celles de Flash. Mais il ne pratiquait ces exploits que de temps en temps, irrégulièrement. Voler ? Voler, c’était une autre chose Superman (tout comme Green Lantern) ne savait pratiquement pas se déplacer autrement et il était courant qu’il affronte ses adversaires au dessus de Metropolis. On comprendra donc toute la problématique d’Hawkman, qui était non seulement égalé mais aussi régulièrement dépassé par le premier surhomme. Pendant le Golden Age, la question s’était peu posée : la notion d’univers partagé était embryonaire. Les personnages se marchaient peu sur les pieds… ou, si vous préférez, ne se volaient pas dans les plumes. Mais là, dans les années 60, la concurrence était rude. Ce qui explique qu’Hawkman fait partie des séries du Silver Age dont la publication fut la plus courte : Seulement 27 épisodes avant que le titre soit fusionné pour former la encore plus courte série Atom & Hawkman. Par comparaison, un héros relativement mineur comme Rip Hunter The Time Master qui n’était pas, lui, membre de la Justice League, arriva à durer 29 épisodes sans interruption. Et évitons d’évoquer en présence d’Hawkman le cas de Rex The Wonder Dog (sorte de Rintintin de l’univers DC) qui totalisa 46 épisodes quelques années plus tôt ! Sans parler de la vraie concurrence qui commença à se manifester la même année que la création de cet Hawkman : les héros de Marvel. Human Torch, Iron Man ou Thor ringardisaient forcément Hawkman ! Malgré certains atouts (sa culture extra-terrestre, le fait d’être un des rares super-héros marié…) sa carrière avait donc, d’emblée… du plomb dans l’aile.

Aussi le scénariste Gardner Fox entra une donnée de plus dans sa création. Hawkman n’était pas « seulement » un héros volant : C’était avant tout un héros ailé et de ce fait un spécialiste des menaces elles aussi ailées. Souvent le principte de Gardner Fox était donc d’introduire des adversaires ailés mystérieux ou baroques qu’Hawkman devait non seulement combattre mais aussi « résoudre ». Et dieu sait qu’on verait un peu tout et n’importe quoi dans la série : Des singes ailés, des dragons ailés ou encore les Manhawks (des faucons géants portant des têtes d’hommes). Plus largement c’était la marque de fabrique de cette version d’Hawkman. Là où Batman voulait résoudre une énigme pour stopper le Joker ou le gangster du mois, là où Adam Strange se creusait la tête pour chercher l’astuce qui allait repousser un monstre attaquant la planète Rann, Hawkman voulait, en plus de combattre, analyser la nature de son adversaire. Dans la logique de cette série, il était donc inévitable qu’il croise aussi des hommes ailés qui lui donneraient du fil à retordre. C’est le cas, vous l’aurez compris, dans Hawkman #11 (Decembre 1965), quand l’homme-faucon fit la rencontre du Shrike.

Et comme entrée en matière sur la page d’introduction, Gardner Fox (épaulé par le dessinateur Murphy Anderson) nous présente ainsi le personnage : « C’était un être ailé. Un super-voleur sauvage et rusé nommé le Shrike ! Il volait les trésors de la Terre et y défiait tout les représentants de le stopper ! Car il était pourvu d’ailes qui étaient des armes naturelles. Des armes qui sont retournées lors d’un combat mortel contre Hawkman et Hawkgirl… Quand le Shrike frappe la nuit ! ». « Shrike », traduit en bon français, c’est le nom de la « Pie-grièche Ecorcheur », oiseau à la réputation de grande cruauté car il empalerait ses petites proies sur les épines des buissons. Le mystére commence réellement un soir, à Monaco, alors qu’une silhouette ailée traverse le ciel. Il s’agit du Shrike. On comprendra vite que ce nouveau personnage est un cambrioleur « de haut vol » puisqu’il brise la verrière d’un casino et sème la panique : ses ailes sont en effet capables de tirer des « balles de glace ». Ce genre de munition est un peu « la balle parfaite » dans l’imaginaire de beaucoup d’auteurs de romans policiers : quelqu’un qui aurait une arme tirant des balles de glace serait – en théorie – à l’abri des poursuites puisque la balle fondrait après avoir touchée sa cible. Elle serait donc intraçable. En pratique c’est quand même un peu plus compliqué que ça car les tentatives de produire de telles balles se sont soldées par des échecs : la balle de glace fond avant d’avoir quitté le canon. Mais qu’importe puisque nous sommes dans le cadre d’une histoire où les deux héros sont des extra-terrestres. On acceptera donc un « petit » défi technologique tel que la balle de glace. En fait il s’agit surtout de nous montrer que le Shrike ne plaisante pas et qu’il est « équipé ». Le casino étant vide, le Shrike peut alors voler tout l’argent qui s’y trouve. Mais pour lui c’est normal. Il s’agit de combler la dette que le reste du monde doit à [son] peuple ». Quelques nuits plus tard, c’est la banque centrale d’Angletterre que le Shrike attaque… en faisant preuve d’autres dons : ses ailes émettent des éclairs destructeurs, assez puissants pour briser des vitres. Après la « grêle » de la première attaque, le Shrike attaque donc encore en imitant un type de météo. Cette fois le voleur se vante de sa propre puissance : « Rien ne peut résister au Shrike ! Car ne suis-je pas le légendaire oiseau-démon de Kukulcan, revenu à la vie ! ». Diantre… un oiseau-démon ? Où sont-ils allés chercher ça ?

