A la trace…
En période de paix, les militaires s’ennuient à compter leurs blessures de guerre. Le major Robert Autumn en profite pour écrire ses mémoires, pendant que le sergent Archibald Currie a rangé sa mitrailleuse pour enfiler son petit tablier sexy de majordome. Bref, calme plat et petite déprime… Heureusement que le frère d’Archibald débarque en effraction avec une affaire brûlante sous le bras. Sa fille, qui avait répondu à une petite annonce, a disparu. Il n’en faut pas plus aux deux militaires pour reprendre du service et se transformer en Sherlock Holmes et docteur Watson. Ils finissent par remonter le fil de l’histoire qui les mènent à l’horreur de la réalité (Mars Attacks, le retour).
Mauvais sang…
Les cadavres des jeunes vierges, retrouvés à l’abandon sont effroyablement pompés de leur sang (pauvres vierges). Tueurs en série ou terrible vampire ? L’affaire n’agite pas les foules. Jack l’éventreur avait plus de succès avec ses prostituées (la virginité ne fait plus commerce). Les jeunes femmes se cachent pour mourir. Elles servent d’apéritif à un cerveau de martien qui alimente à son tour les technologies utilisées par l’empire. Il assure la maintenance, on lui assure le gîte et le couvert. Que du premier choix : le sang de vierge c’est régénérant, nutritif, exsang de tout impureté. En plus, la vierge sur le marché, ce n’est pas ce qui manque. Donc pas de rupture de stock.
Y’aura toujours une vierge pour tomber dans la panneau. Mais pas toujours de justicier pour les aider. Robert Autumn finit dans le caniveau comme un clodo qui radote ses vérités d’ivrogne que personne n’écoute pendant que les politiques galvanisent les foules pour repartir dans une guerre contre les martiens (rien de tel qu’une bonne guerre pour étouffer un scandale). Un héros condamné à la déchéance (ça devenait lassant les happy end), une masse silencieuse aveuglée par les diversions d’un Etat qui réforme à tour de bras pour son seul intérêt personnel (toute ressemblance avec la réalité ne serait que fortuite), le cynisme du scénario de Ian Edginton offre une critique en filigrane des sociétés modernes, parfaitement servi par les dessins d’Israeli, truffés de clins d’oeil et d’intertextualité (le retour de Tintin au pays des martiens).
[Ange Lise]
Scarlet Traces
Scénario : Ian Edginton
Dessin : D’Israeli
Editions Kymera, 2005
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