Lors de la dernière édition du Paris Manga Sci-Fi Show, nous avons eu l’occasion de rencontrer Paco Diaz. Connu des lecteurs de Deadpool, le dessinateur espagnol est un véritable touche-à-tout. Retour sur le parcours, et l’actualité, de l’artiste.

Parlons de vos débuts. Comment avez-vous atterri dans le monde de la BD, et des comics plus particulièrement ?

J’ai commencé à dessiner pour Totem Comics, un magazine espagnol. J’y ai scénarisé, dessiné des histoires pendant un an. Mais le magazine s’est arrêté. Au même moment, j’ai eu une opportunité de travail avec Marvel UK. Ils avaient besoin d’un nouvel artiste. À cette époque, je ne dessinais pas de super-héros mais j’aimais cet univers. Je lisais des comics depuis mon enfance. J’ai eu le job après avoir envoyé deux de mes dessins… par fax ! (rires)

Vous avez percé sur le marché américain en 1999 avec la première série Deadpool. Vous êtes ensuite passé chez DC où vous avez travaillé sur Wonder Woman, Nightwing, Flash et Ion… Que retenez-vous de ce passage ?

J’ai commencé sur Deadpool car j’avais rencontré l’éditeur lors d’un salon de comics en Espagne. Mon anglais était horrible mais on s’est compris ! (rires) Cet éditeur a eu des difficultés chez Marvel et nous avons dû mettre fin à notre collaboration. Un de mes amis devient agent et nous propose à Vicente Cifuentes (HG Wells, Earth 2…) de nous représenter. Il a montré notre travail à New York. J’ai eu des propositions à la fois chez Marvel et DC. J’ai opté pour DC car je voulais travailler sur Nightwing.

Depuis, vous êtes retourné chez Marvel. Vous avez notamment dessiné Wolverine, X-Men: Kingbreaker et Deadpool. Marvel aime vous donner des projets de l’univers « mutants ». Aimez-vous particulièrement le monde des X-Men ?

Et je termine un dessin de Cable pour un fan, en ce moment-même ! (rires) Au départ, c’est mon agent qui m’a permis de revenir chez Marvel. Au bout d’un certain temps, je me suis séparé de lui. J’ai travaillé seul. Pourquoi les X-Men ? Parce qu’en Espagne, c’étaient les personnages les plus populaires. J’ai adoré la période années 1990, lorsque les créateurs d’Image comme Jim Lee,Rob Liefeld ou Whilce Portacio travaillaient sur les X-Men. Je sais que Liefeld n’est pas très apprécié mais je me suis beaucoup intéressé à cet auteur. Il a marqué le paysage des comics américains. Mon amour pour tous ces artistes m’ont amené vers les mutants.

Abordons l’aspect technique, comment travaillez-vous ?

Quand j’ai commencé à travailler, je faisais appel à des encreurs pour encrer mes dessins. Maintenant, je préfère faire tout moi-même. Pendant des années, j’ai travaillé de manière « classique » : papier, crayon. Mais les procédés modernes sont très efficaces et très utiles. Avec une tablette Cintiq, je peux dessiner et encrer numériquement. C’est plus rapide. Ça donne également plus de liberté. Tu peux essayer des choses, te tromper, recommencer autant de fois que nécessaire. Malgré tout, je commence encore avec un original au rayon bleu, sur une planche. Ensuite, je le scanne et je travaille le reste en numérique.

Et auriez-vous envie d’aller plus loin et de faire la colorisation ?

Non. J’ai repris l’encrage. Mais la couleur demande beaucoup de travail et vous connaissez les délais qu’on nous impose ! De artistes y arrivent mais pour moi, c’est impossible ! (rires)

Deadpool est devenu un phénomène culturel. Il est partout ! On le voit au cinéma, les fans se déguisent en différentes versions durant les festivals… Est-ce que cette « Deadpool mania » a changé votre vision du personnage ?

