Avant-Premire VO: Review Doomsday Clock #8

7 décembre 2018 Non Par Xavier Fournier

Arrive aux deux tiers, Doomsday Clock en revient sa promesse d’origine, savoir la confrontation de Superman avec les lments issus des Watchmen (encore que cette fois ce soit de faon indirecte). Superman, la confiance incarne, vole au secours d’un autre hros incrimin dans les pressions internationales. Mais s’il veut faire le bien, la route qui mne l’enfer reste pave de bonnes intentions.

Doomsday Clock #8Doomsday Clock #8 [DC Comics]
Scnario de Geoff Johns
Dessins de Gary Frank
Parution aux USA le mercredi 5 dcembre 2018

Et tout coup, les choses s’acclrent et mme basculent. Il reste un doute lgitime que Geoff Johns arrive rpondre toutes les questions dans les quatre derniers numros venir. Les raisons pour lesquelles Doctor Manhattan est ml au reboot de 2011 restent nbuleuses… On ne comprend toujours pas pourquoi il lui fallait carter Wally West et tuer quelques autres personnages. Mais on est pass d’un rythme o Mime, Ozymandias et les autres contemplaient les choses, visitaient l’univers DC, quelque chose o l’univers en question est plus directement affect par leur prsence. Jusqu’ici, l’effet tait surtout limit au seul Batman mais, travers Superman, on change de cran d’autant plus que le surhomme devient, son tour, le visiteur et voyage travers diffrents pays, fictifs ou rels. Aprs de nombreux pisodes centrs sur le sort des personnages (ex-Watchmen mais aussi d’autres personnages lis la Justice Society et la Legion of Super-Heros), Johns mnage encore quelques effets de ce genre, avec le premier aperu rel d’une des deux quipes disparus, mais sans en faire trop ce stade. Il se garde visiblement l’emphase pour la suite. On notera aussi qu’avec une scne qui permet de revisiter les bureaux du Daily Planet, on reconnait bien en Johns et Frank l’ex-quipe crative de Superman: Secret Origin. Au point d’ailleurs que les deux sagas pourraient tre lues dos dos. Mais c’est ailleurs qu’il fait chercher la spcificit de ce numro.

« Superman speaks not for America, but for ALL on this planet. »

Le fait est que, pour l’instant, il est plus intress par une certaine politisation du propos, en important, par exemple, Poutine dans l’histoire. Puisque la comparaison avec Watchmen est invitable (et pour cause) et dfaut d’tre la hauteur de Watchmen, il y a un degr de lecture qui faisait dfaut Doomsday Clock. Celui de la « lecture politique ». Alan Moore et Dave Gibbons produisaient dans un monde o la Guerre Froide, bien que tirant vers sa fin, tait toujours la donne et o l’Apocalypse semblait lie une « invitable » troisime guerre mondiale entre les USA et l’URSS. Les premiers pisodes de Doomsday Clock l’ont jou « light » sur ce plan-l, n’ayant pratiquement aucun discours particulier, part quelques vagues annotations dans les bonus de fin. Cette fois, Johns entre de plain-pied dans la gopolitique, dans un monde o la diplomatie passe par les fake news, qui n’est plus seulement bilatral. Moore se posait la question du super-hrosme dans la guerre froide. Johns transpose l’interrogation et semble aussi rpondre, par une dmonstration, aux dtracteurs habituels des super-hros, ceux qui voient en eux soit des « idiots utiles », soit des dictateurs fascistes en puissance. Le pouvoir, c’est aussi savoir comment et quand ne pas s’en servir. Au-del des capes, des cagoules et des slips, Johns se met d’un seul coup parler de notre poque clivante, o il est ais de choisir un camp en pensant bien faire. Mais o par consquent choisir un camp c’est choisir l’affrontement, la guerre. Il y a une nuance entre prendre parti ou s’interposer. Et l Johns ne parle plus du tout de Superman, Firestorm, Doctor Manhattan ou des autres. La parabole s’tend aussi bien des thtres de guerre qu’ des oppositions politique qu’on peut voir aux USA ou **koff** ailleurs. D’ailleurs cette mme semaine, il y a un passage dans Shazam #1 o le mme scnariste fait allusion aux guerres qui ont oppos la population amricaine et au ncessaire besoin de reconstruction. On a peu l’habitude de voir Johns, souvent plus intress par des questions de continuit, s’aventurer sur ce terrain politique (sauf peut-tre au moment o la JSA affrontait Black Adam pour le sort du Moyen-Orient). Il apporte ici quelque chose qui manquant Doomsday Clock. Peut-tre mme la petite graine qui, en un sens, si la srie tait le centre d’un crossover, pourrait dboucher sur une sorte de Civil War de DC Comics. Il est mme tonnant que l’diteur n’ait pas tent des spin-offs pour nous montrer les ractions des uns et des autres. Mais Doomsday Clock se passe « un an dans le futur de DC » et l’vidence les quatre pisodes restant ne suffiront pas tout raconter. Peut-tre que la suite invitable se rpercutera dans les autres titres. Savoir, en revanche, si DC osera s’aventurer durablement sur le sujet des tensions politiques… D’ici l, la phase finale de Doomsday Clock devra tre la hauteur des ambitions.

[Xavier Fournier]