Charles Xavier et Magneto tiennent une sorte de nouveau conseil de guerre avec un personnage qui, au demeurant, fait partie de leurs pires ennemis. Les X-Men peuvent-ils tout assimiler ou inversement se faire assimiler par tout ? C’est une question qui hante jusqu’aux dernières pages de ce numéro. Avec cependant un risque : égrener une forme de béatitude constante qui fait qu’on a l’impression de regarder l’équivalent mutant de Close encounter of the Third Kind.

Power of X #4Powers of X #4 (Marvel Comics)
Scénario de Jonathan Hickman
Dessin de R.B. Silva
Parution aux USA le mercredi 11 septembre 2019

Avec la connaissance de ce que réserve le futur aux mutants, Charles Xavier n’en fini pas de multiplier les alliances, dans une ambiance de fusion/acquisition. Il ne suffisait donc pas de récupérer Magneto, Krakoa, Mystique et quelques autres personnages qui, à des moments où a d’autres se sont déjà rapprochés des X-Men. Le voici qui demande audience à un autre adversaire beaucoup plus retord. Avec scénaristiquement du bon et du moins bon. Jonathan Hickman se fixe sur un élément de ce personnage (son goût quand même particulier pour les costumes grandguignolesques) et n’en sort pas. Ce qui nous donne dans ces pages un adversaire qui d’une certaine manière est écrit comme rarement, avec un gimmick de comportement qui le distingue des Apocalypse et autres Stryfe. Mais d’un autre côté le gag autour des costumes et des capes devient très rapidement éculé passé quelques cases. Surtout (parce que le reste pourrait paraître anecdotique), Hickman a une manière de ne voir que le « grand plan » et ne pas prendre en compte que les individus devraient avoir des agendas, des plans personnels. On peut comprendre que certains élèves de Charles Xavier soient inconditionnels dans leur soutien du Professeur. C’est un peu plus délicat quand on nous montre des « génies du Mal » qui n’ont apparemment rien d’autre à faire qu’attendre dans une salle du trône qu’on vienne les démarcher. R.B. Silva continue de donner une identité collective, de respecter une sorte d’unité d’ambiance, mais il est aussi celui qui amène du caractère à tout cela, en jouant les différentes expressions faciales du vilain de service.

« There are so many of us. »

Malgré des mérites réels et la promesse évidente de construire le futur (au propre comme au figuré), Hickman butte toujours sur un angle, le fait que tous les protagonistes semblent béats, avec au mieux de l’anecdotique pour les singulariser. Il n’y a pas d’états d’âmes, pas de remise en question. Si bien qu’on lit plusieurs épisodes de House of X/Powers of X en se demandant souvent quand est-ce que le « Magicien d’Oz » va sortir de derrière un mur pour nous dire qu’ils sont tous manipulés. Ils ne le sont peut-être pas, d’ailleurs, mais cette refonte des X-Men et autres mutants, très intéressante sur un plan « mythologique » (ici par exemple, si on lit bien tout, on comprend pourquoi un des rares X-Men qui ne soit pas revenu à la vie joue quand même, d’une certaine manière, un rôle dans les événements), a le défaut de négliger les individualités. On connait la logique d’Hickman. Ici, ce n’est pas très différent de quand Doctor Doom ou le Wizard entraient dans la Future Foundation, de quand Ex Nihilo rejoignait les membres des Avengers. Mais dans ces précédentes alliances pragmatiques, Hickman prenait en compte les discussions internes. Reed Richards ou Captain America n’étaient pas atones. Les X-Men ont beaucoup de grandes gueules mais Hickman n’en tire guère partie. Cela pourrait être n’importe qui accompagnant Charles dans cette visite que l’épisode en demeurerait inchangé. Si l’on se régale des révélations et des connections que le scénariste ajoute aux X-Men, si certains épisodes (notamment House of X dernièrement) font preuve d’une bonne dose d’action, on se demande aussi quand les personnages vont sortir de leur transe. Et surtout cela pose des questions pour la suite. Les explications dans les numéros actuels vont sans doute alimenter des années de scénario, sans problème. Mais est-ce que pour autant, dans les séries que nous réserve Hickman, les personnages sortiront de cet étrange mode « pilote automatique » ?

[Xavier Fournier]