[FRENCH] Il porte l’un des costumes les plus marquants de l’histoire des comics. Une tenue noire avec un crâne sur la poitrine qui a pu inspirer au moins en partie l’uniforme du Punisher. Mais, ses droits étant déchus, le Black Terror est devenu par la force des choses un personnage existant dans une demi-douzaine d’univers concurrents. Il est en particulier central dans Terra Obscura ou dans Project Superpowers, tout en croisant à l’occasion des personnages comme Savage Dragon. Mais peu de lecteurs connaissent les origines du Black Terror…

Début 1941, Superman existe depuis environ 2 ans et demi et il a eu le temps de faire beaucoup d’émules. Les super-héros ont le vent en poupe et c’est dans ce contexte que l’éditeur Nedor publie déjà les aventures de divers personnages costumés. Il lui manque cependant encore celui qui pourrait se targuer d’être le Superman de sa gamme, aussi bien en termes de super-pouvoirs qu’au niveau de la notoriété. Exciting Comics #9 va changer la donne en lançant le Black Terror, héros reconnaissable entre tous pour son costume noir marqué d’un crâne et d’ossements, comme s’il s’agissait d’un drapeau de pirate (nous verrons que l’explication peut également être assez différente). Le Black Terror ne détrônera pas véritablement Superman dans le cÅ“ur des lecteurs mais il deviendra vite le personnage le plus populaire de Nedor, publié sans interruption entre 1941 et 1949 (et parfois dans différents magazines parallèles). Pour donner un repère sur le plan de la longévité, c’est plus que la plupart des membres de la Justice Society de DC et cela le place à peu près dans le même ordre d’importance que Jay Garrick, le Flash des origines (tout au moins pendant le Golden Age). Son apparence marque. Elle lui donne de faux-airs d’un Albator des années 40 (bien qu’il n’y ait pas, à priori, de filiation). Par ailleurs le Black Terror agît comme un archétype de super-héros à mi-chemin entre Superman, Batman et Captain America (encore que le Black Terror ait démarré quelques mois avant le héros étoilé de Marvel). Si bien,  tant ses fondamentaux semblent connus, qu’on peut souvent lire une aventure du Black Terror sans s’encombrer de connaître ses origines. Ce serait pourtant passer à côté de certaines des nuances qui le composent, comme le fait que le Black Terror est l’un des premiers personnages à posséder la force proportionnelle d’un animal, bien avant Spider-Man…

Dans Exciting Comics #9, en janvier 1941, les lecteurs découvrent pour la première fois Bob Benton, un personnage dont l’esthétique est en tous points identique à celle de Clark Kent, l’alter-ego de Superman. Et Bob Benton ne commence pas vraiment comme un vrai héros puisqu’il apparaît qu’il est racketté régulièrement par des gangsters. Seulement les affaires ont été mauvaises ces derniers temps et Bob ne peut plus payer pour sa « protection ». Deux brutes débarquent dans la pharmacie de Benton et le préviennent qu’il n’a plus que jusqu’au lendemain pour payer ou bien les conséquences seront terribles. En sortant de la boutique, les gangsters donnent de violents coups de pieds à un petit garçon qui a fait l’erreur de s’appuyer sur la voiture. Bob, qui jusqu’ici avait été très passif, craintif même, ne peut s’empêcher d’intervenir quand il voit que le garçon est en danger. Mais comme Bob ne vaut rien dans une bagarre, il se prend une baffe mémorable. Il ne doit son salut qu’au fait que deux fonctionnaires passent dans la rue au même moment. Jean Starr (la secrétaire du maire) et Rodney Clark. Dès qu’elle voit la bagarre Jean supplie Rodney d’intervenir mais on ne peut pas dire que celui-ci déborde d’affection pour Benton : « Pourquoi ce faiblard mélangeur de pilules ne peut-il prendre soin de lui-même ? ». Visiblement seulement pour faire plaisir à Jean Rodney se précipite sur les gangsters et en tabasse un des deux. L’autre s’écrie « Fuyons, ce mec est un dur ! ». Bien vite Rodney. Jean et Bob restent seuls avec le garçon. Rodney ramasse les lunettes de Benton et lui tend en ironisant, en le traitant de héros mais en n’en pensant pas un mot. Jean Starr tempère : « Ne le taquine pas, Rod, il n’est simplement pas du genre à se battre ».

