Fort d’événements récents dans les pages de Superman, Bendis relance la Legion of Super-Heroes dans une version rebootée. Et en un sens peu importe car le groupe est utilisé comme une armée que Jon Kent découvre d’un bloc. Cette série à un intérêt immédiat : le futur réinventé par un Ryan Sook survolté.

Legion of Super-Heroes #1Legion of Super-Heroes #1 (DC Comics)
Scénario de Brian Michael Bendis
Dessin de Ryan Sook
Parution aux USA le mercredi 6 novembre 2019

Bendis a fait une OPA sur le côté jeune de DC Comics ces derniers mois. Après les Teen Titans, le voici qui relance la Legion. Le fils de Superman a accepté l’invitation de la Legion of Super-Heroes et le voici qui débarque dans un avenir lointain, désormais co-équipier d’une armada de créatures étranges, dans un monde dont il cherche encore les règles. Superboy est un peu notre avatar dans cette série, puisque c’est à lui que les habitants du futur doivent tout expliquer mais que nous profitons, nous, de cette remise dans le contexte. Le scénariste ne choisit pas la voie la plus facile, puisqu’il fait intervenir des dizaines de héros, certains mêmes pas nommés. C’est vrai qu’au fil des décennies on en est venu à associer la Legion avec cette impression de profusion de personnages. Une grande partie d’entre eux sont profondément rebootés et même si le lectorat de longue date reconnaîtra quelques figures principales, il n’ira guère plus loin qu’un public néophyte dans la compréhension de qui fait quoi, qui est qui. Mais vous savez quoi ? Ce n’est pas grave. En tout cas pas à ce stade. L’auteur joue sur le plaisir de la découverte, un peu comme si Superboy entrait dans un nouveau campus où on lui présenterait tous les élèves d’un coup. Il y a une petite portion chaotique mais c’est contrebalancé par une certaine dose d’humour et de décontraction. Bendis est content d’écrire cette série et cela se sent. A côté de cela, il fait aussi quelques concessions surprenantes à la continuité, comme la présence d’une certaine couleur d’anneau, le casque de Fate ou encore un autre talisman bien connu des fans de DC.

« We have this, legionnaires »

Mais en vérité ce n’est pas ce qui fait la force de ce premier numéro. En donnant au dessinateur Ryan Sook la mission de réinventer l’avenir, on lui a donné les clefs d’un monde à lui. Et dès la première page sa maîtrise du design est apparente. C’est à dire que c’est à la fois beau et captivant à regarder, que même les égouts de Bludhaven deviennent un environnement qui devient intéressant sous sa plume. Quelques pages plus loin, on comprend que la plupart des légionnaires ont été repensés par lui de même manière, avec parfois quelques allusions visuelles aux anciens costumes mais aussi des choix efficaces. Par exemple Blok ne ressemble plus à une sorte de cousin éloigné de la Chose. Avec un tel dessinateur à bord, Bendis pourrait bien raconter comment on fabrique les bouteilles de lait dans le futur que cela resterait intéressant. Mais cet élément visuel fort a les inconvénients qui vont avec les avantages. Dale Keown a fait les personnages et cette culture entière à sa façon. Et on se demande vraiment ce que cela pourra donner quand il faudra passer la main à un autre artiste. Dès le premier fill-in, la série risque de perdre une bonne part de sa magie. D’ici là, profitons…

[Xavier Fournier]