Le monde de l’espionnage de DC Comics a été tout chamboulé depuis qu’un nouveau Leviathan a pris le dessus. Mystère : très vite les indices ont montré que la menace venait d’un ancien super-héros. Mais lequel ? Ces dernières semaines les meilleurs détectives au monde ont mené l’enquête. Pour finalement arriver à cette conclusion qui refuse le mot fin.

Event Leviathan #6Event Leviathan #6 (DC Comics)
Scénario de Brian Michael Bendis
Dessin de Alex Maleev
Parution aux USA le mercredi 13 novembre 2019

C’était dit. Event Leviathan allait secouer l’univers DC, remuer les choses. Et c’est vrai qu’en toile de fond Leviathan a semé un certain chaos parmi toutes les agences secrètes de l’éditeur, les Task Force X, les Checkmate, les D.E.O., tout ce que l’on pourrait qualifier de « mini-SHIELD » en quelques sortes. Mais ce ne sont pas vraiment des éléments de première importance dans la texture de DC et que très vite l’intérêt s’est reporté sur l’identité même du mystérieux Leviathan, dont on a compris qu’il avait accès aux secrets de la communauté super-héroïque, Jason Todd, le Red Hood, faisant figure de premier suspect. Rétrospectivement tout cela ne tenait pas forcément debout et donne un peu l’impression que les « meilleurs détectives du monde » se sont un peu précipités sur un type parce qu’on le sait borderline et qu’il porte, lui aussi, un masque rouge. Ce qui n’est pas vraiment de l’enquête de grand niveau. Mais enfin au long de la série, et surtout avec la réintroduction de plusieurs cercles successifs de héros détectives, Bendis a creusé et exploité le « street level » et le principe est loin d’être mauvais.

« We know what he wants »

Mais nous voici arrivé au dernier numéro, aux explications et aux révélations et là… il faut bien dire que le masque tombe à plus d’un titre. En fait de personnage « bien introduit dans la communauté super-héroïque », Leviathan est surtout un vieux fan-favorite qui n’a pas joué de rôle important chez DC depuis le début des années 90. Il est même probable qu’une large partie du lectorat tiquera en se demandant… « attends, c’est qui ce type ??? ». Cela n’a pas forcément que du mauvais (dans les dernières pages Bendis va dans le sens où finalement c’est une possible revanche pour les héros oubliés, secondaires, qu’on a tendance à sous-estimer, puisqu’une autre création de Jack Kirby reste dans la danse). Dans le sillage de ce qui se passait ces derniers mois dans Action Comics, Bendis et Maleev ont mis l’accent sur Question, Zatanna ou Manhunter bien plus que sur une énième apparition de la Justice League et ça c’est plutôt sympa. Le principe d’une sorte de Julian Assange des super-vilains, d’une menace représentée par une sorte de fanatique de la vérité qui veut en venir à bout de tous les secrets, tout révéler (ce qui dans un monde de double identité est forcément problématique), il y a de quoi creuser également. Tout ça, cependant, se prend un peu les pieds dans un défaut chronique chez Bendis, connu depuis au moins ses Daredevil, le fameux « je n’ai pas fini mon histoire que je suis déjà en train de passer à autre chose ». C’est à dire qu’ici le Bad Guy explique ses motivations et disparait d’un coup de baguette magique tandis qu’on décide arbitrairement que l’histoire s’arrête là, point. Et les « plus grands détectives du monde » se regardent un peu en se demandant comment ils vont faire (je ne sais pas les gars, en enquêtant peut-être ?). C’est un peu comme si on avait arrêté Crisis ou Secret Wars (l’originale) au bout de six épisodes, en terminant sur un « à suivre ailleurs ». Tout ça fait que ce final manque de panache.

[Xavier Fournier]