Finalement, il n’y en a qu’un qui est conscient du courage de Bob : le petit garçon qu’il a tenté de secourir. Ce dernier le remercie d’ailleurs après s’être présenté comme Tim Roland. Bob reste modeste. Après tout il n’a pas vraiment sauvé le garçon. Il n’a même pas pu se défendre lui-même. Mais Tim insiste : « C’est pour cela qu’il t’a fallu du nerf pour t’interposer ! J’aimerais être comme ça… J’arriverais mieux à m’en sortir… ». Bob Benton comprends que Tim est à la recherche d’un travail et comme avoir un assistant ne lui ferait pas de mal… Tim est engagé sur le champ. Le soir même, Tim peut ainsi assister aux curieuses expériences auxquelles Bob se libre après les heures d’ouverture : « C’est mon hobby pendant mon temps libre ! Je travaille sur une sorte de tonifiant pour les gens au bout du rouleau ! Pour l’instant je n’ai pas eu de chance mais je n’ai pas dit mon dernier mot ! C’est la sorte de chose qu’un gars comme moi voudrait utiliser ! Toute ma vie les gens se sont moqués de moi et j’ai rêvé de quelque chose qui m’aiderait à développer ma force ! ». Convaincu, Tim propose d’aider autant qu’il le peut. Bob lui demande alors d’apporter la bouteille de Sodium Permanganate qui se trouve sur la proche étagère. Mais Tim ne regarde pas ce qu’il fait en prenant la bouteille. Il est trop occupé à parler avec Benton et prend sans s’en rendre compte un mauvais récipient marqué HCO2H. Dès que Tim ajoute le contenu à la mixture déjà préparé par Benton, il se passe quelque chose et le mélange commence à fumer. Bob Benton est furieux : « Tu as pris la mauvaise bouteille, espèce d’idiot ! Le contenu est foutu… J’aurais du savoir que je ne pouvais pas de te faire confiance. ». Terrifié, Tim est convaincu d’avoir perdu son emploi mais Bob se reprend vite : « Désolé de m’être emporté, Tim… Ce que tu as ajouté était de l’acide formique. Un fluide tiré des fourmis rouges ! Je pense que je vais tout devoir recommencer ! ». Des fourmis rouges ? Tim en a entendu parler. Il a lu quelque part qu’elles étaient les créatures vivantes les plus fortes…  Il n’en faut pas plus pour que Benton s’écrie « Je n’avais jamais pensé à ça ! Je me demande… Peut-être que de la vapeur formique pourrait être efficace ! ».

Après avoir énoncé tout un jargon pseudo-scientifique,  Bob Benton s’empare d’une éprouvette pleine de son précieux mélange, l’avale et titube en portant les mains à sa gorge : « Je.. Je me sens comme si on m’injectait de l’acier ! Mes veines et mes muscles… Tout est en train de s’éveiller ! ». Rapidement il devient manifeste que Bob a obtenu une force digne d’un géant. A peine s’est-il appuyé contre son bureau qu’il le déchire comme si c’était une plaque de carton. Mieux encore : il soulève avec une seule main et sans effort apparent le coffre-fort de sa pharmacie. Le nouveau composé « formique » lui a donné la force proportionnelle d’une fourmi ! Bob Benton est un peu comme un Steve Rogers qui aurait lui-même mis au point l’expérience le transformant en super-soldat, en passant par une logique très proche de celle de Spider-Man. En fait il convient également de noter que dans les tous premiers épisodes de Superman, quand les auteurs voulaient expliquer la force supérieure des Kryptoniens, ils expliquaient que leurs muscles étaient plus denses et les comparait à ce dont étaient capables, proportionnellement, les insectes. Quand Tim lui demande ce qu’il compte faire, Bob Benton prend un air dramatique : «  Je vais faire ce dont j’ai toujours rêvé. Je vais utiliser ma force pour lutter contre le crime et le mal ! Mais personne ne serait que Bob Benton n’est plus une mauviette ! Je veux que tu ailles chez un costumier de théâtre dès demain matin… Ne lui dis pas qui demande ça mais voilà le genre de vêtements que je veux… ». L’héroïsme dont Bob Benton parle ici est aux antipodes de la philosophie détaillée un peu plus tôt, quand Tim l’avait rencontré pour la première fois et qu’il était dit que le vrai héroïsme est d’intervenir même quand on n’est pas de taille. Mais Tim n’a pas l’air de s’apercevoir de la contradiction. Au contraire il est content de se ruer chez le costumier le lendemain. L’homme lui propose alors deux costumes qui lui restent d’une vieille pièce. Un en taille adulte, l’autre pour un garçon. Et Tim, qui a visiblement déjà une grosse idée derrière la tête achète les deux costumes tout en demandant au commerçant de lui garder de côté la tenue taille garçon jusqu’à ce qu’il en ait besoin.