Comme nous le disions, de manière plus ou moins consciente Hawkman est le spécialiste des « menaces ailées ». Même si ces vols se sont déroulés en Europe, de l’autre côté de l’océan, le héros n’a pas manqué de remarquer ces attaques. Dans son identité civile de Carter Hall, celui qui est en fait l’extra-terrestre Katar Hol s’étonne : « C’est bizarre que mes amis les oiseaux ne m’aient jamais révélé une telle créature ailée ! ». Effectivement il se trouve que le Hawkman du Silver Age communique vraiment avec les oiseaux (un talent que n’avait pas son prédécesseur le Hawkman du Golden age). Mais visiblement il ne vient pas à l’esprit de Katar Hol que, quand bien même les oiseaux connaîtraient l’existence du Shrike, les événements se sont déroulés à l’autre bout du monde. Comment les oiseaux de la ville de Midway City (la cité quand laquelle Hawkman opère) pourraient-ils savoir ce qu’ont vu (ou pas) les oiseaux de Monaco ou de Londres. Mais le plus surprenant c’est que c’est pile au moment où Katar Hol/Carter Hall est dans le musée dont il est directeur, est en train de penser au Shrike, que ce dernier attaque… le musée de Midway City (dingue, non ?). Le cambrioleur ailé passe à travers une vitre et s’empare de deux antiquités : les urnes d’or sacrées de Kukulcan. Bien sûr Carter Hall tente de s’interposer. Mais il est en costume de ville, n’a pas le temps d’aller se changer en Hawkman. Et il ne fait pas le poids en face de la menace costumée. D’autant que le Shrike le prévient : « Tiens toi à l’écart ou tu subiras les conséquences ! Ce sont les talismans sacrés de mon peuple, les Comocs… Et je suis déterminé à ce qu’ils retrouvent leur vraie demeure ! ». Carter Hall étant un héros, il se doit d’essayer quand même. Mais des ailes du Shrike surgissent une terrible bourasque. Un vent déchaîné qui repousse Hall vers le mur avec violence.

Heureusement pour lui, la constitution extra-terrestre de Carter/Katar lui permet de mieux encaisser le choc qu’un humain normal, il revient à l’attaque plus vite que le Shrike l’avait anticipé et lui décoche un spectaculaire coup de poing. Mais le cambrioleur est lui-même d’une constitution peu commune. Lui aussi revient vite à l’attaque et cette fois Carter ne profite plus de l’effet surprise. Heureusement le directeur du musée connaît quelques prises de judo. Il faut dire que lorsqu’il s’est installé sur Terre avec son épouse, Hawkman a d’abord passé la planète à l’Absorbascon, très puissante machine thanagarienne qui absorbe les connaissances. De ce fait il a ainsi pu apprendre les langues terriennes en un instant mais aussi, de manière induite, un certain nombre d’autres choses comme les arts martiaux (même si ce fait est rarement mis en avant dans les histoires). S’il s’agissait simplement d’un combat sans armes, Carter aurait rapidement le dessus. Mais une nouvelle fois le Shrike utilise les rafales de vents émisent par ses ailes. Cette fois Carter est plus touché. Il ne peut qu’essayer de rester conscient, en observant le Shrike partir avec les urnes d’or…

Il faut croire que le Shrike n’est pas du genre à repartir par la fenêtre (déjà brisée) par laquelle il est arrivé. Ou bien plus simplement le dessinateur a oublié qu’il existait déjà une vitre brisée dans l’édifice (ou il a décidé qu’il était plus spectaculaire de ne pas en tenir compte). Du coup le Shrike sort du musée en passant à travers d’une autre fenêtre. Malheureusement pour lui, c’est précisément le moment ou Hawkgirl (Shayera Hol), l’épouse d’Hawkman, revient de mission. Elle était partie à Hawk Valley (la « Vallée du Faucon »), endroit situé à proximité de Midway City où les deux héros on trouvé de nombreux oiseaux dont ils s’occupent. Au contraire de Carter Hall, son épouse est déjà en tenue super-héroïque, avec ses ailes arnachées. Elle est donc équipée pour le combat et ne peut manquer de remarquer « Cette créature ailée qui vole les urnes d’or de Kukulcan » ! Comme Hawkman, Hawkgirl a une prédilection pour les armes anciennes de la Terre. Elle a sur elle une fronde, dont elle se sert pour tirer sur le Shrike. A nouveau, celui-ci est surpris : « Une femme ailée ! Mais… J’était poussé à croire que j’étais le seul humain ailé sur Terre ! ». Assez bizarrement, si Hawkman a entendu parler du Shrike, l’inverse n’est pas vrai. Mais, là aussi, le Shrike compense la surprise par sa puissance supérieure. Il riposte en utilisant ses ailes pour lancer des éclairs. Face à çà, Hawkgirl est dans une position délicate… Encore que… encore qu’être frappé par les éclairs alors qu’on ne touche pas terre est peu probable (quoi que pas totalement impossible). Normalement s’il voulait frapper « électriquement » Hawkgirl, le Shrike aurait tout intérêt à voler au dessus d’elle et à tirer vers le sol. Elle serait sur le passage des éclairs et aurait plus de chances d’être touchée (encore que…). Mais là, le cambrioleur tire dans tous les sens comme s’il avait une mitraillette électrique et c’est peu crédible (à part si ce qu’on décrit comme « éclair » est en fait une sorte de laser déguisé). En théorie le Shrike aurait tout intérêt à utiliser ses balles de glace ou ses bourrasques lors d’une bataille aérienne plutôt que ses éclairs, dont l’intérêt stratégique est très « relatif ». Mais le scénario va continuer sans se poser la question, présentant les éclairs comme un danger immédiat.

