whitetiger6.jpg[FRENCH] Arrivé à ce stade (ultime) de la mini-série, la question de savoir si vous allez la suivre ou pas ne se pose plus. Après 5 numéros, le sixième s’impose forcément pour avoir un « set » complet. Seulement voilà, quand le dessinateur change soudainement et que les scénaristes ne font que du remplissage, la chose tourne au hold-up. White Tiger s’achève bien piteusement…

White Tiger #6 (nov.2007)
Scénario de Tamora Pierce & Timothy Liebe
Dessins de Al Rio et Ronaldo Adriano Silva
Sortie américaine prévue: 5 septembre 2007

Voilà, avec un certain retard, le dernier épisode de White Tiger, mini-série « spin-off » du Daredevil de Bendis. OK, la couverture de David Mack est admirable. Regardez-la, profitez-en bien parce qu’une fois le bouquin ouvert, les choses se gâtent considérablement. Ce n’est même pas la question que ce soit Al Rio qui dessine ce dernier segment (Phil Briones étant depuis passé sur la mini-série Sub-Mariner) encore que dans le cadre d’une mini il est toujours préférable d’avoir un seul dessinateur de bout en bout. Non, le souci c’est que les deux scénaristes terminent leur intrigue de façon aussi désinvolte que ce qu’ils ont écrit pendant les cinq numéros précédents.

Résumons puisque pour les occasions précédentes nous n’avions pas démarré ces reviews: Dans Daredevil, le White Tiger originel se faisait tuer et sa nièce, l’agent Del Toro, tenait Daredevil pour responsable… Avant de trouver le talisman mystique de son oncle, de devenir la nouvelle White Tiger et d’attendre de Daredevil qu’il la forme. DD adoptait alors une attitude très dûre, allant jusqu’à la blesser pour lui montrait que les choses ne seraient pas faciles. On était donc en droit d’attendre de White Tiger (l’héroïne tant que la mini-série) un ton un rien cynique et pragmatique: l’apprentissage d’une héroïne a qui les choses ne seraient pas rendues faciles.

Au lieu de ça, Pierce et Liebe nous ont donné une hallucinante « cendrillon » des super-héros. On découvre rétroactivement qu’elle avait de nombreux « tontons » parmi les super-héros bien en place et puis tiens, quand elle sort de chez elle, il y a une autre super-héroïne qui l’attends dans une belle voiture pour l’aider à choisir son costume. Ben oui ma petite dame chez les super-héros Marvel ça se passe comme ça apparemment. Pourquoi aucun autre héros n’a eu droit à ce traitement, on ne le saura jamais.. Encore que si elle était bien exécuté, cette idée pourrait passer pour une nouveauté. Mais quand elle est appliquée à un personnage dont Daredevil, en guise d’initiation, avait cassé le bras, on se dit qu’il y a une sérieuse erreur sur la personne et le concept.

Ce dernier numéro ne change rien à cette structure brouillonne, dans laquelle les choses ont une fâcheuse tendance à se résoudre facilement pour White « Cendrillon » Tiger. Le combat contre le monstre sur lequel s’achevait le numéro précédent? Expédié en quelques cases, comme une formalité. Et comme il était capital que White Tiger récupère son PC, que le dit PC vient de séjourner sous l’eau pendant plusieurs minutes, l’héroïne se dit qu’elle a bien fait « d’investir dans de la qualité » en allumant la machine comme si de rien n’était. Et comme si même les auteurs trouvaient ça gros, ils s’arrangent même pour qu’un personnage secondaire s’en étonne plusieurs fois dans la scène…

Après ça ne reste en gros qu’à mettre en échec la terrible organisation criminelle qu’affronte White Tiger depuis le début. Un cartel si puissant qu’il n’a que les moyens de se payer les services du… ahem… neveu de Cobra. Devant une menace si imposante, White Tiger réunit tous les amis qui l’ont guidé dans cette aventure et la fin de l’épisode ressemble furieusement à un épisode des Vengeurs. Au passage, si on a compris que la mini-se passe avant Civil War, la curieuse présence d’Iron Fist nous laisserait presque croire qu’on est après. Mais non, vu les réactions des pseudo-Vengeurs, tout ça se passe bien avant. Au point d’ailleurs que Spider-Man a son costume classique (sans technologie de Stark), ce qui chronologiquement placerait l’histoire environ 20 épisodes dans le passé d’Amazing Spider-Man. De plus tous les « amis » assemblés par Del Toro sont… d’excellents amis de Daredevil et si vraiment ces gens là font partie de la famille de coeur de White Tiger depuis des années, on se demande où ils étaient quand elle s’acharnait sur Daredevil…

Soyons honnête, il y a un gentil gag à un moment impliquant Spider-Man et l’usage d’un appareil photo mais ça ne vous remplit pas un comic ça. L’histoire s’achève avec la promesse que les choses ne sont pas terminées (ah bon ? Moi qui espérait qu’on en avait fini). Un autre assassin reçoit pour mission de se débarasser de l’héroïne et au passage, comme il faut bien faire dans l’illogisme jusqu’à la fin, cet assassin, qui est sans doute un fidèle lecteur du Marvel Handbook se met à demander de quel White Tiger il s’agit en désignant les prédécesseurs de Del Toro… par leurs noms civils, comme si la pègre avait un accès privilégié aux identités des héros. Encore, si c’était exploité comme l’ébauche d’un mystère, ça passerait. Mais c’est juste balancé comme ça. L’assassin mentionne les identités civiles comme si c’était normal. OK pour le premier White Tiger, mort démasqué, mais Kasper Cole ? Le Tigre Blanc créé par Christopher Priest ? Bref, les fautes de ton se poursuivent jusqu’à la fin. Ceux qui ont investi dans les 5 premiers numéros se sentiront sans doute obligés de s’infliger ce #6. Maintenant si vous attendiez pour lire tout ça en TPB, l’instant est sans doute bien choisi pour vous dire qu’il parait chaque mois de nombreux recueils et qu’il y en aura beaucoup ces temps-ci qui mériteront mieux votre argent que ça… Tout au plus espérons qu’ils feront un portfolio des belles couvertures de David Mack et passons à autre chose…

[Xavier Fournier]