[FRENCH] Les choses s’accélèrent pour Batman Inc., alors que le héros principal ne passe plus un ou deux épisodes à recruter un membre. Cette fois on a un aperçu global de la tapisserie voulue par le défenseur de Gotham. Grant Morrison se nourrit de tout, aussi bien de personnages mineurs apparus il y a des années que la moindre série récemment arrêtée pour alimenter son histoire. Cette fois on n’a plus le nez sur le guidon, on ne s’attarde pas sur une variation en particulier et on s’intéresse plus au monde selon Batman !

Batman Inc. #6 [DC Comics] Scénario de Grant Morrison
Dessins de Chris Burnham
Sorti aux USA le mercredi 11 mai 2011

Le plan de Batman prend forme et il y a de la place pour tout le monde ! Aussi bien pour le justicier sud-africain entrevu dans l’épisode précédent que pour des « Batman-like » nés ailleurs que dans les histoires de Morrison. On avait déjà perçu la prédilection du scénariste pour les concepts oubliés des années 50 (le Club of Heroes, la première Batwoman, Bat-Mite…), on l’avait vu récupérer au passage un héros méconnu des années 90 (le Hood), voici qu’il ne perd pas de temps pour intégrer le Nightrunner quelques mois après sa création. Même les Outsiders, désormais privés de série, trouvent leur place sur l’échiquier de Morrison (une place d’ailleurs assez compatible avec ce que Peter Tomasi avait fait de l’équipe après Battle for the Cowl). Même l’évolution sécuritaire de Bruce Wayne sonne comme un écho de la version du héros vue dans Kingdom Come. Et sous cette avalanche de personnages, Morrison ne s’oublie pas, continue ses commentaires sur la notion d’idée et d’information. Ce n’est sans doute pas un hasard si « Emoticon-Man » apparait dans un numéro qui contient par ailleurs le plus gros pied de nez à Internet et aux fanboys depuis la scène de Superboy-Prime à la fin Legion of Three Worlds…

Le dessinateur Chris Burnham canalise beaucoup d’éléments qu’on associe d’habitude avec Frank Quitely (à commencer par la couverture) et ce n’est pas un mauvais choix pour illustrer une histoire de Morrison même si j’aimerais bien que le style se fixe (la rupture est un peu violente quand on alterne avec l’excellent Yanick Paquette, un peu comme si on avait deux séries différentes qui se chevauchaient). Une chose par contre que Burnham ne me semble pas maîtriser totalement, c’est l’expression des visages. En particulier la scène où Bruce est dans la rue (avec les yeux écartillés et le sourire démesuré) lui donne une impression d’illuminé alors que je ne suis pas sûr que ce soit voulu par le scénario. Mais globalement Burnham construit très bien ses pages et, une fois encore, serait totalement raccord s’il venait en renfort d’une série par ailleurs dessinée par Quitely. Globalement un bon numéro, bourré de personnages et qui commence à faire ressembler la série série à une sorte de crossover permanent, centré sur Batman. Tant que Morrison garde le cap, qui s’en plaindrait ?

[Xavier Fournier]