[FRENCH] Il est de retour et il n’est pas content ! Ou peut-être bien que si, en fin de compte. Parce que, soyons honnêtes, il est parfaitement impossible de savoir ce qui se passe sous le masque de Wade Wilson, alias Deadpool – et ça, Daniel Way l’a très bien compris. Nous avions laissé le mercenaire alors que, dans un retournement de situation dont il est coutumier, il cherchait à se faire recruter par les Skrulls. Et, par mesure de respect pour le lecteur, nous n’en dirons pas plus. Parce que le véritable super-pouvoir de Deadpool, c’est de redéfinir les règles du récit page après page…

Deadpool #2 [Marvel] Scénario de Daniel Way
Dessins de Paco Medina
Sortie aux USA mercredi prochain (24 septembre 2008)

Mon collègue Xavier vous a bien résumé la situation quant à nos attentes concernant les séries dérivées de Secret Invasion. Ici, on n’est pas vraiment dans ce cadre mais le retour de Deadpool en solo est tellement lié au gros crossover du moment qu’on était en droit d’afficher le même haussement de sourcil circonspect… a priori ! A priori, parce que Way a tout simplement pris le personnage à bras le corps, et pénétré sa psyché fracturée pour nous offrir un des débuts de série les plus jubilatoires de ces dernières années. On ne peut bien sûr pas éviter la comparaison avec le Joker de Nolan/Goyer/Ledger, celui de The Dark Knight. Dans les deux cas, les scénaristes ont réussi l’exploit qui consiste à donner de la crédibilité à un personnage déjanté, à l’inscrire dans un contexte réaliste alors qu’on l’imagine difficilement hors des cases d’un comic-book. Daniel Way a choisi de faire de Wilson un schizophrène plus ou moins conscient de cet état de fait. Mais, surtout, son Deadpool transcende absolument les schémas classiques de personnages. Bien malin qui devinera où il va, au final, si tant est qu’il le sache lui-même. Tout comme le Joker de celluloid, il nous balade au gré du vent, sans que l’on puisse réellement dire s’il avait anticipé son sens ou s’il est juste un improvisateur de génie, capable d’intégrer n’importe quel nouvel élément dans un plan connu de lui seul. L’exécution dudit plan est particulièrement jouissive, tellement l’idée est stupide, et donc géniale, à sa façon.

En termes de structure narrative, on distingue généralement les récits « story-driven » de ceux qui sont « character-driven ». Et là, dans un contexte (Secret Invasion) qui appelle totalement le story-driven, Deadpool se paye le luxe de détourner l’histoire, de rappeler qu’il est le seul maître à bord de cet avion sans pilote. Paco Medina, de son côté, reflète bien le dynamisme de l’ensemble. Son trait et sa mise en page sont efficace, sans qu’il ait besoin d’en faire des tonnes tellement le scénario suffit à créer l’animation. La conclusion du premier arc tombe le mois prochain, et je l’attends avec une impatience non dissimulée. On peut en effet se perdre en conjectures, en sachant que Deadpool n’ira probablement pas là où on l’attend ! Du tout bon !

[Antoine Maurel]