[FRENCH] Après le départ d’Ed Brubaker et Matt Fraction, on pouvait avoir peur d’une perte de direction avec l’arrivée d’un scénariste moins expérimenté. Mais Duane Swierczynski ne se contente pas de succéder à deux des auteurs les plus en vue du moment: il prend à bras le corps l’intrigue liée aux différentes générations d’Iron Fist, continue de détailler un Iron Fist antérieur et creuse l’idée d’un ennemi naturel pour cette caste. Et Travel Foreman est particulièrement en forme.

Immortal Iron Fist #18 [Marvel] Scénario de Duane Swierczynski
Dessin de Travel Foreman, Russ Heath
Sortie américaine le 27 août 2008

Le mois dernier on avait laissé Danny Rand en bien mauvaise posture, face à un… chasseur d’Iron Fist ? Autant vous dire que ce mois-ci, non, Danny n’est pas assassiné en page 1 ce qui rendrait compliquée la suite de la série. Il se démène comme un diable en espérant échapper à la répétition d’un triste sort qui a détruit 65 champions des arts martiaux avant lui. Passé le décorum, on pourrait dire que l’histoire n’est pas totalement originale pour les vétérans des comics. Cette histoire de prédateur naturel chassant génération après génération de héros évoque, entre autres, le Morlun que JMS avait utilisé dans Amazing Spider-Man et dans le crossover The Other de sinistre mémoire. A priori la mention de cette dernière « référence » aura peut-être fait craindre le pire aux lecteurs mais rassurez-vous. D’abord le prédateur qui est ici utilisé est géré de manière plus efficace, là où Morlun était une sorte de vampire affamé, rendu fébrile par l’idée de manger, ici le chasseur est beaucoup plus taciturne.

Il y a aussi la notion de date butoir liée à l’anniversaire du héros (là où dans le cas de Spider-Man sa fin n’était pas programmée de manière inexorable). La créature qui menace Iron Fist a plus de sang froid et l’oppression qui s’en dégage n’en est que plus terrible. Cela dit, au passage,  puisqu’on en est à faire des comparaisons Spider-Man/Iron Fist il me vient également à l’idée que faire un rapprochement entre Ezekiel et Orson Randall n’est pas totalement tiré par les cheveux. La trame n’est pas totalement originale disais-je ? Oui mais le talent de Duane Swierczynski fait la différence, insistant sur l’issue inexorable de la chasse…

Autre garant d’originalité: le dessinateur Travel Foreman donne du punch aux combats, avec des anatomies furibardes. Il maîtrise aussi totalement l’entourage du héros : Misty, Colleen et Luke en sortent particulièrement à leur avantage. C’est leur présence, également, qui change par rapport aux trames « spidermaniennes ». Là, le héros n’est pas seul, il peut compter sur de fidèles amis qui ont les moyens d’intervenir dans l’histoire. Enfin, entre intervenir et changer le cours des événements il y a quand même un fossé. Jolie évocation, également, de l’univers de K’Un-Lun qui nous permet de retrouver ses habitants là où on les avait laissé au terme de l’arc précédent. Bref, le « Poing de Fer » est entre de bonnes mains et même si j’imagine mal qu’Iron Fist trépasse dans un avenir proche, on peut compter sur Swierczynski et Foreman pour trouver une échappatoire au héros qui ne devrait rien devoir à la facilité. L’important c’est que la série ne fait pas mine de faiblir. Nous voici rassurés.

[Xavier Fournier]