Un peu plus tard, la jolie Jean Starr rend visite à Bob. Elle lui conseille d’apprendre à se débrouiller lui-même, trouvant ridicule que Rodney Clark ait eu à sauver un homme adulte. Mais Benton n’a pas la tête à l’écouter. Il sait que les racketteurs vont venir réclamer leur argent d’un instant à l’autre. D’ailleurs les voilà, Tim les voit arriver. Bob demande alors à Jean de l’attendre mais quand les gangsters arrivent ils ne trouvent qu’elle dans la boutique. Furieux, ils se disent que Benton s’est dégonflé et commencent à tout casser dans la pharmacie, tout en empêchant Jean de partir. Benton passe une nouvelle fois pour un lâche mais soudainement un héros masqué se présente sur le seuil de la porte. Son costume est noir, avec un crâne et des ossements sur sa poitrine, disposés comme sur un drapeau pirate. On peut en déduire que les costumes qu’a trouvé Tim servaient à une pièce traitant de piraterie. Mais il y a une autre explication plausible puisque Bob avait des spécifications très précises concernant ce qu’il voulait porter. Il se peut que le crâne et les ossements placés en travers soient aussi une sorte de clin d’Å“il à sa profession de pharmacien et aux produits dangereux qu’il a manipulé pour mettre au point sa potion. Comme le héros semble disposé à les arrêter, les racketteurs se précipitent sur lui mais il est indestructible. De plus il lui suffit de deux coups de poings pour mettre la bande dehors. Les bandits sautent dans leur voiture sans demander leur reste tandis que le héros leur crie : « Maintenant retournez voir votre boss… Et dîtes-lui que le Black Terror a déclaré la guerre ! ».

Ce nom de Black Terror vaut qu’on s’y arrête un instant. Il n’est peut-être pas le fruit du hasard puisqu’il s’agit du surnom donné à un célèbre boxeur noir de la fin du dix-huitième siècle. Bill Richmond était un esclave né en Amérique qui avait suivit son employeur en Angleterre. Là, Richmond était devenu d’abord bourreau avant de se lancer dans les combats de boxe. La couleur de sa peau et ses exploits sur le ring lui avaient valu le surnom de « Black Terror » et il était connu pour combattre des adversaires plus gros que lui. Difficile d’établir formellement un lien entre les deux Black Terror, de savoir si les auteurs du comic-book (Richard Hughes et Don Gabrielson) s’étaient délibérément basés sur le personnage historique, mais puisque Bob Benton était obsédé par l’idée de devenir plus fort, s’inspirer d’un boxeur connu pour sa force et sa férocité n’aurait pas été illogique.

Tandis que les bandits s’enfuient en voiture, le Black Terror ne les lâche pas. Il court assez vite pour rattraper le véhicule et s’accrocher au coffre arrière (ne me demandez pas pourquoi les racketteurs ne se rendent pas compte qu’ils ont un solide gaillard accroché à la voiture. Il est en face de la vitre arrière et ne fait pas mine de se cacher). Après que la voiture se soit arrêté, le Black Terror déduit qu’ils rendent dans un proche immeuble, au niveau d’une fenêtre très en hauteur. Dans le bureau, effectivement, le gang est en train d’expliquer à son patron qu’il vient de se faire corriger par « un gros bagarreur dans un costume de diable… Il s’appelle le BLACK TERROR et c’est de la DYNAMITE ». Avec le recul cette déclaration prend une certaine ironie involontaire puisque de nos jours le Black Terror a été intégré dans l’univers de Project Superpowers dont l’éditeur se nomme… Dynamite. Bien sûr, c’est une pure coïncidence. De toute façon Black Terror a des problèmes plus immédiats. Il lui faut monter jusqu’à l’étage des brigands. Du coup, il bande ses muscles et saute au dessus des toits (tout comme Superman avait pu le faire à ses débuts avant que les scénaristes décident de le faire voler). Là encore le Black Terror lorgne donc ouvertement sur son modèle. En utilisant sa superforce pour sauter en l’air, il est capable de faire des bonds de géants qui remplacent le pouvoir de voler. S’étant découvert ce talent, il passe donc par la fenêtre et fait irruption dans le repaire de ses ennemis.