Heureusement pour Hawkgirl, Katar Hol n’est pas resté à se croiser les bras. Dès qu’il a pu reprendre ses esprits, il s’est habillé en Hawkman en un temps record et s’est équipé en prévision. Il enfile des gants en caoutchouc et prend un bouclier qui fait partie des objets exposés au musée. Ainsi paré, Hawkman peut s’envoler à son tour, venant au secours de son épouse alors qu’elle est sur le point d’être électrocutée. Voyant arriver Hawkman, le Shrike tire ses éclairs, ils viennent s’écraser sans effet sur le bouclier (sans doute parce qu’Hawkman le brandit avec ses gants de caoutchouc). Hawkman utilise alors à son tour une arme ancienne : des Bolas qui viennent envelopper le Shrike au niveau de la taille, bloquant du même coup ses ailes. Hawkman est alors assez rapide pour venir en aide à Hawkgirl (choquée par l’attaque électrique) puis pour rattraper le Shrike dans sa chute. De toute façon le cambrioleur est pétrifié : Il n’en revient pas d’avoir rencontré encore un autre être ailé, d’autant que celui-ci porte « une arme qui bloque le pouvoir du messager des dieux ». Hawkman et Hawkgirl emmènent ensuite leur prisonnier dans le bureau du musée sans que personne ne semble penser qu’ils mettent ainsi en danger leur identité secrète, le Shrike pouvant éventuellement faire le rapprochement avec Carter Hall. Heureusement pour eux, le Shrike n’en revient pas : « Je ne comprends pas que vous m’ayez battu ! Mon peuple m’avait assuré que j’étais le seul humain ailé sur Terre… et que j’étais invulnérable ! ». La curiosité d’Hawkman est aiguisée. D’autant que les ailes que porte l’inconnu sont naturelles. Elles ne font pas partie d’un équipement artificiel comme celui d’Hawkman et Hawkgirl. De guerre lasse, le Shrike accepte alors de raconter son histoire…

Le Shrike explique « De ma naissance je ne sais rien ! Mon premier souvenir est d’avoir été trouvé par les indiens Comoc près d’un fleuve dans les jungles du Yacatan… ». En fait, la scène nous montre bien un indien trouvant un bébé ailé à proximité d’un fleuve mais surtout on voit dans le fond une mini-fusée qui s’est écrasée. L’analogie avec l’origine de Superman est évidente. Selon les clichés en vigueur chez DC Comics, le lecteur est donc supposé comprendre immédiatement que le Shrike est un bébé « tombé des étoiles » de la même manière que Kal-El (Clark Kent). Mais bien sûr, selon d’autres clichés de l’époque il faut que les indiens soient des ignares et peu au fait des sciences et de la technologie. Bien que l’indien en question soit montré comme étant « civilisé » (c’est à dire qu’il porte un chapeau et une chemise, pas un pagne et des plumes), il interprête de manière supersticieuse sa découverte : « Hyah ! L’enfant ailé est un don du dieu Kukulcan que nous avons prié pour avoir de l’aide ! ». Le Shrike explique alors qu’il y a des siècles les conquérants se sont emparés des trésors du peuple Comoc et que, depuis, ceux-ci sont obligés de vivre dans la misère en espérant qu’on leur fasse justice un jour. Les indiens remarquent que Kukulcan a donné des ailes à l’enfant et qu’il ressemble, de ce fait, à l’oiseau démon de leur mythologie, le Shrike. Ils remarquent vite une autre chose : l’enfant a une croissance accélérée, dix fois supérieure à celle d’un humain normal. Au bout de quelques mois le Shrike, devenu un jeune homme, peut alors commencer à voler de la nourriture dans des fermes non-comocs pour nourrir son « peuple ». Il devient de plus en plus ambitieux et, dans ses escarmouches avec la police, fini par remarquer que ses ailes ont un certain nombre de pouvoirs (dans le cadre du flashback on le voit créer de mini-tornades pour repousser les policiers). De plus, sans qu’il sache comment, le Shrike est capable de comprendre toutes les langues (comme Hawkman). Puisqu’on lui dit qu’il est l’oiseau-demon, le Shrike le croit alors de bonne foi et se pense le seul être ailée sur Terre… Mais le combat contre Hawkman et Hawkgirl lui a démontré le contraire. Il comprend donc, pas extension, qu’il n’est pas non plus un « oiseau démon » et que les Comocs ne sont pas vraiment son peuple. Mais alors… qu’est-ce qu’il est ?

