[FRENCH] Si le texte qui suit devait être accompagné d’une bande son musicale, ce serait incontestablement la Chevauchée de la Walkyrie, du compositeur Richard Wagner. Air épique aux intonations guerrières, issu d’un répertoire adoré par Hitler et que s’était finalement approprié le régime nazi, cette chanson est sans doute à la base d’un des personnages les plus ambivalents du Golden Age : la Valkyrie est à la fois une des femmes fatales les plus sulfureuses des comics de l’époque (juste derrière Catwoman) et la preuve que le déterminisme (doctrine qui veut qu’on soit forcément dépendant de sa nature, sans que le libre arbitre puisse faire évoluer les choses) n’était pas autant de mise qu’on pourrait le croire dans les BD de guerre de l’époque…

Pendant la seconde guerre mondiale, les comic-books américains étaient en bonne partie peuplés par des allemands difformes, borgnes ou de façon générale assez hideux, leur laideur physique étant comme l’expression de leur monstruosité mentale. Et on comprendra que, le nez collé contre le guidon de l’Histoire, les jeunes scénaristes de l’époque ne faisaient pas forcément preuve d’un recul très marqué. Il faut dire qu’en temps de guerre, l’instinct ne pousse pas vraiment à s’interroger sur les états d’âme de la nation ennemie mais plutôt à tirer à boulets rouges, au propre comme au figuré. C’est pourquoi les aventures de personnages comme Captain America, Blackhawk et bien d’autres étaient hantées par des nazis borgnes ou balafrés, de japonais aux traits si inhumains qu’on aurait pu les prendre pour des trolls issus du Seigneur des Anneaux. De toute façon, dans les comics du moment, même quand on ne parlait pas de la guerre les différents criminels étaient décrits comme des êtres aussi grotesques qu’irrécupérables. Il y avait une séparation nette entre le camp des bons et celui des méchants. En dehors de rares cas de rédemptions (comme quand Plastic Man passe du stade de bandit à celui de héros après avoir vécu une sorte d’épiphanie dans son premier épisode), il était certain que des personnages comme le Joker ou le Pingouin étaient irrécupérables et resteraient de la mauvaise graine. Alors imaginez si, en plus, des adversaires comme le Red Skull, Captain Nazi ou le Baron Gestapo étaient nazis… Ceux-là étaient vraiment au-delà de toute seconde chance, à supposer même qu’on puisse imaginer qu’ils aient eu une première chance. Ce qui était allemand était nazi. Ce qui était nazi était le Mal. Et peu importait dans l’esprit des auteurs (d’ailleurs en étaient-ils conscients) qu’il y ait par ailleurs des allemands qui n’appréciaient pas du tout la philosophie d’Hitler. On nageait en plein dans le déterminisme : tout ce qui portait de près ou de loin un vague prénom germanique était automatiquement un adversaire. Et ce n’est pas dans des séries de héros aviateurs (impliqués dans la guerre jusqu’au cou) tels que le populaire Airboy qu’il fallait s’attendre à un point de vue plus nuancé. Encore que… En novembre 1943, dans Air Fighters Comics V2 #2, le jeune Airboy (et par extension une partie de ses lecteurs) allait revoir son point de vue…

Airboy, c’était un jeune héros publié par Hillman dans la revue Air Fighters Comics. Hillman avait fait son fond de commerce en inventant tout un bouquet d’aviateurs à « valeur ajoutée », un peu comme une surenchère à partir du modèle de Blackhawk. C’est à dire que la revue Air Fighters Comics était bourrée d’aventuriers dont les exploits laissaient la part belle aux combats aériens mais qui dans le même temps relevaient un peu des mécanismes traditionnels des super-héros (comme le Iron Ace, qui combattait dans les airs vêtu d’une armure médiévale française). Airboy, c’était un peu comme si on avait comprimé certains aspects de Robin (le faire-valoir de Batman) avec un feuilleton genre les Têtes Brulées. Il s’agissait d’un jeune garçon qui avait en quelque sorte hérité d’un avion (surnommé « Birdie ») construit de façon artisanale par un moine. Et, comme de bien entendu, Birdie (une sorte de Batplane au point d’avoir des ailes semblables aux chauve-souris) était un engin bien plus perfectionné que les autres avions de l’époque, faisant d’Airboy un garçon capable de faire basculer l’issue d’une bataille… Bref, Airboy était en première ligne pour combattre les méchants et hideux allemands. Il était par contre peut-être moins préparé à faire face à une menace qui, bien que d’origine germanique, était bien moins « laide »…

