Longtemps absent des publications Marvel, le scénariste Kurt Busiek est revenu depuis quelques mois aux affaires, bien décidé à faire fructifier la marque « Marvels », l’une de ses œuvres phares chez l’éditeur. Cette nouvelle minisérie porte un titre stratégique s’il en est, tout simplement « Marvel » et débouche sur une anthologie d’histoires courtes et intemporelles, comme une extension du Marvels originel. Un prolongement de trop ? Pas si sûr.

Marvel #1Marvel #1 (Marvel Comics)
Scénario de Kurt Busiek
Dessin d’Alex Ross, Frank Espinosa, Steve Rude
Parution aux USA le mercredi 4 mars 2020

Il y a eu le Marvels #0 qui célébrait l’anniversaire de la minisérie Marvels originelle. Il y a le Marvels X qui, contrairement à ce que pourrait laisser croire son nom n’est pas une suite de Marvels mais bien d’Earth X (vous suivez ?). Il y aura dans quelques jours Marvels Snapshot, un ensemble de numéros spéciaux explorant le passé de l’univers Marvel, sous la houlette de Busiek. Déjà annoncé pour dans quelques semaines, il y a la série illimitée The Marvels qui brassera tout un pan de l’univers Marvel. Dans cette configuration déjà un peu compliquée pour les lecteurs occasionnels, où il va falloir jongler entre le singulier et le pluriel, ajouter ou enlever un « X » ou l’article « The », voici donc « Marvel » tout court. Au passage on se demande comment l’éditeur a passé 80 ans sans oser publier exploiter ce titre (par opposition à Marvel Science Stories, Marvel Comics ou Marvel Mystery Comics). Mais la question prédominante quand on s’engage dans la lecture de cette nouvelle sortie consiste à se demander à quoi bon rajouter une extension de plus à Marvels, d’autant que l’équipe créative originelle n’est qu’en partie présente : le peintre Alex Ross est bien là pour les pages d’ouverture ou de clôture mais passe le relai à des artistes assez différents. Qui plus est, on se rend vite compte que la recette de base de Marvels (les super-héros vus depuis le niveau de l’homme de la rue) n’est pas de mise dans ces « vignettes », qui racontent des histoires passées, certes, mais sans prendre en compte le citoyen lambda. Exemple-type, dans le premier récit, Spider-Man retrouve Mary-Jane Watson vers la fin de l’histoire. Dans le Marvels originel, tout le récit aurait sans doute été raconté du point de vue de Mary-Jane (un peu comme un numéro entier lorgnait sur Gwen Stacy). Doit-on pour autant en déduire que Marvel, c’est le coup de trop, une trahison dispensable de Marvels ? Hé bien non, en fait…

« To rule over every memory, every yearning… every flash of imagination… »

La couverture d’Alex Ross et sa réinvention de la scène d’Human Torch surgissant de son habitacle est tout à la fois une allusion à Marvel Comics #1 mais aussi, vu l’artiste, indissociable de Marvels #1. Pourtant une fois entré dans le contenu les règles changent. Spider-Man affronte Electro dans une histoire qui sent les seventies, où MJ mais aussi Daredevil ou Black Widow sont mentionnés, le tout dans un style très animé, dynamique, excessif… Qui peut surprendre pour qui attendait une décalcomanie du cahier des charges de Marvels. Mais en fait le style de Frank Espinosa associé au personnage de Spider-Man nous fait penser à un tout autre modèle. Marvel (au singulier), c’est un peu le Into The Spider-Verse/Spider-Man : New Generation de Marvels (au pluriel). On peut aussi rapprocher la chose d’Animatrix. Espinosa ne prétend pas se faire passer pour Alex Ross. Au contraire son histoire est comme un compartiment, comme une réalité à part entière. A comparer, l’autre récit du numéro (une évocation des Avengers peu après la réapparition de Captain America et alors qu’ils chassent encore Hulk) joue sur un autre registre, tout aussi superbement illustré (mais dans une autre ambiance) par Steve Rude. On a l’impression de lire un « Avengers 4.1 ». Avec cependant un couac d’écriture qui vise peut-être à ménager les clichés de l’époque mais enfin quand même, par moments, on peine à se souvenir que The Wasp prend part aux événements et c’est tout juste si elle a droit à deux phrases, à comparer de ses collègues ou même de Rick Jones, qui tiennent le crachoir. L’un dans l’autre Marvel (sans S, donc) a l’avantage de brasser le passé mais sans rechercher l’iconique. On pourrait dire que c’est un peu à Marvels ce que les Hellboy Weird Tales étaient à Hellboy. Ce n’est pas Marvels, mais c’est aussi une occasion pour les artistes invités de montrer qu’il n’y a pas qu’une manière « iconique » de revisiter le passé de la firme.

[Xavier Fournier]