[FRENCH] Cette semaine, une plongée dans le far-west avec une chronique portant sur deux personnages de la continuité super-héroïque de DC Comics étroitement liés et publiés à cheval sur le golden age et le silver age. A la fin du golden age, le genre super-héroïque était en perte de vitesse. Trop étroitement liés aux évènements de la seconde guerre mondiale, ces personnages avaient du mal à renouveler leurs adversaires après la défaite des forces de l’axe. De plus, le public américain souhaitait tourner la page après la victoire et s’éloignait de l’élan patriotique qui avait porté le genre pour rechercher du divertissement.

L’un des premiers genres à émerger de cette période est le western. All-American Comics était le magazine ayant pour vedette Green Lantern [Alan Scott] jusqu’au #100 (août 1948). A cette date, le sommaire change pour accueillir des personnages de l’ouest sauvage. Le titre deviendra d’ailleurs All-American Western avec le #103. La couverture du #100 est réservée au nouveau personnage majeur du titre : Johnny Thunder [John Tane].

Ce dernier n’a rien à voir avec le Johnny Thunder [John L. Thunder] qui partageait la vedette avec ses coéquipiers de la Justice Société of America, si ce n’est le nom. John Stuart Mill Tane vit au XIXe siècle à Mesa City dans l’Arizona. Il est le fils du sheriff de la ville et de son institutrice. Sa mère ayant toujours mal vécu de s’inquiéter pour son mari, elle fait jurer sur son lit de mort à son fils de ne jamais se servir d’une arme. Et ceci malgré son talent évident, renforcé par l’entrainement que lui donne son père. A défaut de suivre les traces de son père, qu’il admire, il suivra celle de sa mère.

C’est ainsi qu’il devient l’instituteur de Mesa City malgré la désapprobation de son père. Mais rapidement, il va se retrouver confronté à la violence de l’ouest et devra se résoudre à intervenir. Mais toujours lié par sa promesse, il se créé un alias qui lui permettra de rendre la justice tout en ne brisant pas sa promesse. Cette astuce scénaristique permettre également de mettre en avant une relation père-fils assez difficile. Le premier reprochant à son fils son manque de courage alors qu’en réalité le second lui sauvera plusieurs fois la vie.

Cette décision casuistique (qui préfigure celle du jeune Matt Murdock) le conduit à adopter une apparence totalement différente de la sienne, remettant ainsi au gout du jour l’artifice classique de l’identité secrète des super-héros. En plus de changer de vêtement, il se noirci les cheveux avec de la poussière de charbon afin de ne pas être reconnu. L’usage du masque n’étant visiblement envisagé, sans doute pour ne pas trop l’associer dans l’esprit des lecteurs aux personnages de super-héros que l’éditeur venait d’abandonner.

Les histoires de Johnny Thunder [John Tane] seront très classiques et majoritairement centrées sur sa confrontation avec différents bandits et voleurs. Une histoire, bien que tardive, mérite cependant d’être citée. Il s’agit de celle mettant en scène la rencontre de Johnny Thunder [John Tane] et Black Lightning, son cheval entièrement blanc mais portant une tache noire en forme d’éclair sur le front. Cet épisode est raconté du point de vue de Black Lightning. Ce dernier est le fils du chef d’un troupeau de chevaux sauvage et est destiné à succéder à son père. Mais un jour alors qu’il est en train de se noyer il est sauvé par John Tane. Afin de payer sa dette, Black Lightning le suit partout. Sous son identité de Johnny Thunder, John Tane est attaqué par un étalon fou qui essaye de le tuer. Reconnaissant son sauveur à son odeur Black Lightning se lance à son secours, trouvant enfin l’occasion de rembourser sa dette. Malheureusement, cela arrive bien trop tard car Black Lightning a été banni de sa horde pour avoir négligé ses devoirs d’héritier. Il va alors s’attacher à Johnny Thunder [John Tane] dont il deviendra le compagnon.

Deux choses font ressortir la série du lot de ses concurrentes. Premièrement, c’est le grand Alex Toth qui illustrera les scénarios de Robert Kanigher (éditeur mythique de DC Comics). Deuxièmement, même si dans ses premières aventures Johnny Thunder [John Tane] n’est qu’accompagné que par Black Lightning cet état de fait cessera dans All Star Western #117 (février – mars 1961).

En effet, Johnny Thunder [John Tane] a quitté les pages de son magazine au #126. Le titre sera rebaptisé All-American Men of War pour accueillir un nouveau genre en vogue, le comic de guerre. Mais le personnage n’a pas complétement disparu puisqu’il investira les back-up stories d’All Star Western à partir du #67 (novembre 1952). Il prendra peu à peu l’ascendant du titre au détriment des Trigger Twins (à venir très prochainement dans French Collection).

All Star Western #117 voit l’apparition de Madame .44, une jolie rousse qui dissimule son visage sous un bandeau blanc (comme le reste de son costume). Il s’agit en fait de Jeanne Walker, la jeune photographe qui vient d’arriver à Mesa City. Jeanne est la fille d’un chercheur d’or qui a découvert un filon important. Mais son associé s’arrangera pour le déposséder et il mourra de chagrin devant les carences flagrantes de la justice. Jeanne jure alors de se venger elle-même des hommes qui profitent des plus faibles et se créé l’alias de Madame .44 notamment en teignant en roux ses cheveux blonds. Elle doit se surnom à Wyatt Earp. Alors qu’il essayait de l’arrêter elle et sa bande, elle tira sur toutes les lampes de la rue principale de Tombstone, ce qui lui permit de s’échapper avec ses hommes. Wyatt ayant repéré qu’elle utilisait deux colts .44 lui donna donc le surnom de Madame .44.

Jeanne utilise toujours le même mode opératoire. Elle effectue des repérages grâce à ses activités de photographe puis dépouille des hommes d’affaires peu scrupuleux avec sa bande armée. Elle redistribue ensuite ses gains à leurs victimes et aux plus pauvres, gardant tout de même un pourcentage pour couvrir ses activités. Madame .44 croisera plusieurs fois la route de Johnny Thunder [John Tane] sans qu’aucune rencontre ne soit déterminante. Leur habileté au maniement du six coups doublé d’une attirance réciproque inavouable ne permettra à aucun de vraiment avoir envie de prendre le dessus sur l’autre. C’est Madame .44 qui débloquera d’une certaine manière la situation en demandant l’aide de Johnny Thunder [John Tane] pour arrêter un criminel nommé Silk Black. Comprenant qu’elle n’est pas une criminelle comme les autres, il la livrera à la police tout en témoignant pour elle. Jeanne se verra gracié et réhabilité, suivant ainsi un parallèle avec le Black Rider de chez Marvel (cf. French Collection #81). Elle épousera John Tane et les deux époux eurent deux enfants, Charles & Becky.

Johnny Thunder [John Tane] & Madame .44 disparurent en même temps que le magazine qui hébergeait leur aventure en juin – juillet 1961. Il sera révélé bien après, une connexion entre Johnny Thunder [John Tane] & Max Mercury (un des speedster de la famille des Flash). En France, le personnage apparaîtra dans de nombreux Petits Formats de l’éditeur nordiste Artima / Arédit consacrés aux westerns (mais pas uniquement) tels que Tex Bill, Bill Tornade, Chico Juarez, etc. et ce pendant une bonne dizaine d’années.

[Jean-Michel Ferragatti]