Comprenant que le Shrike est plus un personnage désorienté que vraiment malfaisant, Hawkman décide de l’aider à découvrir d’où il vient vraiment. Le Shrike est reconnaissant : « Tu pourrais faire ça ? S’il te plait ! Les Comocs m’ont trompé ! J’ai volé pour eux mais je vois maintenant que j’avais tort ! Je rendrais l’argent et les bijoux à leurs vrais propriétaires mais s’il vous plait, aidez moi ! ». En fait le Shrike va un peu vite en besogne en expliquant que les Comocs l’ont trompé. Le flashback nous a au contraire montré qu’ils pensaient réellement que cet être fantastique leur était envoyé par Kukulcan. Mais il s’agit sans doute d’une pirouette scénaristique pour ne plus s’occuper de ce pan l’histoire : Si les Comocs ont trompé le Shrike alors ils ne méritent pas d’être aidés. On peut oublier sans remord le fond de leur problème (ils ont été dépossédés par les colonisateurs) et ne plus s’intéresser à eux… Même si on a pourtant vu que le Shrike leur apportait de quoi manger. Devenu d’un coup de baguette magique un peuple trompeur et malfaisant, les Comocs peuvent ainsi disparaître du récit sans qu’aucun des héros éprouve le moindre regret envers eux…

Hawkman et Hawkgirl décident d’emmener le Shrike dans leur vaisseau, stationné en orbite géostationnaire au dessus de Midway City. Mais le problème est que, d’un coup, le Shrike (qui paraissait si terrible quelques instants plus tôt) ne sait plus voler. Le choc d’apprendre qu’il n’est ni humain ni un être supernaturel a créé un blocage psychologique. Hawkman et Hawkgirl sont donc obligés de porter leur ex-ennemi jusqu’à leur fusée thanagarienne. Quand Katar Hol parle de chercher des indices, le Shrike explique que les indiens ont trouvé un médaillon sur lui quand il était enfant. Un médaillon qu’il porte encore. En inspectant le médaillon, Hawkgirl découvre que de petits points qui forment la décoration représentent en fait des étoiles. Le médaillon représente le ciel tel qu’on peut le voir depuis la planète d’origine du Shrike ! Hawkman décide alors de faire une simulation dans le Star-puter (car visiblement le mot ordinateur ne suffit pas pour désigner une machine opérant sur un vaisseau intersidéral, il faut au moins le rebaptiser « Star-Puter » ! Finalement les calculs permettent de découvrir que le Shrike vient d’une planète de type terrestre située dans le système solaire de Mizar. Hawkman lance alors la fusée, qui prend la direction de Mizar. En même temps, les héros enclenchent leurs « absorbascons » de manière à pouvoir apprendre la langue de cette planète dès qu’ils arriveront à destination (comme ils l’ont fait lors de leur arrivée sur Terre).

Mais une chose étrange se produit. Le vaisseau est secoué par un choc. D’un seul coup Hawkman se retrouve seul dans la fusée. Hawkgirl et le Shrike semblent avoir disparus ! Quand au monde d’origine du Shrike… ce que voit Hawkman n’est qu’ne planète morte, recouverte par les glaces. On est loin du monde semblable à la Terre dont il avait été question. Le Shrike n’aurait pas pu naître dans un monde si peu hospitalier. « Non seulement j’ai perdu Shayera, mais je n’ai plus mon sens de l’orientation ! » se lamente Hawkman. Il est loin de se douter qu’Hawkgirl vit une expérience similaire : elle aussi se voit seule dans le vaisseau. Et au même moment le Shrike aussi est seul dans le vaisseau (mais il ne s’en rend pas compte, trop absorbé à penser au gâchis qu’a été sa vie récente). Comment trois personnes peuvent-elles être seules… dans la même pièce ? C’est une scène digne de Star Trek. Mais bientôt Hawkman observe l’espace et s’aperçoit que les étoiles ne sont pas dans le même ordre que sur le médaillon du Shrike. Il comprend qu’il est bien au bon endroit mais dans un futur lointain, où les étoiles ont eu le temps de déplacer dans le ciel. Le fait de comprendre ce qui lui arrive a pour effet de le synchroniser à nouveau avec le présent : « J’ai été affecté par une sorte de portail dangereux ! Au moins maintenant je peux manoeuvrer le vaisseau vers la planète du Shrike… Et pour ce qui est d’Hawkgirl… ». Il suffit de parler d’elle pour qu’elle se matérialise. Elle aussi était déplacée dans une autre époque de ce monde. Elle a pu apercevoir une race ailée bien plus avancée, trop pour être celle du Shrike et a compris, à son tour, qu’elle était piégée dans le futur. Hawkman explique : « C’est comme regarder un mirage ! Une personne qui ne saurait ce qu’est une illusion ne réaliserait pas que c’est un mirage. Mais quelqu’un au courant serait capable d’échapper à son effet ! ». Reste un problème : Le Shrike est lui aussi déplacé dans une autre époque. Et absorbé comme il l’est sur son propre sort, il ne risque pas de comprendre ce qui se passe.