Dans la page de présentation d’Air Fighters Comics V2 #2, Airboy apparaît tout petit, tenant dans la main d’une jolie jeune femme brune au décolleté ravageur (et qui n’est pas sans évoquer certaines femmes fatales qu’on pouvait voir par ailleurs dans les aventures du Spirit de Will Eisner). La taille de la femme par rapport au héros n’est qu’une sorte d’hyperbole (on verra dans les pages suivantes qu’elle n’a rien d’une géante, pas plus qu’Airboy n’aurait été réduit à une taille de poupée). Le narrateur nous explique bien vite que nous allons savoir si Airboy est un couard, s’il va arriver à faire face à une nouvelle sorte de peur « car cette peur n’a rien de hideux. Elle est belle, aussi belle qu’une fille qui s’appelle la Valkyrie ! Elle n’est pas humaine ! Son coeur est aussi noir que celui du diable ! Et sous son charme, Airboy va vivre la plus terrifiante aventure de sa carrière !« . Bigre ! Voilà un CV qui fait trembler d’avance !

Et pourtant l’histoire n’implique pas Airboy dans la page suivante. Tout commence alors qu’un escadron d’avions nazis vole dans l’obscurité, s’approchant de Londres. Très vite la Royal Air Force est prévenue de l’approche de ces adversaires et des aviateurs anglais prennent l’air pour contrer cette expédition ennemie. Hélas les pilotes nazis (qu’on ne voit pas, à l’intérieur des habitacles) sont supérieurs aux anglais, qui n’arrivent pas à faire écran. Les pilotes allemands rient en s’écriant « Ah ah ! C’est aussi simple que de voler une sucrerie à un bébé !« . En définitive les avions nazis arrivent à semer la pagaille et la destruction comme s’il n’y avait personne pour les arrêter et, constatant qu’ils s’en vont, le chef de l’escadre anglaise ne peut que constater qu’il n’a jamais vu quelqu’un voler si bien… D’ailleurs les nazis sont bien d’accord : en rentrant vers leur base ils jubilent parce qu’aucun aviateur anglais ne tient la comparaison avec eux. « Eux » ? On devrait dire « Elles » : Car quand les avions allemands se posent sur leur piste, avec un gradé, Oberst, qui se précipite en saluant à coupe de « Heil Hitler », on découvre que l’escadron est dirigé par une femme, Valkyrie (la brune sexy aperçue dans l’image d’introduction). Oberst félicite alors tout cet escadron féminin dont le nom de code est les « Airmaidens » (en gros « les jouvencelles de l’air »). Toute l’opération a une dimension de propagande d’après Oberst : il s’agit de montrer au reste du monde que les filles allemandes sont elles aussi dangereuses. Et Valkyrie surenchérit en s’auto-déclarant maîtresse de l’air, prête à en découdre un jour contre le fameux Airboy puisqu’elle est « la crème de jeunesse allemande ». Le dialogue laisse entendre qu’elle est une version féminine d’Airboy, à peu près du même age que le héros américain. Mais tandis qu’on donnerait à peine 14 ans au jeune héros, Valkyrie est une femme déjà arrivée à maturité qui, graphiquement, semble plutôt avoir au minimum une vingtaine d’années. Oberst se félicite de l’avoir formée de manière à ce qu’elle devienne un excellent pilote, en précisant que le Führer sera content. Aussitôt, en allumant un cigare, Valkyrie démontre un petit côté fanatique en expliquant que sa vie appartient au et que ce dernier est « comme un soleil« . On est donc face à une nazie convaincue, admiratrice d’Hitler…

