Un certain nombre de héros de l’univers DC ont été massacrés, avec seulement deux suspects apparents : Harley Quinn et Booster Gold. Chacun est convaincu que le coupable c’est l’autre. Mais ils sont instables et leur innocence n’a rien d’évident. Alors que la trinité formée par Superman, Wonder Woman et Batman se lance à leurs trousses, Harley et Booster font jouer leurs relations pour chercher de l’aide. Pas certain que Booster aille taper à la bonne porte…

Heroes In Crisis #2Heroes In Crisis #2 [DC Comics]
Scénario de Tom King
Dessins de Clay Mann & Travis Moore
Parution aux USA le mercredi 31 oct 2018

Qui a assassiné les résidents de Sanctuary ? Batman, Wonder Woman et Superman se perdent dans des conjectures puisque la base même de l’endroit était le secret total. Encore qu’on puisse douter que Batman puisse instaurer un tel endroit dépourvu de système de sécurité ou de « traces ». Mais pour le coup Tom King joue avec les questions du lecteur en les exprimant à travers certains de ses personnages. On s’attend à ce que Batman ait un coup d’avance, à ce que Batman mente… et donc les autres héros présents expriment eux aussi leurs doutes. Il y a un côté montagne russe bien géré. On se demande pourquoi les protagonistes ne réagissent pas dans telle direction et la page suivante, c’est effectivement ce qu’ils font. La seule touche bizarre, en termes de caractère, viens curieusement de Batman, personnage que King maîtrise généralement très bien mais qui, ici, se met à parler de ses nombreux sidekicks morts et… disons que ça ne colle pas. Certains Robin sont passés pour morts mais rarement plusieurs à la fois et tous sont revenus. A part (et c’est possible) si King nous réserve quelques « cadavres dans le placard » et différents proto-Robin qui seraient morts hors-champs. A ce stade, le vrai problème de Heroes In Crisis repose plus sur le manque de définition de Sanctuary, sorte d’auberge espagnole où tout le monde pouvait demander asile sans procédure ou critère apparent. Comment imaginer que la League pourrait mettre sur pied un endroit qui accueillerait aussi bien Arsenal que Poison Ivy sans s’assurer que cela ne partirait pas en vrille ? C’est la première question non résolue de HiC, qui fait qu’on butte sur le mystère de l’assassin. Batman, Wonder Woman et Superman en savent si peu qu’on n’est pas à l’abri que quinze autres personnages soient venus dans l’endroit et soient aussi des assassins en puissance. L’autre question, c’est qu’en fait de « League », on a surtout la trinité… qui ne semble pas particulièrement pressée de donner l’alerte et de prévenir d’autres héros centraux. Contacter Barry Allen semblerait couler de source, mais non, le secret semble l’emporter on ne sait pas pourquoi. Si bien que ce sont Harley et Booster eux-mêmes qui répandent le plus la nouvelle à travers l’univers DC, de façon souvent catastrophique.

« …What would Batman do? »

En fait la problématique de Heroes In Crisis échappe à Tom King. C’est l’histoire d’un meurtre de masse chez les super-héros, univers où, typiquement, personne ne meurt jamais pour de vrai, où les solutions pullulent. La présence de Booster Gold est donc à double tranchant. On a un personnage connu pour voyager dans le temps qui pourrait, en un claquement de doigts (ou presque) retourner voir ce qui s’est passé à Sanctuary et découvrir qui a fait quoi. Sans parler de Skeets qui se vante de pouvoir sauver quelqu’un qui passe pour mort par rapport à la technologie actuelle. Mais dans le même temps l’amateurisme apparent de certains personnages, pour autant qu’il puisse surprendre, traduit aussi le traumatisme qu’ils traversent, traumatisme dont peut se servir une Harley Quinn pour perdurer dans l’histoire. Clay Mann (rejoint par Travis Moore) fait d’ailleurs le choix de mettre en scène une certaine forme de « régression » du personnage, avec une Harley revenant aux origines, aux moins en apparence, comme une valeur refuge. Heroes In Crisis #2 ne répond finalement pas a beaucoup de questions. Sans en avoir l’air l’épisode en pose même plus (pourquoi la Trinité se priverait-elle de l’aide d’un policier scientifique tel que Barry ?) et ne propose pas de rebondissement spectaculaire. Mais sans pirouette ou effet de style, sans roublardise, Tom King trouve le bon moyen pour que le mystère continue de s’épaissir.

[Xavier Fournier]