Mais le sort du Shrike doit passer au second plan : Hawkman et Hawkgirl s’aperçoivent que leur vaisseau est attaqué par une horde d’hommes ailés. Cette fois il est clair qu’il s’agit de la même race que le Shrike (si ce n’est que les attaquants utilisent des pistolets lasers et que leurs ailes ne lançent ni éclairs, ni balles de glace…). La planète, nommée Moronon, est tenue par le dictateur Boros Bron qui considère que ce vaisseau inconnu ne peut être qu’une menace. Boros ordonne alors qu’on détruise le vaisseau et ses occupants. Boros Bron a une grande ressemblance physique avec Ming, l’ennemi juré de Flash Gordon. Et sachant qu’à l’origine l’Empereur Ming règne sur une planète habitée en partie par des hommes oiseaux qui ont eux-mêmes inspirés la création d’Hawkman, on voit que l’ombre de Flash Gordon plane sur la planète Moronon. A l’intérieur de leur fusée, Hawkman et Hawkgirl se préparent néanmoins à un changement important de leurs méthodes : Sur Terre ils n’utilisent que des armes anciennes « Mais contre les super-armes de ces hommes ailés, c’est justifié de combattre avec nos Paraly-fusils et pistolets thanagariens ! » explique Hawkman. Ce qui, mine de rien, induit que si les deux héros utilisent de vieilles armes sur Terre c’est peut-être en vertu d’une notion de riposte proportionnée… ou pour éviter que les armes thanagariennes tombent en de mauvaises mains. Vite, Hawkman et Hawkgirl se précipitent à l’extérieur et, avec leurs fusils, tirent des rayons noirs qui font disparaître les attaquants avant de les rematérialiser totalement inconscients. Ces rayons noirs sont l’expression littérale d’un « Black-Out ». Voyant la puissance dont les Thanagariens disposent, Boros Bron change d’avis et décide qu’on les capture vivants, de manière à apprendre les secrets de leurs armes. Les habitants de Moronon utilisent alors un « vibrator », une arme qui matérialise des anneaux de puissance qui ligotent d’une certaine manière Hawkman et Hawkgirl. Les soldats de Boros n’ont plus qu’à les intercepter en plein chûte et à les emmener devant le trône de leur chef. Boros Bron les accuse alors d’être des envahisseurs venus menacer son monde avec leurs super-armes. Mais Hawkman réfute l’accusation : « Ce n’est pas vrai ! Nous avons trouvé un vrai homme ailé – comme votre peuple – sur notre planète et nous l’avons amené ici en paix, en pensant vous faire plaisir… ». Le scénariste Gardner Fox oublie un peu vite que la planète d’Hawkman est Thanagar et non pas la Terre mais enfin on partira du principe qu’il a voulu parler de la planète où Katar Hol réside et non pas de celle d’où il est originaire.

Sauf que bien sûr, le Shrike étant piégé dans le temps, Hawkman ne peut le montrer pour prouver ses dires. Boros Bron (juché sur un trône qui ressemble énormément à celui de Ming) le traite donc de menteur et ordonne qu’on les emmène jusqu’à la vallée des 1000 périls. Et quand un endroit a un nom comme la vallée des 1000 périls ce n’est jamais bon signe… Les deux prisonniers sont emportés sur une platerforme volante, jusqu’à une vallée recouverte par des tourbillons de fumée verte. Si bien qu’une fois qu’ils sont jetés dans le vide, les ailes d’Hawkman et Hawkgirl ne leur servent guère. Bientôt Katar s’aperçoit d’ailleurs que Shayera est inconsciente. Ils sont emportés par les tornades mais incapables de voler au sens traditionnel du terme. Mais le pire les attend au sol. Quand ils finissent par tomber à terre, inconscients, une horrible créature géante (une sorte de dinosaure extra-terrestre) repère les deux corps inertes et décide d’en faire son goûter. Contre toute attente, ce n’est pas Katar Hol qui s’éveille en premier mais bien Shayera : on ne nous joue pas le coup de la damoiselle en détresse. Encore que : C’est bien elle qui prend conscience de la menace du pseudo-dinosaure et qui réveille son mari. C’est quand même Hawkman qui empêche que la bête avale Hawkgirl : le héros règle son harnais anti-gravité de manière à frapper le monstre comme s’il était un missile. Mais le soulagement est de courte durée : non seulement la créature n’est pas inconsciente mais bientôt les deux « Hawks » découvrent que les environs sont peuplés de nombreuses autres bestioles de la même taille. D’autres bestioles qui représentent autant de menace. Et, de manière induite, Katar et Shayera ne peuvent pas s’envoler hors d’atteinte (les tourbillons célestes les empêchent de fuir par le ciel). Hawkman a alors une idée : retourner les lézards vivants les uns contre les autres. Le héros prend position sur le dos du premier monstre (là où celui-ci ne peut l’attraper) et fait tourner à fond son harnais, neutralisant le poids de la créature. Hawkman peut ainsi voler en emportant le lézard géant et le lance au milieu des autres… qui se jètent sur lui pour le dévorer. Profitant de la diversion, Hawkman et Hawkgirl peuvent s’éloigner, sans que les bêtes s’interposent…

