Même si ce n’est pas tout à fait la fin de la série, c’est bien la fin de partie pour la Shazam Family, menacée de toute part. Non seulement Sivana et Mister Mind se sont alliés, non seulement Black Adam est dans les parages, non seulement Billy Batson a choisi comme septième champion le mauvais type, non seulement les royaumes de la Magie menacent d’engloutir la Terre mais voilà que Superboy-Prime refait surface…

Shazam! #14Shazam! #14 (DC Comics)

Scénario de Geoff Johns
Dessin de Scott Kolins & Dale Eaglesham
Parution aux USA le mardi 1er septembre 2020

Voilà un numéro qui dégueule de menaces et de deus ex-machina pour les résoudre le plus vite possible. Sauf changement de programme (2020 nous a habitué à ce genre de rebondissements) il reste encore un numéro de Shazam à venir après celui-ci mais ne vous y trompez pas : la vraie fin thématique de Shazam!, c’est bien ce #14, qui voit la fin du run de Geoff Johns (et d’un assortiment de dessinateurs) sur ce(s) personnage(s). Et on peut dire que cela se voit, l’histoire donnant le sentiment d’une fermeture précipitée. On fait entrer autant de choses qu’on peut dans cette conclusion des intrigues en cours. Et encore il y a des abonnés absents puisque ce numéro devait normalement voir le retour de la Justice Society post-Doomsday Clock et que visiblement l’idée est passée à la trappe (au bénéfice de Death Metal). Ce n’est pas tant que l’histoire soit mauvaise. Shazam! #14 est même en un sens supérieur à plusieurs numéros précédents de la série. Mais en l’espace de quelques pages il reste peu de place pour la finesse et la finition des détails. Ainsi, Mister Mind, privé de sa boite vocale, ne semble plus pouvoir parler (alors qu’il est établi qu’il peut parler via son hôte). On ne saura jamais pourquoi et comment Superboy-Prime s’est retrouvé prisonnier des Royaumes de la Magie (alors que dans le même temps le scénario insiste sur le fait qu’il est imperméable à la magie ). A travers ces contradictions visibles, les dernières pages ont le parfum d’une fin de run à la Johns. Ce qui est bien entendu logique mais qui donne aussi les clefs pour comprendre ce qui s’est passé… ou plutôt ce qui ne s’est PAS passé.

« I WILL BE THE CHAMPION AND RULER OF THEM ALL. »

On peut faire différents rapprochements avec son départ de la série Green Lantern, Black Adam occupant un peu la place et l’esprit d’un Sinestro (et ce n’est pas nouveau, d’ailleurs). C’est en faisant le parallèle avec Green Lantern qu’on peut mesurer les choses : Rétrospectivement Johns n’a pas manqué d’ambition sur Shazam!. Il a manqué d’épisodes, a tenté de tout faire tenir dans une poignée d’épisodes. Imaginez qu’en 14 épisodes de Green Lantern Johns ait balancé les différents Corps de Couleurs, Sinestro War avant de finir par la rédemption de Sinestro ? L’impact aurait été différent, le run de Johns sur Green Lantern ne serait certainement pas vu de la même manière. A l’inverse, imaginez que les 14 épisodes de Shazam! aient formé en fait une cinquantaine de numéro, avec le temps et l’espace nécessaire pour apprécier chaque ajout, les nouveaux héros ou les adversaires ? Imaginez que l’ouverture des portes de la Magie ait donné lieu à un crossover façon Blackest Night ? On apprécierait, sans doute, et l’alter-ego de Billy Batson en sortirait consolidé comme un personnage majeur de l’univers DC. Au lieu de cela voilà les choses expédiées, dilapidées. Shazam! tire sur sa fin avec un épisode dense qui n’est pas mauvais mais qui a le goût d’une occasion loupée. Dommage. On a le sentiment que la série est passée à côté de son sujet et que le héros rouge va repartir au troisième rang sur les posters de DC…

[Xavier Fournier]