Mais soudain dans le ciel les Airmaidens sont surprises de voir un autre avion approcher. Elles n’en croit pas leurs yeux : C’est Airboy, aux commandes de Birdie ! Après le raid du début de l’histoire, le garçon est arrivé à suivre de loin l’escadron qui rentrait à sa base. Et voici le jeune pilote qui se lance dans une sorte d’expédition punitive, tirant sur les nazis au sol. Valkyrie s’élance vers son propre avion et Airboy s’emploie à l’empêcher de décoller. Mais l’allemande est rusée. Par un jeu de zigzags et de virages soudains, elle arrive à échapper à la ligne de mire d’Airboy. Non seulement elle s’envole mais elle arrive à passer derrière Birdie. C’est désormais elle qui le poursuit en le mitraillant « Voici un petit goût de plomb allemand » s’exclame l’aviatrice. Heureusement Birdie est un avion bourré de mécanismes expérimentaux. L’avion d’Airboy est capable de voler à la verticale ou même de stopper net en plein air. A ce petit jeu, c’est rapidement Valkyrie qui se retrouve en dessous, Birdie essayant de prendre à l’abordage l’avion de son ennemie. Birdie est en effet dotée d’un pilote automatique. Airboy peut donc sauter sur l’aile de son adversaire et ouvrir le cockpit pour l’affronter face à face. Sauf que pendant tout le processus il n’a pas vu qu’il affrontait une… fille ! « Oui, mais une fille qui peut fouetter n’importe quel homme » s’exclame Valkyrie en lui donnant un coup de crosse de revolver, profitant de l’effet de surprise. Comme Airboy a reporté toute son attention sur un seul avion, le reste des Airmaidens a pu décoller à sa poursuite. Le héros tente alors d’impressionner Valkyrie en la mettant en joue avec son revolver à lui. Elle doit dire à ses équipières d’abandonner où il tirera. Mais c’est du bluff et Valkyrie voit clair dans son jeu. Airboy n’a tout bonnement pas le cran nécessaire pour tirer sur une femme… Valkyrie pose sans encombre son avion (sur lequel Birdie est toujours superposé, comme si l’avion d’Airboy chevauchait celui de la jeune femme, allez savoir si les auteurs – seul le nom du dessinateur Fred Kida nous est connu – étaient conscients du symbolisme sexuel de cette pose). Airboy est de ce fait prisonnier dans la base nazie…

Oberst est fier de sa pupille. Elle a capturé Airboy. Mais Valkyrie temporise : elle n’a pas réussi à le dépasser dans les airs… Mais seulement parce qu’il conduisait Birdie. Maintenant que l’avion supérieur est également tombé dans leurs mains, elle compte bien se l’approprier et le piloter dans un futur duel contre Airboy ! Le héros proteste et affirme que de toute manière il est le seul à connaître tous les secrets de son avion. Valkyrie ordonne alors qu’on emmène le prisonnier au donjon, pour qu’on le torture. Il est attaché à un poteau et Valkyrie elle-même commence à lui fouetter le dos. Ca n’a l’air de rien mais la scène est sulfureuse pour l’époque et n’est pas loin de certaines BD sado-maso vendues sous le manteau : Valkyrie, avec son décolleté qui lui descend jusqu’au nombril, fouette un Airboy attaché qui lui, pour les besoins de la torture, est le torse nu. Courageux, Airboy préfère résister plutôt que de livrer ses secrets. Les nazis ne peuvent que constater qu’il ne craque pas… Et même Valkyrie doit admettre qu’elle est fatiguée par cette séance de fouettage. Mais non loin de là les jeunes Airmaidens sont émues par le courage et la beauté d’Airboy : « Ooh ! C’est inhumain ! Il est si brave ! Regardez comment il garde sa tête haute !« . Une autre aviatrice poursuit « … Et si beau ! Je ne peux supporter de regardez ça« . Clairement, quelque chose se passe dans l’esprit des jeunes femmes mais ni Oberst ni Valkyrie n’en semblent conscients.

Après qu’Airboy ait été détaché de son poteau, il est traîné jusqu’à un cachot. Il repose alors sur une couchette, son dos zébré de blessures. Mais soudain une porte s’ouvre. Ce sont les Airmaidens qui sont venues libérer le héros. Ce dernier croit d’abord à une manipulation nazie mais fini par se dire qu’au point où il en est… Les jeunes femmes escortent alors l’aviateur américain en dehors de la prison. Quelques instants plus tard, Oberst est réveillé par un coup de téléphone qui l’informe de l’évasion d’Airboy. Très vite les nazis se rendent compte que le héros n’a pas pu s’évader seul… Ils inspectent le camp et surprennent les Airmaidens alors qu’elles tentaient de retourner à leur dortoir comme si de rien n’était. Valkyrie est réveillée dans la cohue et découvre que ses co-équipières sont soupçonnées de trahison. Oberst leur ordonne de leur révéler où elles ont caché Airboy mais elles continuent de nier. Furieuse, Valkyrie gifle avec violence celle qui, quelques heures auparavant, était encore une proche. La méthode d’Oberst est plus violente, exprimée dans ce fameux accent caricatural des comics « Pah ! Je ne feu pas des idiotes zentimentales dans mon escadre ! Emmenez-les ! Dans der matin elleuh zeront fouettés !« . Valkyrie, qui est la seule à ne pas avoir pris part à cet acte de trahison reste seule dans son dortoir et médite : « Elles sont mes amies ! Je dois les aider ! Hmm… Je pense que je sais où elles cacheraient Airboy !« .