Pour moi, le film m’a donné des ambitions de réalisme. Je veux avoir une approche graphique plus proche du long-métrage. J’ai commencé à dessiner ce personnage en 2001. À l’époque, c’était tout le contraire : le style exagéré de Liefeld, par exemple. Je pense que tu peux faire ce que tu veux avec Deadpool. Il se prête à toutes les interprétations. Si tu as un style plus cartoon, ça marche. Si tu es plus réaliste, ça fonctionne également. Selon l’envie des scénaristes, on peut tout imaginer pour lui.

C’est donc vous qui avez choisi de faire évoluer votre style pour Deadpool ?

Tout à fait. Je n’ai pas eu de demande spécifique d’un scénariste ou d’un éditeur. Notre travail, c’est la représentation du moment présent, de notre réalité. Quand j’ai débuté, on nous demandait de « hypersexualiser » les femmes. C’était la mode du moment. Aujourd’hui, je ne le fais plus car ça ne correspondait plus à mes valeurs. Ça prouve que l’artiste peut évoluer son style selon ses convictions. Il montre sa sensibilité à un instant T.

Quand vous recevez un scénario, visualisez-vous automatiquement l’histoire ou vous préférez échanger avec le scénariste ?

La collaboration dépend beaucoup du scénariste. Il y a des scénaristes très consciencieux et très concis. Ils veulent quelque chose de spécifique et tu dois t’exécuter. Al Ewing, par exemple, mon scénariste sur You are Deadpool, propose beaucoup de choses. C’est très facile de bosser avec lui. D’autres laissent plus de liberté. Ils te laissent faire le découpage… Mais au dernier moment, l’éditeur peut te demander de changer des choses.

D’ailleurs, on vous a déjà censuré quelque chose ?

Oui, sur Deadpool… Mais je ne peux pas trop en parler ! (rires) Des choses qui ne semblent pas importantes pour nous en Europe, comme une légère nudité, montrer les fesses… Alors qu’aux États-Unis, c’est tabou. Regarde ce qu’il s’est passé sur Batman: Damned !

Devant nous se trouvent vos croquis originaux pour le court métrage servant de prologue au crossover Spider-Geddon, mettant en scène Spider-Man Noir. Comment vous êtes vous retrouvé sur ce projet ?

Quand tu es chez Marvel, les éditeurs peuvent te contacter pour n’importe quel projet. Il m’a demandé si j’avais le temps pour le faire. C’était quelque chose de différent qui m’amusait beaucoup. Ça changeait du quotidien. C’était moins ennuyeux ! J’ai passé un bon moment. Et le numérique facilite les choses sur l’animation. Tu peux jouer sur les calques, garder le même fond, ne modifier que certaines parties des personnages.

L’avez-vous d’ailleurs pensé en terme de planche de BD ou terme de dessin animé ?
Les auteurs m’ont dit que c’était d’abord un comic animé, avec de petites animations : les lèvres, les yeux… Donc j’ai plutôt conceptualisé ça comme une BD. Pour l’animation, les personnages ont plus de rendu, des ombres…

Sur quoi allez-vous travaillé ?
Je viens de donner un coup de main pour terminer la mini-série Venom: First Host. Actuellement, je suis sur l’adaptation en BD d’Avengers: Infinity War. Pour moi, c’est parfait car j’ai envie de dessiner de manière plus réaliste. C’est un bon apprentissage. Et ce n’est pas trop contraignant malgré l’existence du film. Marvel Studios m’a envoyé un catalogue de références, rempli de personnages, décors… Et en plus, j’ai le film à disposition ! C’est drôle car sur mon exemplaire, fourni par Marvel, il y a la mention « © 2018 / Paco Diaz / Property of Marvel » ! Il ne rigole pas avec le piratage ! (rires)

Quel serait le projet de vos rêves ? Il y a-t-il un personnage sur lequel vous aimeriez travailler ?
Je crois que chaque artiste souhaite travailler sur les personnages de sa jeunesse. Pour moi, c’est Captain America de l’époque Sal Buscema, ainsi que Hulk. J’adorerais travailler sur l’un ou l’autre. Malheureusement, on ne me l’a pas proposé ! (rires)

[Propos recueillis par Pierre Bisson]