Young Justice prend le temps de souffler. Ou plus exactement, après leur dernière victoire, Superboy et Impulse ont enfin le temps de se poser certaines questions. Et elles ne manquent pas depuis le lancement de la série. Que fait Impulse dans ce monde ? Pourquoi les héros de Young Justice se souviennent-ils d’une continuité aujourd’hui disparue ? La vérité est par là…

Young Justice #16Young Justice #16 [DC Comics]
Scénario de Brian Michael Bendis & David Walker
Dessin de Scott Godlewski
Parution aux USA le mardi 7 juillet 2020

A défaut d’avoir été lancé au début de Rebirth, Young Justice s’appuie sur une logique assez voisine, ramenant sur le devant de la scène des personnages liés à l’univers DC d’avant 2011 et distinguant d’une part les raisons de leur présence et le pourquoi de leurs souvenirs communs. Impulse ? La série Flash s’était chargée de le ramener juste avant le lancement de l’actuelle Young Justice. Et on a pu voir depuis que Superboy (Conner) a été un véritable fil rouge, les épisodes précédents se chargeant d’expliquer où il était passé et pourquoi. Cela n’explique pas pour autant comment Cassie Bart, Conner, Tim reconnaissent maintenant leur carrière commune. Young Justice est, à bien des égards dans la même situation que les Titans d’après Rebirth. Si ce n’est que Bendis et Walker n’ont pas choisi l’explication du « toucher magique de Wally ». On pourrait même dire que Young Justice #16 fait un double pied-de-nez à cette approche. D’une part parce que, on le sait maintenant depuis deux décennies, ce que Bendis préfère, c’est l’ellipse (ne nous attendez donc pas aux explications toutes balancées d’un coup, les deux co-scénaristes s’en gardent d’autres, sous la forme de promesse). Ensuite, de manière plus surprenante, on pourrait voir une forme de métacommentaire.

« …I have to deal with actual stuff. »

On connait Bart Allen, personnage hyperactif qui n’est vraiment pas doué pour gérer les choses « au calme ». C’est donc bien naturellement que sa première réaction (une fois qu’on lui parler de se poser et de régler les choses) c’est la panique. Depuis son retour à l’issue de Flash War c’est sans doute l’épisode qui exploite le mieux la personnalité du gamin véloce. Mais ce qui donne vraiment le nerf de l’épisode, c’est tout le discours à deux voix de Superboy et Impulse. D’un côté Conner en a lui-même ras-le-bol d’affronter menace sur menace, de l’autre Impulse se demande que faire de sa vie quand ce n’est pas le cas, de peur de ne plus avoir rien à dire. Bendis et Walker en viennent pratiquement à définir le piège d’une partie des récits de super-héros : se battre pour se battre, pour cacher le fait qu’on n’a rien à dire. Et de se payer le luxe d’évoquer de manière lugubre « l’oncle Wally ». Autrement dire s’il s’agit de ramener des personnages pour les ramener, sans s’occuper de leur trouver une âme, une camaraderie avec leur entourage, un vrai sens à leur vie, on voit ce que cela donne. On aurait pu faire sans « l’aperçu du futur », qui est un peu académique et fait « déjà vu ». Scott Godlewski dessine tout cela de manière intéressante, encore qu’on sente que son style est encore en formation (selon les pages son travail fait penser à quelques vétérans). Ceux qui voulaient TOUT savoir des coulisses du retour de Young Justice resteront un peu sur leur faim, avec la promesse d’autres chapitres à venir. Mais ceux qui voulaient retrouver Impulse et ce Superboy profiteront eux, pleinement, de ce petit moment de discussion. On ne sait pas trop ce que donneront les explications finales, si elles seront crédibles ou pas. Mais on peut reconnaître aux auteurs d’utiliser les deux personnages tout en les remettant en état de marche. Si l’on fait la comparaison avec « l’oncle Wally », sorti de DC Universe Rebirth et de quelques épisodes initiaux des Titans, arrivé à ce stade le souffle s’était déjà évaporé.

[Xavier Fournier]