Le Black Terror maîtrise rapidement toute la bande et dépose leur chef au plus commissariat le plus proche. Au début, les policiers se moquent de lui. Mais quand il leur lance le gangster sa superforce est manifeste. De plus les agents reconnaissent le prisonnier comme étant le leader d’une bande connue. Ils trouvent un mot signé le Black Terror et constatent que le bandit a été « marqué » avec un petite reproduction de masque noir. Ce mini-masque a lui aussi des racines plus anciennes puisque les habitués de cette rubrique se souviendront que le Phantom Detective, personnage de pulps créé dans les années 30, utilisait lui aussi un masque miniaturisé pour se faire reconnaître de la police.

Quand Bob Benton refait surface, en « civil », dans sa pharmacie, il est accueilli plutôt froidement par Jean Starr, furieuse d’avoir été laissée en plan. « C’est bien de toi de te barrer quand il y a de l’action ! Où étais-tu ? ». Et Benton ne peut que bredouiller une excuse en expliquant qu’il a du s’absenter pour ses affaires. Normalement l’histoire devrait à bien des égards s’arrêter ici, sur cette chute, mais elle redémarre ensuite de plus belle. Il semble bien que l’éditeur et les auteurs avaient décidé d’insister sur l’importance du Black Terror et de convaincre leur public. Du coup on sent que ce qui aurait du être le second épisode consacré au héros a été fusionné avec le premier, pour lui donner encore plus de masse : Le jour suivant Rodney Clark est convoqué par le maire de la ville. Il y a eu des fuites concernant les plans du prochain chantier de métro. Quelqu’un a acheté tous les terrains convoités par la ville et réclame des sommes exorbitantes. Avec la corruption ambiante, le maire ne peut pas avoir confiance en la justice pour trancher le différent. Il va devoir travailler sur un tracé alternatif. Mais alors qu’il est en train d’expliquer la situation à Clark, un malfrat glisse un mot sous la porte. Une menace : Si le maire ose changer le tracé, on le prévient qu’on causera un terrible accident de métro. Le maire refuse néanmoins de céder. Il décide même de prévenir la presse pour être affirmer qu’il ne pliera pas…

La boutique de Bob Benton est visiblement équipée d’une cabine de téléphone, cabine de laquelle un gangster prévient ses complices qu’ils vont déclencher l’accident de métro pour montrer qu’ils ne plaisantent pas. Il aura lieu d’ici vingt minutes dans le tunnel sud de la station d’Elm Street. Mais Tim a entendu la discussion. Il courre tout répéter à Benton. Des centaines de personnes risquent d’être tuées ! Benton lui intime alors l’ordre de l’attendre dans la pharmacie tandis qu’il intervient… Quelques minutes plus tard le Black Terror fonce vers Elm Street… Tim, laissé à lui-même, se retrouve devant la potion formique, qui est toujours en train de bouillir. Il commence à réfléchir à voix haute : « Hé… J’ai le costume… Je me demande si je vais oser ? Bob n’aurait pas du me faire rester ici… Peut-être qu’il est en danger et a besoin de moi ! ». Bah, de toute manière il est manifeste que Tim n’avait pas commandé le second costume, celui à la taille enfant, par pur hasard. Rapidement il cède à la tentation, boit à son tour la potion et casse une chaise histoire de bien montrer que lui aussi est désormais surpuissant. Sans plus attendre, il enfile son costume. Tim Roland est devenu une sorte de mini-Black Terror.

