Après un premier épisode qui tenait plus du prologue, Falcon et le Soldat de l’Hiver trouve cette semaine à sa vitesse de croisière. Ce deuxième chapitre souffre (un peu) du fait que plusieurs de ses moments forts ont été un peu éventés dans les bandes annonces de la série. Il se réserve cependant quelques additions moins attendues (mais pertinentes) en ce qui concerne la mythologie et l’héritage de Captain America.

Sam et « Bucky » ont donc appris tous les deux, devant leur télévision, qu’il y a un nouveau Captain America. Cette nouvelle ne les fait pas bondir de joie et, si la situation ne tarde pas à les réunir physiquement, elle dresse un fossé entre les deux. Le gouvernement aurait-il pu nommer un inconnu à ce rôle si Falcon n’avait pas « passé son tour » ? L’ex-Winter Soldier est convaincu que Sam est au moins en partie responsable de la situation. Le Falcon, lui, ne se sent pas l’âme à rendre des comptes à un type qui, après des décennies à jouer les assassins d’élite, a pris des habitudes brutales et chaotiques. Les deux réunis vont vite foncer tête baissée vers l’organisation des Flag-Smashers sans réaliser vraiment ce à quoi ils se mesurent.

Pour les spectateurs (et en particulier ceux qui ne connaissent guère les comics), cet épisode 2 ne se limite pas Falcon et au Soldat de l’Hiver. C’est immédiatement l’occasion d’en savoir plus sur le nouveau détenteur du bouclier et ses proches. On brise ainsi assez vite un cliché palpable à la fin de l’épisode précédent. Walker, ce n’est pas simplement le soldat blanc qui prend la place qui revenait au héros noir. Son entourage est bien plus diversifié que ça, brouille la donne. Walker n’est pas raciste, au contraire de quelques personnages que l’on croise dans l’épisode. Mais alors si le petit nouveau est de bonne foi, que lui reprocher ? La réponse est immédiate.

Marvel Studios introduit une véritable boucle par rapport à Captain America: First Avenger. Ce n’est pas simplement que John Walker n’est pas le type que Steve Rogers aurait choisi pour sa succession mais qu’ayant récupéré le bouclier le gouvernement et l’armée entendent bien avoir un « Cap » aux ordres, qui se voit rapidement attribuer un rôle de propagande similaire à celui que Rogers avait au début du premier film, avant qu’il s’émancipe. Ce n’est pas simplement qu’un « étranger » à l’entourage de Steve Rogers s’est glissé dans le rôle. Il symbolise un retour en arrière, un type qui suit les ordres sans poser de questions (même quand il apparaît très vite que le donneur d’ordre en question, l’Etat, n’a pas grand-chose à faire des libertés individuelles).

Loin de s’en tenir à Falcon et au Winter Soldier, la série énumère de façon plus ou moins explicite les variations de Cap. Il y a John Walker, à l’évidence. Mais aussi de manière plus discrète un ou deux héros patriotiques dans des rôles secondaires. Si au premier abord la série semble puiser énormément dans le run de Mark Gruenwald sur Captain America, les scénaristes en profitent aussi pour utiliser des personnages venus se rajouter depuis. Il faut sans doute avoir un peu pratiqué les comics pour bien comprendre qui est la vieille connaissance que « Bucky » va retrouver.

Et la personne qui lui ouvre la porte remet, à sa manière, une pièce dans la machine au sujet d’un jeune groupe que, petit à petit, Marvel Studios semble bien décidé à installer à l’arrière plan. Les théories devraient y aller bon train. Mais l’important est sans doute que pour la première on a vraiment l’occasion de voir Falcon réagir à l’existence de la « vieille connaissance », alors qu’il l’a a peine fait dans les comics.

Comme WandaVision (bien que d’une autre manière), on sent que l’idée est d’aller vers le thème du double et de l’expansion. Dans les années récentes le MCU a perdu Steve Rogers, Tony Stark (et pour d’autres raisons T’Challa), avec le cas un peu intermédiaire d’une Natasha morte dans Endgame mais dont le film devrait être une préquelle. Que ce soit Monica Rambeau dans la série précédente ou, ici, les autres héros patriotiques, il s’agit bien d’un « world-building » pour mieux définir le MCU post-engame. Et multiplier les seconds couteaux (qui pourraient passer au premier plan) c’est non seulement une manière de brouiller les cartes mais aussi de peupler ce monde à l’heure où Marvel entend bien multiplier les séries Disney+.

De ce fait le suspens de Falcon et le Soldat de l’Hiver n’est pas vraiment « la mission » au premier degré (on sait à l’avance quel méchant principal va montrer le bout de sa cagoule) mais les introductions de nouveaux personnages et les portes qu’elles ouvrent. Savoir si on verra William Nashland, William Burnside, Rikki Barnes ou The Crew ? Cet épisode semble nous dire que tout est possible. Avant d’en arriver là, cependant, on aura droit à quelques scènes de poursuite et de combat qui n’ont rien à envier à un film de Captain America pour le grand écran. On regrette quand même un peu que les bandes annonces aient dévoilés tant de choses ou d’éléments de dialogue. Mais à mesure qu’on avance dans la série ce sentiment devrait (on l’espère) s’estomper.

[Xavier Fournier]