[FRENCH] Lancé dans son tour du monde de la justice dans la logique de Batman Inc., le héros fait un arrêt en France dont cet annual est la première partie, avec l’introduction d’un nouveau héros masqué français qui est le reflet de la diversité. Jusque-là, que du sympathique. Avant que le pays commence un peu trop à ressembler à un éditorial de Fox News…

Detective Comics Annual #12 [DC Comics] Scénario de David Hine & Various
Dessins de Agustin Padilla & Various
Sortie aux USA le mercredi 8 décembre 2010

Alors que Batman fait le tour du monde pour installer sa nouvelle forme de justice, il s’arrête à Paris pour y faire entre autre la connaissance d’un nouveau héros français, un acrobate urbain façon Yamakasi nommé le Nightrunner. En un sens je me demande pourquoi on n’évoque pas le Musketeer (ancien allié de Batman qui faisait partie du Club of Heroes) ou un successeur. Surtout dans une scène où on explique qu’il n’existe pas d’équivalent français de Batman alors que, si, justement, il y en avait un jusqu’à récemment. Mais d’un autre côté un héros moins « costume folklorique », moins sorti du moule « nos ancêtres les gaulois… » me va tout à fait. Même si on n’évite pas totalement certains aspects caricaturaux comme le personnage qui se « cache » sur le toit de Notre-Dame (en termes de « discrètion », pour faire pire je ne vois guère que se « planquer » sur la Tour Eiffel avec un gyrophare). On appréciera mieux quelques phrases bien placées comme les allusions faites à la « femme du Président » et à son influence dans les décisions politiques, distillées finement. C’est le contexte général qui, d’une certaine manière, vient parasiter ce que nous autres, ici, pourrions penser de l’histoire. Qu’on nous montre un parti d’extrème-droite avec des croix gammées partout, c’est quand même largement « over the top ».

Le scénariste anglais David Hine est un francophile (qui lit régulièrement notre magazine et qui, peut-être, lira aussi ces lignes), qui connait donc bien le pays ou en tout cas bien mieux que la plupart des auteurs américains. Et qui commence cet annual avec la vision d’un Paris qui brule, sur fond d’émeutes. Bon, c’est sur que ce n’est pas comme s’il n’y avait JAMAIS de manifestation ou d’émeutes en France donc qu’il y en ait une ce soir-là passe. Mais c’est une sorte de fil rouge qui va revenir tout au long de l’annual (y compris dans une back-up qui n’est pas de Hine mais de Kyle Higgins, où un personnage français de 22 ans dit carrément n’avoir connu toute sa vie qu’émeutes dans la rue. Ce qui me parait pour le moins un peu « excessif ». A la base on voit clairement une volonté documentaire, qui transparait d’ailleurs dans les images  (quand le dessin montre la place Denfert-Rochereau, elle est reconnaissable, ce n’est pas une suite de carrés pour singer des immeubles). De la même manière les auteurs se sont inspirés des émeutes de 2005 (et jusque-là pas de mal puisqu’elles ont réellement existé et que cela permet au moins de sortir du portrait des français à béret avec des moustaches et des pulls marins). Et qu’un héros français trouve sa génèse dans les événements de 2005 ne me choque pas (tant qu’on ne vient pas nous dire que c’est tous les jours comme ca). Mais cette notion d’émeutes « banalisées » me semble à peu près du même goût que si un annual venait dire que New York c’est l’endroit où les avions s’écrasent, point barre. Maintenant il faut être honnête, c’est vrai que les comics nous montrent régulièrement une Amérique avec des groupuscules comme Hydra, les Watchdogs, AIM, des terroristes nazis masqués à n’en plus finir et que, vu de l’extérieur, cela nous choque sans doute moins que lorsque cela nous tombe sur la tronche. Je dirais donc que ce Detective Comics Annual est sans doute plein de bonnes intentions mais que la mise en application des idées me parait hasardeuse.

[Xavier Fournier]