Angoulême 2013[FRENCH] Le Festival International de la BD d’Angoulême 2013 a vécu ! Une nouvelle fois l’occasion pour les visiteurs de rencontrer des centaines de scénaristes et de dessinateurs, parmi lesquels un bon détachement de créateurs de BD américaine, de Don Rosa à Jim Cheung en passant par Fabio Moon et Gabriel Bâ. Mais sans doute aussi une fréquentation moins prononcée que l’an dernier, crise oblige…

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Angoulême 2013 aura été une manifestation pleine de rencontres, de contrastes et de confrontations. Il faut bien le dire, c’est souvent le cas dans ce rendez-vous angoumoisin où le public de passionnés et d’affranchis croise des néophytes, des curieux venus en famille. Ce qui donne parfois des dialogues croustillants. A peine avions-nous mis les pieds dans la bulle « Nouveaux Mondes » (celle qui abritait entre autres Panini Comics, Urban Comics et Indeez) que quelqu’un s’écriait (sans plaisanter) « Oh, regardez ! Ils ont adapté V Pour Vendetta en BD ! ». Ah, ma petite dame, si vous saviez… Le décor (pardon, les « bulles ») était ainsi planté. Les premiers jours du festival, il faut bien le dire, semblaient attirer moins de monde que les années précédentes. Il suffisait de regarder la densité de la rue pietonne qui se permet de se rendre d’un bout à l’autre du festival pour réaliser qu’on était pas dans le même ordre de grandeur qu’en 2012. A l’extérieur des « bulles », la longueur des files d’attentes semblait, elle, ne pas faiblir. Mais il faut dire qu’avec la mise en place du plan Vigipirate, la fouille systématique des sacs faisait que les files prenaient plus de temps à avancer. Là aussi, il y avait des idées de scénario de BD qui se perdaient, comme l’agent de sécurité nous demandant très sérieusement si c’était vraiment un appareil photo que nous tenions.

Les américains avaient débarqué cette année, et sous plusieurs formes. D’abord il y avait l’exposition consacrée à Mickey, Donald et aux autres personnages de Walt Disney, un Mickey géant trônant non loin de là. On notait, dans cette logique, la présence du dessinateur Don Rosa, dont les BD sont rééditées chez Glénat. D’autres américains débarquaient à Angoulême avec une optique radicalement différente. La société ComiXology, leader du marché des comics digitaux, était venu annoncer l’ouverture de son bureau français et la signature d’un partenariat avec le groupe Delcourt, débouchant sur la mise en ligne du catalogue Delcourt, Soleil et Tonkam sur la plateforme d’origine américaine. Et sans doute sur bien d’autres à terme, les représentants de ComiXology arpenant les allées pour discuter avec d’autres éditeurs. Il y a néanmoins un américain qui n’était pas là, dont l’absence était bizarre. Même pas un petit bout d’expo ou de conférence consacrée au géant Joe Kubert, disparu dans l’année écoulée. Une volonté de ne pas se laisser dicter le programme par le calendrier des décès ? Peut-être mais visiblement ça n’a posé de problème, dans le même temps, de monter une exposition consacrée à Sergio Toppi, disparu l’été dernier. Un petit quelque chose (bien que nous n’aurions rien contre un « grand quelque chose » consacré à Kubert aurait été judicieux et justifié…

Il faut dire qu’à Angoulême, si on a invité cette année l’univers de Mickey, l’essentiel des auteurs américains viennent encore et surtout à la charge des éditeurs présents. Le bon côté des choses étant qu’avec la multiplication des acteurs du marché des comics en France ces derniers mois il y a, par la force des choses, de plus en plus de stands où on parle BD américaine. Delcourt avait une nouvelle fois invité Charlie Adlard (le dessinateur de Walking Dead) et avec le succès croissant de la BD et de la série TV, une foule énorme se pressait pour tenter d’obtenir une dédicace. Le même éditeur avait également invité Moritat (l’artiste sur Elephant Men) et, non loin de là, on trouvait Ankama avec des pointures comme Mike Huddleston (Butcher Baker, The Strain…) ou Viktor Kalvachev (Blue Estate). Du côté de la butte Nouveaux Mondes, c’était le premier vrai face-à-face de Panini Comics et Urban Comics en condition de festival, avec les stands des sociétés de chaque côté de l’allée. Un face-à-face dans lequel le premier gagnant est avant tout… le lecteur puisque ce « pôle » permettait de rencontrer Salvador Larroca, Sara Pichelli, Jim Cheung et Gabrielle Dell’Otto chez Panini. En face, Urban accueillait les frères Fabio Moon et Gabriel Ba, ainsi que Bill Willingham. A noter qu’en poussant un peu du côté du stand d’Indeez on pouvait entre autres choses découvrir le comic-book preview du Hollywood Killer de Fabrice Sapolsky et d’Ariel Olivetti. Plus haut, à la bulle New York, on retrouvait un certain nombre d’habitués de la manifestation qui lorgnent également à différents niveaux sur l’univers des comics : Atlantic Bd accueillait ainsi Gabriel Hernandez (le dessinateur d’Aokigahara, la Forêt des Suicidés), Ca et Là proposait un bouquet assez intéressant d’artistes comprenant aussi bien Adam Hines (Duncan le chien prodige), Kevin Cannon (Far Arden), Joseph Remnant (Cleveland)… On retrouvait également Wanga, Phylactères, Scarce, Saga ou encore Reedman, qui présentait le #1 de Futura. Tanguy Mouchot était également là avec le troisième tome de Fantax. Quelques conférences (en particulier celle que Paul Gravett consacrait à Jack Kirby) refusaient du monde. Bref, s’il manque des choses (on prenait l’exemple de Kubert plus tôt), il n’y a pas de doute qu’il y a néanmoins beaucoup de choses.

Il est clair que la palette de style représentée était très variée et prouvait d’ailleurs que les comics (et le volet de la BD européenne qui peut s’en inspirer, comme Hero Corp ou Bad Ass) sont un univers bien plus riche que les clichés auxquels certains voudraient régulièrement les réduire. Pour notre part nous auront profité du festival pour trinquer, sous la houlette d’Antoine Maurel, au début du quinzième anniversaire de Comic Box (la vraie date tombe en juillet) en compagnie de membres actuels et passés de l’équipe, ainsi que quelques invités. Cette quarantième édition du festival n’aura pas manqué d’attirer des polémiques liées aux prix ou à l’organisation. Mais là pour le coup on serait tenté de dire que c’est presque de la routine tant le microcosme semble apprécier ce genre de gossip. Bien loin de ces péripéties, les lecteurs, les fans, en auront surtout profité pour mettre un visage sur un nom et, à l’occasion, échanger quelques phrases avec des éditeurs, des traducteurs, des scénaristes, des dessinateurs ou même d’autres passionés rencontrés dans les files.

[Xavier Fournier]