Review: Amazing Spider-Man 2: Le Destin d’Un Hros

10 avril 2014 Non Par Comic Box

[FRENCH] Amazing Spider-Man revient sur le grand cran le 30 avril prochain pour la deuxime aventure de cette incarnation (celle dirige par Marc Webb). Au menu ? Une relation Peter/Gwen (Andrew Garfield/Emma Stone) au premier plan mais aussi une avalanche de super-mchants avrs ou venir. Et quand mme, quelque part, l’impression qu’il y a deux films en un et qu’on a voulu trop en mettre… D’o un constat forcment partag.

DE RETOUR SUR LA TOILE

Rapide petit retour en arrire pour « synchroniser nos montres »: le premier Amazing Spider-Man de Marc Webb m’avait laiss froid, avec des incohrences monumentales de scnario et des tentatives de jeunisme qui tombaient ct de la plaque (ou en tout cas ct du personnage principal), Peter Parker n’ayant jamais t ce skateur tendance. Et, pire, dans les dernires minutes on terminait sur un coup de « aprs tout la promesse fate ton pre de jamais te revoir, on s’en fout il est mort… ». Il ne s’agit pas ici de refaire le match du premier film mais bien de dire que sur ce point il y a une nette progression dans ce second film, avec un Peter Parker beaucoup plus tortur par ses responsabilits et ses promesses passes ou actuelles. Pass une scne d’intro qui est une nouvelle fois consacre la saga familiale des Parker, le Peter/Spider-Man qu’on retrouve ici est beaucoup plus proche de l’esprit du personnage. Le ct « guedin », « rien battre », a cd la place une posture beaucoup plus positive, un hros qui se proccupe plus de son prochain (avec parfois des phases naves, c’est vrai, mais elles font partie du « package » de Spider-Man). En mme temps on voit de bons exemples de l’volution. L o l’aide apporte par la « confrrie des grutiers » sentait le mlo, l’intgration des relations avec la police et les pompiers est plus naturelle cette fois. Marc Webb a aussi profit de l’exprience du premier film pour nettement progresser en ce qui concerne la manire de filmer Spider-Man. Si parfois quelques mouvements de camra font un peu fouillis (a bouge de partout), il y a un vrai parti pris sur les angles (plus en plonge, plus souvent plus en haut et moins prisonnier de ce qui avait pu se faire dans des films prcdents). Sur ce plan l, le Spider-Man de Webb ressemble beaucoup plus au hros de la BD que dans le film d’avant. Qui plus est si dans le premier film l’acteur posait sa cagoule tout va parce que le studio voulait attirer les midinettes, cette fois il garde le masque beaucoup plus ( part une ou deux courtes scnes o c’est ncessaire). Cette progression tablie, se pose la question de savoir ce que nous raconte ce film et l il faut bien voir qu’on ressort un peu mitig. Car il y a le film qu’on aime et l’autre…

L’HISTOIRE DE GWEN

Gwen Stacy avait port le premier Amazing Spider-Man bout de bras. Elle tait raccord, elle tait la garante. Cette fois-ci elle revient et elle clate tout. Mme si ds les premires minutes des phrases lourdes de sens nous clairent sur la tournure des vnements venir, Emma Stone incarne cette fois encore et avec plus de force la girlfriend primordiale de Peter Parker/Spider-Man. Qui plus est, comme la mentalit de Peter est mieux cerne, les liens du couple occupent une bonne partie du film avec une alchimie redoutable. Gwen Stacy n’est pas une potiche mais une vritable partenaire du hros ( ce niveau-l, la Mary-Jane Watson de la trilogie de Sam Raimi est largement clate). C’est un lment d’quilibre de Peter, de comdie mais aussi de raison. L’ombre du pre de Gwen passe par l mais de manire finalement assez logique et bienvenue. Aprs tout si Peter est marqu par la mort de son oncle, le Capitaine Stacy est la seule personne qu’il n’a pas russit sauver depuis qu’il est Spider-Man (en tout cas pour l’instant). C’est vraiment une bonne phase, qui devrait satisfaire les fans de comics qui ont connu l’re de Gwen. Encore que pour tre honnte la relation Peter/Gwen l’cran est plus fusionnelle, plus complte, puisque les deux tourtereaux partagent le secret de l’identit du hros (alors que dans la BD c’est rest un non-dit entre eux). Cette Gwen Stacy l c’est une « Gwen+ », qui plaira sans doute pas mal de spectateurs/lecteurs mais aussi au public fminin parce qu’elle ne s’en laisse pas raconter.