Prostré derrière une caisse, dans un entrepôt, Airboy a la surprise de voir arriver celle qui l’a fouetté jusqu’au sang quelques heures plus tôt. Et la jeune femme d’ironiser : « Aha! Comme je le pensais ! Tu sais y faire avec les femmes, hein, Airboy ?« . Et assez curieusement Valkyrie se couche devant Airboy… qui est loin d’être convaincu. Pourquoi est-ce qu’elle ne le livre pas à Oberst ? Elle rétorque qu’elle a mieux à faire avec lui. Les filles risquent d’être fouettées. Mais si Airboy explique à Valkyrie comment piloter l’avion Birdie, elle pourra se débrouiller pour les sauver. Confier ses secrets à une pilote nazie ? Airboy est loin d’être convaincu. Mais en même temps les filles qui vont être souhaitées le seront à cause de lui. En guise de preuve, Valkyrie embrasse alors de façon torride l’américain. Et celui-ci s’abandonne à l’étreinte… Apparemment convaincu par la vigueur du baiser, Airboy décide de faire confiance à l’allemande mais il précise que s’il s’agit d’une manipulation pour le trahir, il la tuera de ses mains ! Et vous savez quoi ? Il a raison de se méfier, Airboy ! Car une fois qu’elle ressort de l’entrepôt, Valkyrie ricane : « Le crétin galant ! Maintenant je connais tous les secrets de l’avion Birdie ! Je suis désolée d’avoir à me débarrasser d’Airboy ! Ce baiser était agréable !« .

Au petit matin Valkyrie se glisse dans le bureau d’Oberst et lui joue un véritable numéro de vamp. Elle lui saute au cou de façon lascive en lui demandant de l’embrasser. Et alors qu’elle est vautrée sur son bureau, elle tente de le convaincre de libérer les Airmaidens. Oberst réalise qu’elle essaie de le manipuler et refuse de la faire passer avant son devoir. Valkyrie n’a plus qu’une solution : proposer à Oberst la liberté des filles contre la révélation de la cachette d’Airboy. Oberst jure que ce sera le cas. Et dès qu’elle a dénoncé Airboy, Oberst se dépêche de téléphoner ses ordres pour qu’on aille arrêter l’américain.

Puis, moqueur, il se retourne vers Valkyrie : « Oh oui, j’ai oublié de le mentionner mais les filles ont déjà été emmenées. Il est trop tard pour tout arrêter… Elles seront fouettées devant les autres femmes, pour faire un exemple. Nous devons encourager la discipline à tout prix ! Et, en guise d’attraction spéciale, Airboy sera fusillé !« . En clair, Oberst s’est moqué de Valkyrie… Et c’est là que l’histoire bascule.

Le sourcil froncé, celle qui, la veille encore, adorait Hitler, murmure : « Ainsi, voilà le maître qui m’a appris à être une bonne nazie ! Maintenant je m’aperçois de tout ce qu’il y a de mal dans nos méthodes ! Bien, puisqu’il est encore temps de changer, je le ferais !« . Elle sort alors son revolver et abat Oberst sans le moindre état d’âme : « Mort à toi ! Et à tout ce qui fait la manière de vivre selon les nazis !« . Valkyrie vient tout bonnement de changer de bord… Elle s’élance vers l’avion Birdie, puisqu’elle est désormais la seule en dehors d’Airboy à savoir le piloter : « Maintenant je peux utiliser les informations que m’a donné Airboy… et le sauver !« . Elle s’envole en direction de l’endroit où les Airmaidens vont être fouettées et où Airboy sera fusillé. D’ailleurs les nazis sont en train de le viser avec une mitrailleuse. Mais tout le monde (y compris Airboy, qui visiblement ne s’y attendait pas) est surpris de voir arriver Birdie qui tire sur les allemands tout en évitant les prisonniers ! « Mourrez, bouchers ! » s’écrie Valkyrie avant d’ordonner à ses Airmaidens libérées de monter à bord de leurs propres avions : « Allez-y les filles ! Relâchez les prisonniers ! Nous avons été du mauvais côté ! Vous avez vu ce qu’ils allaient faire à certaines d’entre nous !« . C’est l’émeute dans le camp et l’escadre toute entière se rallie à Valkyrie en jurant de renverser le régime nazi. Bientôt Valkyrie fait une petite place à Airboy pour qu’il s’installe lui aussi à bord de Birdie. C’est l’occasion pour elle de s’excuser platement : « Pardonne moi, Airboy ! J’ai été une idiote !« . Mais Airboy est magnanime : « C’est bon, Val ! Je suis content de t’avoir livré mes secrets ! Tu t’es montrée utile !« . On notera que d’un seul coup Airboy appelle la belle aviatrice « Val » et non plus « Valkyrie ». C’est un surnom affectueux que le garçon continuera de lui donner par la suite (bien que des années plus tard on apprendra que le vrai nom de l’allemande est Lisellotte Von Schellendorf et absolument pas « Val »). Toute l’escadre féminine décolle à la suite de Birdie, non sans avoir tiré de nombreuses rafales sur les soldats (mâles) restés fidèles au régime nazi…