Les héros se dirigent vers un point où il ne semble pas y avoir de barrière rocheuse… De fait, on dirait qu’il y a une sortie à cette vallée. Mais ils se rendent compte qu’il s’agit d’un mirage temporel. Il n’y a pas d’issue à la vallée et ce qu’ils ont vu était un autre aperçu d’une autre époque de la planète, après que l’érosion ait fait disparaître les rochers. Hawkman et Hawkgirl trouve au sol une sorte de « sphère temporelle » qui provoque ces glissements de temps. C’est sans doute en la survolant, lors de leur arrivée, qu’ils ont été victimes du premier déplacement temporel à l’intérieur de leur vaisseau. Hawkman décide alors d’utiliser la sphère (née d’une sorte de phénomène naturel sur cette planète) pour les projeter tous les deux dans ce futur où il n’y a plus de barrière rocheuse pour les retenir et plus de monstres pour les chasser. Bientôt, Hawkman et Hawkgirl volent au dessus d’un horizon dégagé. Katar explique : « En dessous de nous, ce que nous voyons est la vallée dans des millions d’années. Ses falaises ont été détruites par l’érosion ! ». Une fois sortis de la vallée-piège, Hawkman utilise alors la sphère temporelle pour les ramener dans le « présent ». Ils prennent alors la direction de la capitale de Moronon, où leur vaisseau a été placé sous bonne garde. Mais en se déplaçant encore dans le temps, Hawkman et Hawkgirl arrivent dans leur fusée sans être arrêtés. Toujours avec la sphère, ils arrivent à libérer le Shrike de l’effet temporel et lui explique ce qui est arrivé pendant son absence. Ce troisième larron est alors très pessimiste : « Quelles sont nos chances ? Nous sommes trois contre une planète entière ! ». Et il faut se souvenir que le Shrike a perdu ses pouvoirs depuis qu’il doute de lui. Hawkman est plus optimiste : « Mais nous avons la sphère temporelle qui nous rendra invisible, nous permettra d’apparaître ou disparaître à volonté ! Maintenant sors dehors et fais face à ce monde qui ne veut pas te reconnaître ! ».

Quand le Shrike sort du vaisseau, Boros Bron le reconnaît et est pris de panique : « Il n’y a pas de doute quand à son identité ! J’ai eu des soupçons dès que les deux créatures m’ont parlé de ramener un membre de notre peuple ! ». Mais loin de dédouaner Hawkman et Hawkgirl, ce fait rend Boros Bron encore plus furieux. Il ne veut pas du Shrike et ordonne qu’on lui tire dessus. Même si le Shrike n’a plus ses pouvoirs, il profite cependant de l’effet de la sphère temporelle. Hawkman, Hawkgirl et lui deviennent alors des combattants qui semblent se déplacer dans l’espace-temps, frappant avant de pouvoir être frappés. Mais Boros Bron exige alors qu’on utilise la machine qui créer des cercles de puissance, celleq qui a déjà piégé les deux Hawks. Ils sont bientôt à nouveau prisonniers.

Heureusement pour eux le Shrike se sent responsable de leur sort. Assez responsable pour le blocage mental qui le privait de ses pouvoirs vole en éclat. Le Shrike est alors à nouveau libre de tirer des éclairs (ce qu’il fait pour briser les cercles emprisonnants Hawkman et Hawkgirl). Mais survient un effet secondaire inattendu : en retrouvant l’usage de ses pouvoirs et sa pleine nature de « Morononien », le Shrike devient imperméable à l’effet de la sphère temporelle. Il faut une cible parfaite. C’est donc au tour des deux Thanagariens de disparaître et de lui renvoyer l’ascenceur. A eux trois, ils ont vite fait de neutraliser les gardes de Boros. C’est le Shrike lui même qui attrape le dictateur quand… à sa grande surprise, les soldats jètent leurs armes et s’écrient « Gloire à Toros Tos, fils de l’ancien monarque Koron Tos ! Seul celui qui a le pouvoir d’utiliser ses ailes comme une arme peut être notre vrai roi ! ».

