Il faut sauver l’univers Marvel. Mais faut-il le sauver de Requiem ou bien de Loki, qui semble avoir le pouvoir infini ? A moins que la menace soit Devondra, le monstre qui dévore des réalités ? Et si on réinstaure l’univers classique, qu’adviendra-t-il des personnages hybrides estampillés Infinity Warp ? Beaucoup de questions, d’accord. Mais Infinity Wars #6 ne donne guère qu’un magma de réponses sans vraiment véhiculer un sentiment épique.

Infinity Wars #6Infinity Wars #6 [Marvel Comics]
Scénario de Gerry Duggan
Dessins de Mike Deodato Jr.
Parution aux USA le mercredi 19 décembre 2018

Sur la couverture normale (non-variante) d’Infinity Wars #6, il n’y a pas l’ombre d’une composition ou d’un sens de lecture. Un peu comme si le dessinateur Mike Deodato avait été pressé de passer à autre chose et avait posé quelques personnages au hasard. Et au bout de quelques pages Loki, en possession des pierres de l’infini, en vient lui-même à se lasser presque instantanément du pouvoir ultime. Tout cela est à l’image de ce que l’on ressent avec cette fin d’Infinity Wars, avec le sort de plusieurs univers liés à une bataille contre une bestiole sans personnalité (Devondra) et dont la principale prise de parole se limite à « Skreeeee! ». Si l’idée de départ (ne pas encore et toujours mettre Iron Man, Captain America et Thor aux premières lignes quand il s’agit de sauver l’univers), Gerry Duggan s’égare et perd de vue son casting. Par exemple Kang ne sert à rien du tout, à en gros une toute petite phrase dans tout l’épisode et se contente de rester planté là, comme un figurant. Hulk ou Ant-Man s’en tirent mieux mais par moments on en est à se demander ce que fait untel ou untel dans le groupe, pourquoi les autres auraient spécifiquement besoin de lui/elle pour sauver l’univers. Restent alors les dessins d’un Mike Deodato Jr. fiable, qui continue de gérer son système de trame ou des splash pages qui font que des protagonistes comme Loki ou Adam Warlock se retrouvent face à leur conscience. Mais l’un dans l’autre le côté atonal du scénario et des dialogues fait qu’on s’ennuie. Et encore, n’essayons même pas de faire la comparaison avec les sagas originales de Jim Starlin ou le fait que, comme les pierres sont au centre du Infinity War qui a occupé les cinéphiles cette année, il devrait y avoir au moins un peu de pression pour donner quelque chose à la hauteur des attentes.

« …I’ve lost my appetite for apocalypses. »

Si Marvel l’avait fait exprès, ce ne serait pas mieux tombé. Entre Infinity Wars, Extermination et Spider-Geddon (et sans compter Defenders: The Best Defense, un peu à part), ce sont trois events qui s’achèvent la même semaine, qui reposent au moins en partie sur les réalités alternatives et les déplacements dans l’espace-temps. Seulement tous les projets ne sont pas égaux. Là où les autres sont centrés sur une famille de titres, on pourrait effectivement dire qu’Infinity Wars est centré sur le cosmique. Mais le récit s’éparpille et s’égare. On avait déjà l’impression d’un étalement au début de la série, avec des prologues de prologues de prologues mais finalement on a surtout le sentiment qu’il n’y a pas de personnage fort ou de ligne directrice. Ce dernier épisode continue d’étaler : en gros la véritable saga s’est pratiquement terminée au numéro précédent et il ne reste qu’à régler le devenir des personnages. Adam Warlock, un peu promené depuis le début d’Infinity Wars, y gagne un peu en présence. Mais non sans avouer à voix haute qu’il est lui-même un peu la sensation d’être en partie paumé. Et c’est bien le problème : le souci c’est qu’on est un peu comme lui, avec une aventure qui, tout en brassant les époques et les réalités, s’est déroulée de façon molle. Tout au plus les « Infinity Warps » auront servi à réveiller les choses à mi-chemin (et Marvel, visiblement, à dans l’idée de ne pas gaspiller ces personnages). Mais les sacrifices nécessaires à la victoire sonnent comme artificiels. Tout est traité de façon un peu trop égale. On prend autant de temps à dire aurevoir à la libraire de Loki qu’à traiter d’autres intrigues. C’est à dire que même quand il y a des retombées (ce qui est arrivé à Thanos n’est pas mince), l’élan a été perdu en cours de route. On reconnait à IW de ramener dans le giron de l’univers Marvel quelques personnages (Moondragon, Phyla, Adam…) qui serviront aux nouveaux Guardians of the Galaxy. Mais globalement ce sont quand même beaucoup de miniséries, spéciaux et tie-ins pour justifier des choses que d’autres auteurs auraient pu faire tenir dans un seul Annual. Et le fait qu’avec au moins deux personnages issus du Cancerverse (Thanos Imperative) la solution pour fermer le portail soit en gros la même (laisser deux personnages derrière), tout cela tourne au déjà vu. Sans dire qu’Infinity Wars est la même chose que ce qui a secoué les séries mutantes (Extinction, donc) et celles liées à Spider-Man (Spider-Geddon), il est dommage et même curieux que Marvel passe à côté d’un spécial, une sorte de numéro de fin d’année qui clôturerait ces crossovers qui ont animé le dernier semestre 2018, une sorte de « Rebirth » mais à l’envers. En confrontant ces trois sagas et en révélant qu’elles ont influé l’une sur l’autre, où qu’elles forment un tout pour tel ou tel secret (par exemple lié à Kang), il y aurait moyen de récupérer les choses. Mais l’éditeur ne semble pas prendre cette route. Si bien qu’autant Extermination et Spider-Geddon ont l’avantage d’avoir une dimension personnelle pour les personnages qu’elles touchent, autant rien ne semble venir rattraper l’ennuyeux et dispensable Infinity Wars. Honnêtement, le fan de séries cosmiques sera bien inspiré d’aller directement au futur Guardians of the Galaxy, dont on espère beaucoup plus de caractère.

[Xavier Fournier]