« Et bien, Valkyrie, tu viens de me sauver la vie ! Cela excuse le fait que tu m’as fouetté » dis Airboy une fois qu’ils sont dans les airs (et qu’ils sont tous les deux serrés dans le petit cockpit de Birdie, ce qui implique une certaine « promiscuité » entre leurs deux corps). Mais Val n’a pas terminé d’expier : « Non, nous ne sommes pas quittes ! Je ne pourrais jamais racheter ça ! Cela faisait partie du barbarisme qui nous a faussement été appris !« . Quand des avions nazis les prennent en chasse, c’est une dernière occasion d’enfoncer le clou. Les Airmaidens (désormais passées dans le camp du bien mais toujours aussi expertes en matière de combat aérien) déciment les forces ennemies et prennent la route du camp allié. Valkyrie se serre contre Airboy (toujours torse nu) en l’embrassant : « Nous les avons battus ! Et maintenant direction l’Angleterre pour nous battre pour une VRAIE cause ! Oh, Airboy, je suis si excitée !« . Embarrassé… mais savourant sans doute la situation, Airboy bredouille « Bon sang !!! Moi aussi ! Nous devrions faire ça plus souvent !« .

En fait de « plus souvent » Lisellotte Von Schellendorf n’apparaîtra que quelques fois dans les aventures suivantes d’Airboy et de façon largement irrégulière. Sans doute que les auteurs ne savaient pas vraiment comment faire évoluer leur relation (qui se limiterait surtout à quelques baisers qui, bien qu’enfiévrés, matérialisaient un amour platonique), en un sens déjà plus torride que celle de Batman & Catwoman. Pourtant, « Val » allait marquer les esprits et créer l’événement à chacune de ses apparitions (comparer sa présence dans la série d’Airboy au rôle qu’occupe la Black Cat moderne dans Amazing Spider-Man n’est pas incohérent). Elle serait un personnage bien plus régulier dans la relance d’Airboy chez Eclipse Comics, écrite par Chuck Dixon dans les années 80. Elle aurait même droit à ses propres miniséries, toujours aussi sexy (sinon plus) puisqu’elle avait été conservée tout ce temps dans une sorte d’hibernation artificielle. Mais c’est sans doute dans les années 40, pendant la guerre, qu’elle conservait une spécificité plus grande. Elle faisait partie de ces (très) rares personnages d’origine allemande à avoir d’abord servi l’armée nazi avant de virer de bord. Valkyrie avait commencé en faisant allusion à un air de Wagner, d’abord aviatrice chantant les louanges d’Hitler… Elle finissait sa première apparition dans une position bien plus proche de Marlène Dietrich (actrice d’origine allemande qui se fit naturaliser en Amérique et dénonça le régime nazi de toutes ses forces). Si la Chevauchée de la Walkyrie aurait pu servir de générique de début à cet article, il faudrait plutôt le terminer avec « Lili Marlene », air d’origine allemand qui finalement finit par être fredonné des deux côtés des champs de bataille. Valkyrie, au delà de son sex-appeal marqué pour l’époque, était la preuve que les scénaristes de comics croyaient parfois aux secondes chances et qu’on ne naissait pas forcément esclave de ses origines…

[Xavier Fournier]