[FRENCH] Bon, alors, déjà, quand on s’appelle Brigit,  il faut reconnaître qu’on est pas gâté à la naissance. Heureusement pour Brigit, si ses parents ne l’ont pas épargnée au niveau du patronyme, ils lui ont au moins évité la panoplie d’une éducation destinée aux petites filles. Pas de poupée, pas de dînette, pas de leçons de canevas ni de cuisine. Brigit a été élevée comme un warrior. En même temps, avoir deux parents agents secrets, ça aide. A l’âge où les fillettes s’amusent avec leurs poupons, Brigit, elle, se concentrait pour apprendre à faire des bombes avec maman et à se battre comme un mec. Une femme moderne finalement. Ses parents lui ont appris également à ne pas se venger… Mais un peu de transgression de temps en temps ça fait du bien…

Brigit Cole a été exilée de son paradis, construit autour de son père et de sa mère sur une île déserte, loin des yeux du monde. Ses parents avaient fui les ennemis accumulés avec les années. Des ennemis qui voulaient leur peau pour une histoire d’expérimentation chimique à l’éthique douteuse. Le mère est chercheuse, le père est porteur malgré lui de ce sérum qu’il va transmettre génétiquement à sa fille. Brigit devient une espèce de mutante grâce aux effets du sérum qui lui confère des avantages dont elle saura se servir : des yeux vairons (génial pour essayer toutes les lentilles de contact de couleurs) et  une peau sans pigmentation (le maquillage l’Oréal tient mieux) qui lui permettent de passer maître dans l’art de la dissimulation (Brigit, le caméléon). Et surtout, le sérum lui donne le pouvoir de régénération comme un avant-goût d’immortalité (ça valait le coup d’avoir l’épiderme de Mickaël Jackson finalement). Brigit aurait pu se la couler douce sur son île mais les ennemis de ses parents envahissent la place pour se débarrasser du couple. Brigit est donc catapultée dans le monde réel, sans repère ni appui. Seule face à ses peurs , avec l’envie de liquider la fine équipe qui a commandité la mise à mort de ses parents… La chasse à l’homme commence.

Drôle de dame…

Quand on est seule au monde, mieux vaut essayer de vite se faire son réseau d’amis. Brigit préfère entretenir sa filière d’ennemis à abattre. Mais loin d’être une tueuse froide et calculatrice, la belle rousse est partagée entre le doute, la rancoeur et le souvenir de ses parents. Les nombreux flash-back viennent ralentir le rythme de l’histoire pour nous plonger dans une introspection qui ne parvient pas, malgré tout, à donner une épaisseur psychologique suffisante au personnage. La super héroïne se cherche et s’affirme au fil de l’histoire. Personnalité touchante, elle intéresse plus pour sa fragilité que pour ses super pouvoirs. L’intrigue nous balade dans des affaires d’espionnage et de thriller fantastique (la quête du sérum flirte entre intérêts industriels d’hommes d’affaire peu scrupuleux et expériences interdites aux effets secondaires de science-fiction). Elle est le grain de sable dont personne ne soupçonnait l’existence (quand on a des parents secrets, on devient facilement un enfant secret) et qui va faire enrailler la machine. Elle avait le choix entre se la jouer discret et mener une vie normale et se mettre dans la peau de l’exécutrice magnifique. Tueuse, d’accord, mais belle avant tout (sois belle et tue-moi le retour). Brigit met donc un sacré boxon et ça se voit.  L’absence de pigmentation de Brigit est compensée par une colorisation du décor un peu patchwork qui surprend parfois un peu, comme si les scènes étaient vues à travers les yeux vairons de Brigit. Et on espère pour elle (comme pour nous) que sa vision du monde aux couleurs chaotiques s’apaisera une fois la vengeance passée.

[Ange Lise]

Beautiful Killer, L’exécutrice magnifique
Scénariste : Jimmy Palmiotti
Dessinateur : Phil Noto
Editions : Angle Comics, janvier 2007