Annoncé depuis des semaines comme l’épisode de la sortie d’un des acteurs principaux de Walking Dead et même de l’acteur qui symbolise la série, ce cinquième épisode de la neuvième saison joue avec les nerfs des spectateurs, entre visite de visages et d’endroits connus et déploiement de nouvelles pistes. Comment la série pourrait-elle continuer sans sa tête d’affiche, sans la saga familiale des Grimes ? Oui mais il y a un mais…

It’s time to go

Le moment est-il venu pour Rick Grimes de devenir à son tour un de ces morts qui marchent ? C’est cette semaine que l’affaire se décide et il vous faudra attendre jusqu’aux dernières minutes pour le savoir (encore que ce ne soit pas tout à fait la dernière scène, qu’un autre élément vient en oblique lui ravir un peu la vedette ou en tout cas promettre une continuité). Quand vient le moment pour un personnage de Walking Dead de tirer sa révérence, la série fait rarement dans le sobre. Soyons honnête deux secondes, si elle l’avait fait sur ce coup-là, se débarrassant de Rick comme d’une formalité, ce serait sans doute gonflé mais le public le reprocherait sans doute. Seul, gravement blessé à la suite d’une chute qui, en d’autres temps, l’aurait amené à l’hôpital, Rick Grimes se retrouve dans une position presque christique. Blessé au flanc il doit se sacrifier, souffrir le martyr et espérer sauver par la même occasion le royaume des vivants. En attendant il reçoit la visite de ceux qui l’ont précédé dans l’au-delà. Alors qu’il veut sauver ses amis, ceux qu’il n’a pas sauvé viennent tour à tour lui accorder pardon, réconfort ou même le choc émotionnel dont il a besoin.

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Wake up!

Clairement, on n’est pas dans le registre d’Obi-Wan apparaissant à Luke. L’épisode prend plus la route du départ de Tyreese, avec les chers disparus se relayant les uns après les autres. Le problème, c’est que dans le cas de personnages comme Tyreese, on connaissait peu son entourage (autre que sa sœur qui, à l’époque, était bien vivante). Dans le cas de Rick Grimes c’est une autre paire de manches puisqu’il a laissé derrière lui, au fil des années, beaucoup d’amis et d’êtres aimés. On ne listera pas, pour cause de spoilers, la liste des actrices et acteurs qui ont joué le jeu d’un bref retour. On peut parler néanmoins de deux ou trois personnages absents majeurs, avec laquelle la production n’a pas trouvé de terrain d’entente. Et du coup cela manque certainement dans le « passage en revue ». Du coup pas de vision de sa défunte épouse (en tirant un peu sur la corde on peut imaginer qu’il lui a déjà dit adieu en long, en large et en travers à l’époque de la troisième saison) et surtout aucune place pour son fils, le jeune acteur et la production ne s’étant pas quitté en bon terme. Qu’il manque quelques autres amis à l’appel, qu’il ne se souviennent pas forcément d’une Andrea (dont il n’était pas si proche à la TV), c’est le jeu. Mais Glenn ou Abe ne sont pas de la fête non plus et là l’équipe aurait pourtant sans doute pu jouer avec quelques extraits passés, bien choisis.

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You know what it is…

La vision d’un Rick Grimes s’éloignant sur sa monture occupe une bonne partie de l’épisode. Ce canasson qui, on s’en souvient, était hystérique à la fin de l’épisode précédent, précipitant de funestes événements mais qui là, d’un coup, est d’un calme stoïque (même quand les morts-vivants en sont à le toucher) donne une dimension surréelle à l’histoire. A se demander si Rick n’est pas déjà dans l’au-delà. Pourtant ce n’est pas le cas. Et même, la vie continue, avec la poursuite d’autres intrigues, notamment le sort d’Ann/Jadis et aussi la « conversation » tant attendu entre Maggie et Negan. Cette dernière ne fera d’ailleurs pas que des heureux tant l’un(e) des protagonistes en sort amoindri. Il y a pourtant, dans cette rencontre, déjà un peu de la question « que peut-il se passer dans Walking Dead si Rick n’est plus là ? », à l’image du titre de l’épisode.

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What comes after

Finalement AMC et le showrunner sont exactement dans la même position que Rick Grimes menant une horde de zombies et se demandant où il doit les diriger pour sauver ce qui peut l’être (avec un clin d’œil plus qu’appuyé au Pont de la Rivière Kwaï). En ce qui les concernent, eux, la horde à diriger, c’est celle des téléspectateurs dans l’éventualité de la disparition du premier rôle de la série. On pourrait se dire que la série sœur, Fear The Walking Dead, a connu une problématique similaire dans sa dernière saison. La différence c’est que FTWD s’est construite autour d’une chronique familiale (c’est à dire aussi bien sur les parents que les enfants). Tant qu’un des membres de la famille est toujours là, FTWD n’a pas de mal à s’imposer comme une continuation. Walking Dead est le récit d’un regard paternel. La nuance peut paraître mince mais elle est au contraire importante. D’ailleurs pendant une partie de l’épisode les scénaristes semblent faire fausse route en minimisant le départ possible de Rick, en expliquant à voix haute qu’il n’est qu’un petit départ dans une histoire bien plus grande. Mais c’est pour mieux tromper « la horde » du public avant plusieurs tournants importants.

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« What’s your name ? »

D’abord cet épisode voit l’éloignement de deux personnages, pas forcément de la manière attendue. Encore que sur la fin de l’épisode on sente le coup venir et la pirouette qui s’installe. Même si quand le départ se produit on ne peut prétendre être entièrement surpris, il faut reconnaître à la production d’avoir trouvé la voie pour s’assurer un avenir (on n’aura pas de coup à la Bobby Ewing sous la douche). On peut définir la fin de l’épisode à travers ses deux dernières scènes. Il y a d’un côté une scène qui en un sens était prévisible mais nécessaire pour sauver les meubles. Et puis, plus surprenant parce qu’on ne les attendait pas là, il y a aussi un gage pour les lecteurs du comic-book, avec l’arrivée de personnages connus dans l’œuvre d’origine, annonciateurs d’une nouvelle phase de Walking Dead. Surtout, il y a ce sens de la relève, ce symbole que ce pour quoi Rick se bat (ou s’est battu) continue d’avancer. La vision de Rick continue et continuera, soit à travers lui ou via son héritage. De manière étonnante il y a même de la place pour un spin-off (il le faudra si on veut vraiment répondre à certaines questions, rien que la différence entre les « A » et les « B »…). Et pour le coup, à défaut de suivre à la lettre le comic-book, la toute dernière scène montre une volonté de revenir à l’esprit, avec des transferts de fonction d’un personnage à un autre, transferts qui ont l’avantage de paraître légitime. Le tout en reprenant finalement très bien la thématique du générique de cette saison et du temps qui passe, de la nature qui reprend ses droits. Reste à savoir si l’audimat des semaines à venir validera ou pas cette nouvelle direction car, ironiquement, l’épilogue de l’épisode, qui cherche à faciliter la suite de la série, pourrait aussi bien sonner comme une porte de sortie idéale. Est-ce que le public suivra l’histoire ou bien préférera partir avec certains personnages ? Ça, ça n’est pas écrit dans le scénario. L’avantage, c’est que si vous aviez laissé tomber Walking Dead depuis un certain temps et qu’il vous manquait une certaine forme de finalité, « What comes after » joue parfaitement ce rôle. Reste à voir ce que l’avenir réservera, aussi bien dans le récit qu’en terme d’accueil par le public des prochains épisodes..

[Xavier Fournier]