Et ça tombe plutôt bien parce que dans le tunnel du métro les bandits sont arrivés à surprendre le héros adulte en s’approchant par derrière et en l’assommant (mais un être aussi indestructible devrait-il être si facilement assommé ? Le scénariste ne se pose pas la question). Très rapidement la situation tourne à un cliché digne des serials du cinéma. Le Black Terror est attaché à la voie ferrée. Un des gangsters propose quand même : « Arrachons son masque et voyons qui il est ! ». Mais un complice s’y oppose : « Tu es fou ? On n’a pas le temps ! Finissons de l’attacher et fichons le camp ! ». C’est à ce moment-là que Tim fait irruption « J’arrive juste à temps ! ». Dans un premier temps les gangsters ne sont pas trop impressionnés puisqu’ils voient bien que ce n’est qu’un gamin. Mais ils vont rapidement réaliser que c’est un gamin superfort, qui leur tape dessus comme un rouleau compresseur : « Ce costume ! Il doit être le sidekick du Black Terror ! Laissez moi lui tirer dessus » s’écrie un des hommes, le revolver à la main. Mais Tim est plus rapide et le désarme. Tandis que les saboteurs s’enfuient, Tim réveille le Black Terror.

La bande a déjà déclenché le lancement d’une rame vide, qui est lancée sur la voie où elle risque de heurter de plein fouet une rame pleine de gens. Tandis que Tim se précipite pour signaler le problème au train peuplé, le Black Terror se jette devant la rame folle pour l’arrêter avec ses mains. Bob est en effet si fort qu’il est capable d’arrêter un train ! On vous l’avait dit, c’est un Superman avec une autre origine !

Jean Starr, une nouvelle fois accompagnée par Rodney, trouve la pharmacie de Benton fermée : « Bouclée ! C’est bien lui de négliger le travail comme çà ». Rodney ironise qu’il a peut-être été une nouvelle fois effrayé par des voleurs. Mais voici qu’arrive le Black Terror. Jean le connait, puisqu’elle a assisté à ses premiers exploits. Pour Rodney, par contre, c’est une découverte : « Le Black Terror, hein ? Un pauvre gars qui cherche la notoriété ! ». Il n’a pas sa langue dans sa poche, le Rodney. Mais il a trouvé plus fort que lui. Le Black Terror lui annonce solennellement « La plupart des gens ont ce qu’ils méritent une fois dans l’Au-Delà mon ami mais en ce qui te concerne… Tu vas recevoir ton du ici et maintenant ! ».

Et le héros lui donne un énorme coup de poing en pleine figure, assez fort pour envoyer Rodney à la renverse. Et ce n’est pas tout ! Il se précipite sur la belle Jean « Et maintenant c’est ton tour ! ». La jeune femme a beau protester, le Black Terror l’embrasse de force avant de s’éclipser. Finalement, au delà de son costume, c’est par ce caractère très colérique que le Black Terror se distingue le plus. On l’a vu dans sa réaction après que Tim se soit trompé de récipient. On le voit encore dans sa manière de corriger Rodney. Contrairement à bon nombre de ses collègues, le Black Terror n’est pas du genre à tendre l’autre joue. Il ne faut pas le chercher. A moins que la formule formique n’ait eut un effet à la Mister Hyde sur sa personnalité ? C’est un aspect que le scénario n’explorera pas. Quelques instants plus tard, il arrive habillé simplement en Bob Benton et prétend qu’il faisait la sieste à l’intérieur de la pharmacie. Une nouvelle fois Jean est assez dure avec lui : « C’est bien toi ! T’endormir au travail ! Le pauvre Rod a été blessé… Il a pris quelque chose dans l’Å“il » (Rodney a un énorme Å“il au beurre noir). Et Jean poursuit : « LE BLACK TERROR ! Je me demande qui il est ? Pourquoi ne peux-tu pas être comme lui, Bob, au lieu de te comporter comme… une souris peureuse ? ». On pourra s’étonner que la jeune femme phantasme ainsi sur l’homme qui vient de l’agresser mais visiblement elle les aime sauvage. Tim souffle à Bob : « Oh mince, si seulement elle savait ! ». Mais l’adulte rétorque : « Personne ne va savoir, jeunot… Seulement toi et moi ! Le Black Terror travaille mieux dans l’obscurité ! ». Et les deux héros, à nouveau en costume, finissent en donnant rendez-vous aux lecteurs dans les numéros suivants d’Exciting Comics…

