Un vaisseau extra-terrestre s’est écrasé sur notre planète. Et pas n’importe où, au beau milieu d’une partie de l’Afrique ravagée par des guerres civiles. La Justice League veille au grain, espérant éviter que la technologie du vaisseau tombe entre de mauvaises mains. Mais c’est sans compter avec la présence du Red Lion, un personnage qui a un furieux air de famille avec un héros publié par la concurrence… 

Justice League #41Justice League #41 [DC Comics]
Scénario de Christopher Priest
Dessins de Phil Briones
Parution aux USA le mercredi 21 mars 2018

Marvel a Sentry et Moon Knight comme équivalents de Superman et Batman, c’est par un juste retour des choses que DC Comics s’est récemment offert dans les pages de Deathstroke sa version de Black Panther, le Red Lion. Il ne s’agit pas simplement d’un pied de nez à un personnage rival. Christopher Priest, scénariste de Deathstroke et Justice League, a toute la légitimité pour lancer ce Red Lion après avoir produit pendant des années les aventures de Black Panther. Et plus exactement, le Red Lion de DC a quelques différences fondamentales qui le séparent de T’Challa. C’est un dictateur qui a finalement beaucoup plus de choses en commun avec un Eric Killmonger. Disons que le Red Lion, c’est un peu le Golden Jaguar qui aurait réussi à prendre (et à conserver) le pouvoir au Wakanda. Quand l’arc en cours a été initié, nul doute que Priest ne pouvait pas imaginer le succès du film consacré à la Panthère Noire mais « son pastiche » tombe à pic pour rebondir sur ce thème. Au-delà des apparences, il ne s’agit pas seulement de lorgner sur un simili Black Panther mais bien de mettre la Justice League en face de ses contradictions. Demandez-lui de lutter contre une invasion extra-terrestre, elle sait faire. En revanche sauver des populations civiles en faisant fi de la géopolitique, elle coince. N’est pas The Authority qui veut. Il y a aussi une forme de tartufferie qui consiste à se précipiter pour s’assurer que personne ne mette la main sur le vaisseau dès lors qu’il se crashe en dehors des USA. La scène se passerait en Amérique que la League ne se poserait pas la question de la même manière. Bref, la League n’est pas dans son élément et le Red Lion a l’avantage psychologique…  

« Welcome to the real world… »

Nous en sommes déjà à Justice League #41 de la version Rebirth. Si l’on y ajoute la série New 52, cette version de la League a plus de 90 épisodes d’existence mais toujours un problème d’envergure et de place. Cyborg, par exemple, au bout de plus de 90 numéros et – en temps subjectif – l’équivalent de six ans passés dans les rangs du groupe, en est toujours à se demander ce qu’il fait là. Que la League soit capable de se prendre une volée de la part d’un personnage nouveau mais très secondaire, c’est comme une matérialisation des questions qui restent en suspens pratiquement depuis 2011. Et si au passage Priest et Briones arrivaient à installer le Red Lion comme un intervenant régulier de DC Comics, ce serait un double enrichissement. Phil Briones, d’ailleurs, se tire très bien de son interprétation de la Justice League. Un regret cependant, Wonder Woman fait un peu potiche dans ce numéro et on se fait une autre idée de ses réflexes… 

[Xavier Fournier]