Se sentant battu, Boros Bron n’a plus qu’à tout avouer : « Il y a des années ton père, ta mère et toi, alors que tu étais enfant, étiez parti pour un voyage d’exploration des planètes distantes. Par hyper-radio ils nous ont dis qu’un terrible orage cosmique menaçait leur vaisseau. Et pour protéger leur enfant, ils t’ont placé dans la seule capsule de secours encore en état. Puis ils t’ont lancé dans l’espace. Koron Tos et sa femme sont morts dans l’explosion de leur vaisseau ! Nous avons toujours pensé que tu étais mort toi aussi ! ». Mais Le Shrike, ou plutôt « Toros Tos », n’est pas mort. Il a grandi sur Terre et a été sauvé par Hawkman et Hawkgirl. Devenant de fait le roi de Moronon, la première décision de Toros Tos est de condamner l’ancien dictateur à dix ans de prison pour avoir ursupé le trône… et vingt ans de plus pour avoir tenté de les détruire, ses deux nouveaux amis et lui ! Puis Toros décrète qu’Hawkman et Hawkgirl seront, à dater de ce jour, des citoyens honoraires de Moronon. Hawkman ne manque pas d’expliquer que ce qui est arrivé au roi Toros lui rappelle énormément ce qui est arrivé à Superman, élevé sur Terre après la destruction de Krypton. L’histoire se termine avec Hawkman insistant : « La prochaine fois que je le croiserais à un meeting de la Justice League, je lui raconterais cette histoire. Ca devrait l’intéresser d’apprendre qu’un autre être à superpouvoirs a pu, comme lui, trouver refuge sur Terre ! ».

Le Shrike (ou le roi Toros Tos) est de fait un personnage intéressant car il devient le monarque d’une planète qui ressemble beaucoup à Mongo (peuplées d’hommes-oiseaux, de pseudo-dinosaures et même livrée avec un ennemi juré « de type Ming », Boros Bron). Toros Tos est aussi un héros volant qui dispose de fait de plus de pouvoirs qu’Hawkman… Et c’est sans doute pour ça qu’on ne reverra pas par la suite. Dans cet épisode, il est le moteur de l’histoire mais aussi en position de faiblesse à cause de son amnésie puis de sa perte de pouvoirs. Un Toros Tos « à pleine puissance » aurait pour effet d’éclipser Katar Hol et Shayera. Mais, au delà de la série Hawkman, Toros aurait pu être un personnage secondaire intéressant dans le contexte de l’univers étendu de DC. On aurait très bien pu le revoir dans des aventures de Superman ou d’Adam Strange. Mieux : Cet « homme-oiseau cosmique » aurait pu faire un membre dans une des équipes inter-sidérales de DC comme la plus tardive L.E.G.I.O.N. En dernière analyse, on peut se demander si la planète Moronon ne justifiait pas par ailleurs qu’un Green Lantern veille sur elle. Et dans plusieurs cas de figure Shrike/Toros Tos aurait pu pleinement fonctionner dans une sorte de « Justice League de l’Espace ». Il n’en fut rien et, au delà de toutes les explications scénaristiques qu’on peut chercher, il y a une autre raison. Le Shrike n’était tout simplement pas l’invention du scénariste Gardner Fox ou du dessinateur Murphy Anderson…

Il faudrait attendre deux épisodes pour avoir un éclaircissement sur la génèse créative du Shrike. Dans Hawkman #13, le roi de Moronon n’apparait pourtant pas dans cet autre épisode. Si on reparle de lui, c’est dans le courrier des lecteurs que ça se joue. Un jeune lecteur félicite l’histoire parue dans Hawkman #11, jugeant que le Shrike est un personnage extraordinaire… Avant d’avouer en fin de lettre que s’il trouve le personnage si intéressant c’est sans doute parce qu’il pense l’avoir inspiré. Le lecteur en question, nommé Dave Cockrum, explique en effet avoir envoyé quelques mois plus tôt la suggestion (et un croquis) d’un nouvel ennemi d’Hawkman nommé le Black Shrike. En réponse à la lettre, l’éditeur reconnaît de bonne grâce que le Shrike a effectivement été inspiré par le croquis du Black Shrike du jeune Dave Cockrum et qu’en guise de remerciement DC lui envoie le dessin original de la couverture par Murphy Anderson. La réponse précise d’ailleurs qu’il en sera de même pour tout lecteur inspirant une nouvelle histoire : Il recevra l’original de la couverture !

Dans le cas présent l’anecdote est rendue encore plus intéressante par l’identité du lecteur. Dave Cockrum ne tarderait pas à devenir un professionnel remarqué dans le monde des comics. Quelques années plus tard il reprendrait les aventures de la Legion of the Super-Heroes. Dans le cadre de cette série, il allait créer une horde (disons une légion, c’est plus approprié vu le titre de la série) de personnages secondaires. Y compris certains héros qui n’auraient même pas l’occasion d’être publiés. Une de ces créations inédites était les Outsiders, équipe qui comptait (entre autres) parm ses membres une première version de Nightcrawler ainsi qu’une femme oiseau nommée Quetzal. Il y a des raisons de penser que Cockrum avait suggéré son Black Shrike comme étant « l’oiseau-démon de Kukulcan » (tandis que toute la partie « science-fiction » se déroulant sur Moronon venait sans doute de Gardner Fox, plus porté sur la SF). Or, si le nom de Quetzal désigne bien des races d’oiseaux de l’Amérique Centrale, c’est aussi un terme qu’on retrouve dans le nom Quetzalcoatl, le mythique « serpent à plumes ». Et le Quetzal était bien entendu de ce fait un oiseau sacré pour les populations amérindiennes de ce secteur. Quetzalcoatl est l’équivalent pour les Aztèques du … Kukulkan des mayas ! Dans les deux cas il s’agit de décrire un serpent à plumes mystiques. Autrement dit le Black Shrike, prototype du Shrike et Quetzal sont dérivés du même mythe et inventés par le même Dave Cockrum. Au moment de l’adapter pour ces Outsiders, Cockrum a sans doute changé le sexe du personnage pour une meilleure dynamique de groupe et a aussi changé son nom pour différencier Quetzal du Shrike finalement publié. Mais Quetzal n’eut pas plus de chance que le Black Shrike et resta finalement dans les cartons.

