A l’approche du retour d’Uncanny X-Men, qu’en est-il d’Emma Frost ? Faut-il classer l’ex White Queen parmi les ennemis des X-Men ? Si son apparition dans le cycle X-Men Black semble d’emblée l’affirmer, l’histoire commence avec un autre angle tout autre… Emma et les X-Men vont faire leurs courses ensemble pour discuter de la fin du Hellfire Club. Enfin, si tout va bien.

X-Men Black: Emma Frost #1X-Men Black: Emma Frost #1 [Marvel Comics]
Scénario de Leah Williams, Zac Thompson & Lonnie Nadler
Dessins de Chris Bachalo, Geraldo Borges
Parution aux USA le mercredi 31 oct 2018

Disons-le d’emblée, X-Men Black: Emma Frost a un atout formidable, la présence du dessinateur Chris Bachalo pour donner à la fois du corps et un sens d’une certaine fantaisie « bling bling » à une Emma qui, désormais, n’a plus rien d’hystérique mais prépare son retour en force. Le scénario de Leah Williams est, lui, un peu moins stable. Il a des moments de fulgurance mais qui sont, dans le même temps, basé sur un manque de logique. Pourquoi une télépathe accorderait-elle un rendez-vous dans un supermarché à des gens dont elle ignore encore si ce sont toujours ses alliés ? Pourquoi ne pas simplement les contacter par… télépathie ? Et pourtant… dans le même temps, le grain de folie l’emporte. Rogue et Emma Frost discutant de choses et d’autres au rayon bricolage ? C’est décalé et cela fonctionne. Pourtant, assez vite les X-Men sont escamotés et l’on se recentre sur la seule Emma, bien décidée à régler ses comptes avec le Black King du Hellfire Club. Et à ce titre c’est sans doute le chapitre de X-Men Black qui mérite le plus cette appelation. Leah Williams écrit tout cela de façon un peu académique, avec une fin vaguement militante qui ne colle pas vraiment avec ce qu’Emma Frost avait exprimé jusqu’ici. C’est aussi (mais c’est un défaut que l’on peut reprocher pratiquement à tous les spéciaux X-Men Black) une sorte de pas en arrière, sous prétexte de faire le contraire. Magneto, Emma et les autres reviennent à des fonctions déjà bien connues, pour ainsi dire usée. On peut jouer avec les noms (comme le fait ici Williams) mais c’est plutôt du déjà-vu. Reste alors à un Bachalo qui, fidèle à son habitude générale, épice un peu les choses en leur donnant un autre design que le tout-venant des productions superhéroïques. Dans un style peut être un peu plus dépouillé et sobre que ce qu’on lui connait, il fait de sa Emma Frost une sorte de Lady Gaga mutante (surtout dans la première scène). Déjà vu dans l’idée, oui, mais efficace dans l’exécution.

« ..Ah just thought it would be funny. »

Comme ce numéro spécial referme l’opération X-Men Black, c’est aussi, en back-up, le chapitre final de l’histoire consacrée à Apocalypse. Mais là pour le coup autant on espérait, au début de cette aventure, qu’Apo apprendrait quelques leçons, en sortirait un poil changé, « évolué ». Au bout du compte il n’en est rien, le personnage en ressort en prétendant comprendre mieux, désormais, la théorie de la survie du plus méritant (théorie qu’il ressasse pratiquement depuis les années 80, donc rien de nouveau sous le soleil). Zac Thompson & Lonnie Nadler rendent le jouet exactement dans l’état où ils l’ont trouvé et surtout, à la différence de Leah Williams, il n’y a pas cette petite pointe d’humour qui permettrait de prendre les choses avec du recul. C’est trop lisse, sans grande conséquence (malgré le point d’interrogation final) et le dessinateur Geraldo Borges ne peut, à lui seul, réveiller tout cela. Globalement X-Men Black nous rend les ennemis des X-Men dans une version qui échoue depuis trente ans contre les mutants. Reste que rien que l’histoire mise en images par Bachalo ce one-shot-là vaut le détour, à défaut d’avoir une histoire inoubliable.

[Xavier Fournier]