L’actuelle série Invaders, rebondissant sur les événements récents d’Avengers, semble avoir pour mission de trancher sur le cas épineux de Sub-Mariner, alias Namor le Prince des Mers, cette fois bien décidé à livrer une guerre totale à l’humanité. Captain America, l’ex-Human Torch mais aussi le Winter Soldier tentent de faire la lumière sur le comportement de leur ami et lèvent un lièvre en termes de continuité, avec un apport lié à Charles Xavier.

Invaders #4Invaders #4 [Marvel Comics]
Scénario de Chip Zdarsky
Dessins de Carlos Magno & Butch Guice
Parution aux USA le mercredi 10 avril 2019

Dans le contexte des 80 ans de Marvel, l’éditeur tient à remettre celui qui fut son premier héros (ou son premier anti-héros) dans la boucle. Problème : les dernières séries liées à Namor n’ont guère été des succès commerciaux et si les Invaders ne sont guère plus de gros vendeurs depuis la fin des années 70, il faut croire que l’équipe éditoriale a jugé qu’une série annonçant plusieurs héros, dont Captain America, avait plus de chance de rencontrer d’écho. De ce fait il apparaît épisode après épisode que sous couvert des Invaders, ce projet est avant tout une mini-série Sub-Mariner, Chip Zdarsky creusant un peu dans le passé du personnage pour y trouver une sorte d’explication dans l’explication, quelque chose qui pourrait servir de droit d’inventaire sur les actes du monarque d’Atlantis ces dernières années (notamment le côté « meurtrier de masse » dans AvX, dans les New Avengers d’Hickman et plus récemment dans les Avengers d’Aaron). John Byrne en avait fait de même en établissant sa bipolarité, Zdarsky en rajoute une couche, cette fois liée à Charles Xavier. Un passage fascinant qui, potentiellement, est plus intéressant que les First X-Men publiés il y a quelques années. Namor, après tout, est considéré dans l’univers Marvel comme le premier mutant déclaré du XX° siècle. Il n’est pas étonnant que dans ses années « manquantes » il ait croisé Xavier. Ce qui est plus surprenant, c’est la dynamique qui en ressort, un peu dans l’esprit d’X-Men: Fist Class, quand Charles et Magnéto partent recruter du mutant. Et il intéressant de voir que le plus moral des deux n’est pas forcément celui que l’on pourrait croire. On ne sait pas trop ce que nous réserve Chip Zdarsky, s’il nous révèle tout ça (et d’autres choses) pour justifier que Namor puisse dans un proche futur revenir des ténèbres ou au contraire y sombrer définitivement. Mais le scénariste ouvre une porte qu’il serait intéressant de creuser. Seul petit écueil de logique, si Namor lui-même est conscient de ce qui s’est passé (puisqu’il l’a raconté à d’autres), comment expliquer qu’il n’ait pas réagi depuis ou que la question ne soit pas revenue sur le tapis à l’époque Illuminati ou lors des deux passages de Namor parmi les X-Men. On notera aussi que Zdarsky joue aussi sur des non-dits, car la relation de Namor avec l’un de ses anciens compagnons d’arme semble aller bien au-delà d’une simple amitié.

« … It’s okay. We can win the war. »

Comme pour les précédents numéros, Guice et Magno se partagent le dessin des pages intérieures, l’un s’occupant des flashbacks et l’autre des scènes actuelles. Les textures des deux artistes sont riches. Peut-être cependant qu’on aurait pu aller au fond du délire et utiliser aussi deux coloristes différents selon l’époque montrée ou au moins un coloriste utilisant des méthodes plus marquées, car l’aspect « rétro » des pages de Guice n’est pas si marqué que cela. Pour en revenir à l’intrigue de ce numéro, elle comporte des points qui font que même si vous êtes hermétique aux Invaders mais plus intéressé par la chronologie des mutants, des X-Men et du Professor X en particulier, l’épisode vaut le détour.

[Xavier Fournier]