LE CTE OBSCUR

L’autre dimension, c’est celle qui concerne les bad guys. Et alors l, comment dire… il y a du boulot. Passons au del du dbat sur la fidlit en ce qui concerne lectro. On savait clairement que Max Dillon (Jamie Foxx) serait trs diffrent ce qu’on connait dans la BD mais – pour faire simple – disons qu’on tait prvenu et qu’on n’est pas pris en tratre. Par contre les auteurs se trouvent en plusieurs endroits incapables d’tablir des motivations complexes et/ou crdibles pour le personnage. Ce qui fait qu’on a trouv la solution en dcidant que Dillon a depuis le dbut un « grain », qu’il s’attache ou se dtache pour la moindre phrase et que la plupart du temps il est dans un dlire peine cohrent. On est plus proche du Lennie Small de « Des souris et des hommes »… Niveau pouvoir c’est un peu le mme grand cart car, pour schmatiser, une fois mordu par une murne radioactive (ou presque), lectro reoit un attirail de pouvoirs qui vont de la « simple » dcharge lectrique de la dmatrialisation pure et simple. La crature chauve et bleue entre alors plus dans le registre d’un Docteur Manhattan. Tout devient vite flou. Pour le Bouffon Vert, c’est un peu la mme chose. Dane DeHaan est d’une manire gnrale trs bien en Harry Osborn mais a se complique un peu par la suite, ses motivations perdant une part de logique. Et sur le Rhino comment dire ? On a t « vol » en ce qui le concerne… Alors qu’en ligne de mire Sony nous annonce un film consacr aux Sinister Six, je dois avouer que cette partie l ne m’a pas rendu spcialement impatient d’en reprendre une louche consacre seulement aux mchants.

TROP C’EST TROP

L’erreur de Sony et de Sam Raimi pour Spider-Man 3 avait t de trop vouloir en mettre. L’Homme-Sable, Venom et la fin du cycle du Bouffon… Il y en avait trop pour pas assez d’espace. Cette fois c’est aussi le cas. Il y avait largement de quoi faire un film avec la relation Peter/Gwen et un « bad guy » majeur (le Bouffon). Saucissonner le reste nous donne des lments expdis (le Rhino) ou mal gr (lectro, avec un joli costume noir qui semble apparatre de nulle part et qui doit tre fait de molcules instables tellement il subit les transformations de son propritaire). Si globalement Amazing Spider-Man m’a plus convaincu que le premier, avec sa gestion humaine des hros et de rels efforts dans le code super-hroque (par exemple les batailles sont bien mieux rgles, y compris par rapport Marvel Studios qui peine souvent dans la gestion des corps--corps), des erreurs persistent. Moins nombreux que sur le premier film, les illogismes sont cependant encore de la partie : un type qui attend de voler dans un avion vers l’tranger pour tlcharger un fichier qu’il pouvait trs bien lancer de chez lui ou envoyer la presse, une fille poursuivie par la scurit… qui ne s’en occupe plus ds lors que les portes de l’ascenseur se sont refermes (alors qu’ils ont son nom et donc son adresse), le laboratoire « Roosevelt » qui est digne de la grande foire du trne (comment penser que le propritaire aurait dpens tant de fric dans de tels gadgets qui font QG de super-vilain dans le feuilleton Batman des sixties) ou encore une ville qui passe du jour la nuit en 12 secondes parce que quelqu’un la prod s’est rendu compte que les scnes de blackout le jour c’est moins spectaculaire… Il y a quand mme quelques scnes o on se demande comment personne n’a dit au scnariste « celle-l coco tu me la refais ».

UNE AFFAIRE DE SENTIMENTS

D’un autre ct dans le premier film les erreurs de logique portaient sur certaines ractions de Spider-Man/Peter l o elles sont plus priphriques ici. Je parlerais donc d’un constat mi-figue mi-raisin… o le bon l’emporte quand mme d’une courte tte en raison du cycle Peter/Gwen. Ah, un petit regret aussi la camo de Stan Lee qui pour le coup n’est pas aussi marrante que dans le Spider-Man prcdent (ou dans Captain America: le Soldat de l’Hiver). Amazing Spider-Man 2: Le Destin d’Un Hros est un film qui assume son ct « pop-corn » (ce qui n’excuse pas tout non plus) mais qui aurait t plus inspir de sortir sous forme de deux chapitres six mois d’cart (comme a a pu se voir sur d’autres licences cin). Ca va dans le bon sens. Si vous aviez aim l’opus prcdent de Webb, celui-ci vous plaira encore plus sans doute. Mais pour tre honnte je pense que je prfre Amazing Spider-Man 2 Spider-Man 3 malgr des dfauts similaires. Ca tient aussi et surtout aux acteurs. Que Sam Raimi soit un cinaste suprieur Marc Webb c’est une chose. Mais Emma Stone et Andrew Garfield s’y entendent bien mieux que Tobey Maguire et Kirsten Dunst (on se souviendra de leurs pleurs pathtiques devant la dpouille d’Harry, qui valait bien la mort de Talia dans Batman) pour incarner aussi bien la complicit que le pathos ncessaire. Je ne sais pas si c’est le fait qu’ils soient un vrai couple la ville. En tout cas cette tranche de vie, dfaut de justifier un film par ailleurs perfectible, fait qu’on s’attache eux. Je n’avais vraiment pas aim Amazing Spider-Man. L, j’ai vu deux films en un, et j’ai bien aim un des deux… mais j’aurais prfr faire sans l’autre. Disons que j’ai bien aim le film sur Gwen mais que j’ai beaucoup moins apprci celui sur Spider-Man luttant contre le Docteur Manhattan…

[Xavier Fournier]