Tim n’aura jamais vraiment de nom de code à part entière. Même dans les cas où il est masqué, il opère le plus souvent sous le nom de Tim. Parfois (bien plus rarement) les gens l’appellent lui aussi Black Terror mais il n’est pas très clair s’il utilise vraiment ce nom ou si les gens le confondent simplement avec son mentor parce que le costume est identique. Plus souvent, Black Terror et Tim seront collectivement connus sous le nom des Terror Twins (les Jumeaux de la Terreur) malgré leur différence d’âge manifeste. Véritable patchwork d’éléments empruntés à des séries concurrentes, le Black Terror sera aussi imité plusieurs fois. On évoquera par exemple le Captain Wonder (un des personnages de Marvel qu’on retrouve dans la série The Twelve). Même si l’apparence des deux héros est assez différente (Captain Wonder porte un slip rouge sans pantalon) leurs origines et leurs pouvoirs (en tout cas dans le Golden Age, avant que Wonder se mette à voler dans The Twelve) sont pratiquement identiques. Un autre aveu de la filiation : dans les deux cas le sidekick qui lui aussi devient super-fort s’appelle Tim et se sert de ce seul prénom comme alias ! A la disparition de Nedor Comics les droits de Black Terror allaient se perdre, permettant par la suite à de nombreux éditeurs de l’intégrer dans leurs histoires.

Chez AC Comics, petit label spécialiste du Golden Age, il existe en deux versions : L’une est un Bob Benton vieillissant qui a repris du service et qui a un peu basculé dans une moralité trouble, utilisant le nom « Terrorist » comme nouveau nom de code (cela date des années 80, à une époque où le nom n’avait pas la même résonance aux USA qu’après le 11 septembre 2001). En 2003, dans Fighting Yank & The Sentinels of America, AC montrait une version plus académique des héros Nedor, plus proches ce qu’ils étaient dans les années 40. Les Sentinels of America, opérant au sein d’un sorte de syndicat nommé le N.E.D.O.R. vivaient dans une terre parallèle.

En 1986, dans sa minisérie Alter Ego (un vrai comic-book, à ne pas confondre avec le magazine du même nom), Roy Thomas montrait divers héros du Golden Age, renommés pour cimenter l’aspect juridique. Dans cette série on voyait le Black Terror, rebaptisé The Holy Terror.

Eclipse Comics a créé à la fin des années 80 un nouveau successeur au héros originel. Un agent fédéral nommé Ryan Delvecchio qui se servait de l’identité de ce vieux héros pour opérer sans être soupçonné. Cette version a donné lieu en 1989 à une mini-série assez joliment peinte par Dan Brereton. Par la suite cette version fut racheté par Todd McFarlane et évoquée surtout dans un preview titré Total Eclipse. Ryan Delvecchio était supposé intégrer les titres de McFarlane mais sa présence fut éphémère.

En 2001 (Tom Strong #11) Alan Moore a véritablement intégré, lui, les héros de Nedor à son propre univers de America’s Best Comics. Il était révélé qu’ils vivaient sur une réplique de la Terre et qu’ils avaient été séquestrés pendant des décennies par un alien, maintenus dans une sorte d’hibernation. Mais seul Tim faisait partie des survivants.

Le vrai Black Terror, lui, était mort des années plus tôt. Il avait cependant eut le temps de concevoir une intelligence artificielle (pas mal pour un pharmacien des années 40) nommée Terror 2000 et destinée à le remplacer.

En fait le programme était défectueux, devenant rapidement une sorte de fasciste informatique qui allait tuer Tim. Les héros restants seraient obligés de s’unir contre lui dans la seconde mini-série Terra Obscura, jusqu’au moment où Bob Benton, à l’occasion d’une faille temporelle, allait lui-même intervenir pour contrer la machine.

L’exemple le plus connu de réutilisation du Black Terror reste encore Project Superpowers, chez Dynamite, qui a permis de rendre au héros son propre titre. Bob Benton a été, comme d’autres héros, prisonnier d’une urne mystique pendant des années et en ressort encore plus fort et peut-être plus colérique, bien décidé à retrouver son sidekick Tim.

Mais il est aussi parallèlement réapparu chez Image, dans le cadre du Next Issue Projet puis dans les pages de Savage Dragon (#141) dans lequel il fait partie d’une foule de héros libérés d’une longue hibernation. Depuis que Dynamite a attiré de nouveau l’attention sur le personnage, de nombreux petits labels indépendants ont également utilisé Bob Benton pour des rôles secondaires. Et ce n’est sans doute pas fini…

[Xavier Fournier]