Quelques années plus tard, Cockrum serait le co-créateur de la deuxième génération des X-Men (Colossus, Storm…). C’est dans cette série que son Nightcrawler (« Diablo » en VF) serait finalement enfin publié. Les X-Men ayant déjà un héros ailé (Angel) dans leurs rangs, il n’y aurait pas de nouveau personnage volant de ce type. Encore que. On peut voir que le concept restait présent dans l’esprit de Cockrum. A défaut de faire référence à « l’oiseau-démon de Kukulcan » ou à Quetzalcoatl, Cockrum allait insérer dans l’équipe un éphémère héros amérindien nommé Thunderbird, faisant allusion au mythique « Oiseau-Tonnerre » des indiens d’Amérique-du-Nord. Mais cette fois… pas d’ailes. Et la vie de Thunderbird serait de courte durée. Il fut rapidement « tué » dans l’histoire, conçu dès le début pour être sacrifié et ainsi montrer aux lecteurs que tout pouvait arriver à ces nouveaux héros, que personne n’était à l’abri… Il semble que Thunderbirl ait été une création extérieure à Cockrum ait que dans la version première le dessinateur ait atténué le motif de l’oiseau. C’est l’équipe éditoriale qui lui dira finalement d’insister sur le côté amérindien. Mais Cockrum n’avait pas oublié pour autant sa marotte pour les personnages ailés et un autre nouveau membre potentiel pour les X-Men était un certain Vampyre, pourvu d’ailes de chauve-souris. Ce n’est pas la ressemblance avec Angel qui dysqualifia le personnage mais bien le fait que visuellement il était trop proche d’un Nightcrawler ailé… Pour la petite histoire, pour créer Storm, Cockrum fusionna deux de ses concepts inédits : une héroïne nommée Black Cat (très différente de celle finalement publiée par Marvel) et certains traits de… Quetzal. L’omnisprésence du thème « avien » dans l’oeuvre de Cockrum est évidente sur ses épisodes des X-Men. A peine la série lancée, quand il s’agirait de créer une nouvelle race extra-terrestre, les Shi’ar, Cockrum en ferait une race d’hommes-oiseaux (des cousins des Moroniens ?). Visiblement le scénariste était parti pour une sorte de parallèle entre la relation Charles Xavier/Lilandra et celle entre John Carter/Dejah Thoris. Rien n’imposait un côté oiseau et ce dernier proviendrait de Cockrum. Enfin, quand il faudrait réinventer Jean Grey (jusqu’ici connue sous le nom de Marvel Girl) elle deviendrait le Phoenix, capable de se manifester comme un oiseau de feu (encore qu’il ne faut pas sous-estimer l’influence du scénariste Chris Claremont, à la vue d’autres histoires). Enfin, Claremont et Cockrum allaient créer également le personnage de la femme-oiseau Deathbird dans Ms. Marvel #9 (Deathbird ressemble, avec le recul, à une version retravaillée de Quetzal), qui serait par la suite identifiée comme membre des Shi’ar malgré des différences physiques… Très vite on remarque que Deathbird peut émettre des rafales électriques. Curieux attribut pour un oiseau… Mais qui s’explique peut-être par sa filiation avec un certain Shrike. Et comme de bien entendu, Deathbird deviendrait à terme une adversaire des X-Men…

La relation de l’oiseau-démon et de Dave Cockrum ne s’arrête pourtant pas aux X-Men ou à Marvel. Après avoir travaillé sur les mutants de Marvel, Dave Cockrum créa une série en creator-owned (c’est à dire dont il détenait les droits), les Futurians, dont les designs évoquaient fortement des costumes déjà vus dans la Legion of the Super-Heroes ou les X-Men. Parmi les Futurians on trouvait un héros amérindien, Matthew Blackfeather, un indien du Dakota qui avait le pouvoir de transformer en une monstrueuse créature oiseau, le Werehawk (qu’on pourrait traduire par « Faucon-Garou »). Quand il était calme, Werehawk ressemblait à un super-héros ailé traditionnel avec une cagoule au bec allongé… Semblable à celui que portait le Shrike sur son masque. Le Werehawk était donc, à un certain niveau, un autre rejeton de l’oiseau démon de « l’oiseau-démon de Kukulcan ». Si en 1965 Dave Cockrum avait dessiné autre chose que son « Black Shrike » ce n’est pas seulement le contenu d’un épisode d’Hawkman qui aurait été différent mais aussi un pan entier de la future carrière du dessinateur (et par conséquent une partie de l’histoire des comics) qui aurait été changée. Ca vaut la peine qu’on se souvienne du (Black) Shrike, non ?

[Xavier Fournier]