Comic Box Virgin #44 – Foolkiller[FRENCH] La première interprétation de Charles Bronson dans le rôle de Paul Kersey, le « juge, jury et bourreau » de Wish Death – Un justicier dans la ville, date de 1974 (la date de naissance de Punisher !). Si dans le premier film Michael Winner avait essayé de ne pas encenser les actes du protagoniste, justifiant sa réaction avec un traumatisme brutal, au fil des années et des sequels celui-ci ne se questionne plus. Bronson incarne au début le malaise d’une Amérique qui s’urbanise massivement et qui sorte désenchantée de la saison de la paix de l’amour et des fleurs. De l’obsession de l’autodéfense, fragile et brisé, Paul Kersey sombre dans le besoin de « nettoyage », organisant des embuscades aux voyous, assumant – malgré une certaine mélancolie – le plaisir qu’il ressent à éliminer la vermine.

FoolkillerFoolkiller est la version hyper-vitaminée et sans complexes de Kersey… plus vigoureux et souple que ce Sylvester Stallone qui souhaiterait, paraît-il, en interpréter le remake en 2011… quoique, au visage autant inexpressif. La question des moyens à utiliser pour endiguer une violence face à laquelle la police avant et la justice après se révèlent absolument impuissantes, a été posée plusieurs fois et sous plusieurs angles dans la BD de toutes latitudes. Qu’il s’agisse de mondes post apocalyptiques comme celui où évolue Ken le Survivant ou de la sombre réalité contemporaine du Punisher, plus d’un a choisi la réponse musclée. Et si l’excellent Death Note pose le dilemme moral de l’élimination radicale des méchants à travers un manga subtil, ce Foolkiller se limite à trancher des membres à tout va.

Le labellisant « Max », Marvel l’adresse d’emblé à un public averti. C’est sûr que cette violence n’est pas à mettre dans toutes les mains… quoique, sans se voiler la face, Elektra n’a jamais été une colombe ni Wolverine un chaton, et de katanas qui tranchent des mains regorge l’histoire de la BD. Ce justicier-ci se détache par un premier degré brut, là où plusieurs de ses collègues choisissent un humour noir pour faire passer la pilule. Et si les dessins de Medina (que des baraqués option gros dur) son très honnêtes, on ne peut pas les comparer au trait de Finch qui sauve la mise à Moon Knight, un titre qui se prête pourtant à la comparaison niveau hémoglobine. Le scénario du romancier Gregg Hurwitz, à l’heure des subtilités d’un Dexter télévisé, est plutôt monolithique.

Le seul intérêt de Foolkiller réside donc dans les fantasmes testostéronés qu’il exprime en réaction au malaise social : plus de 30 ans après, on ressent encore le besoin d’un Paul Kersey (?)

[Camilla Patruno]