watchmencinea[FRENCH] Mardi 24 février, nous étions parmi les quelques journalistes privilégiés de France à pouvoir découvrir Watchmen : Le Film avant la conférence de Presse en compagnie de l’équipe, présente à Paris ce jour. Impressions à chaud.

Personne ne pourra accuser Zack Snyder d’avoir trahi. Comme il s’y était engagé, son Watchmen est fidèle à l’œuvre originale d’Alan Moore et Dave Gibbons (si ce n’est une ou deux scènes, voir plus bas). Pourtant, on est pris d’une étrange sensation au sortir du film. Peut-être en avions-nous trop attendu ? Difficile à dire. Difficile aussi de dire si une personne n’ayant jamais lu de comics sera à son aise avec Watchmen-le film. Entrons dans le détail voulez-vous ?…

Quelle ère est-il ?
Lorsque le film commence, un meurtre se déroule. Implacable. Le Comédien, super-héros pas vraiment propre sur lui est éliminé froidement par un inconnu. Son enterrement donne l’occasion a ses ex-confrères, les Watchmen, de se rappeler du défunt. Et chacun d’entre eux a une histoire particulière à raconter à son sujet. Dès lors, c’est le début de la fin pour les « héros ». Nous sommes dans un 1985 bien différent de celui que nous avons connu. Bannis par l’acte Keene de 1977, les héros masqués qui avaient si bien servi Nixon, président omniprésent et fraîchement réélu pour un cinquième mandat

Who Watches The Watchmen
Le jeu des erreurs
Même s’il est resté ultra-fidèle, Zack Snyder s’est autorisé quelques modifications.  Le film est globalement plus gore (mais est-ce l’époque qui veut ça ?). Certains traits de caractères ont été soulignés voire grossi, comme l’insinuation de l’homosexualité d’Ozymandias, dès le générique. Egalement le sort final de Rorschach est mis en scène d’une façon différente. Nite Owl est plus ouvertement Batmanien dans son costume mais garde bien la dualité qu’il avait dans la BD d’origine.  En même temps, même si elles sont relativement identiques au comic-book, certaines scènes sonnent moins juste, comme l’un des épilogues, une scène entre Silk Spectre et Nite Owl qui tombe un peu à plat. Au rang des préoccupations des puristes de l’œuvre, la fin est un sujet qui génerera certainement beaucoup de commentaires. La rédaction est d’ailleurs (très modérément) divisée à ce sujet. La solution fournie par Zack Snyder pour remplacer le squid (un monstre tentaculaire géant qui dévaste New York) ne manque pas de sel et a le mérite de la cohérence au sujet (elle répond même à la question « qui surveille le plus puissant des gardiens ? » d’une certaine manière). Mais l’autre versant de la rédaction pense que si élégante soit-elle, cette solution n’ôte pas le fond de naïveté de l’acte final.

Que faut-il en penser ?
Il va sans dire qu’une fois admis qu’on est en présence d’un type bleu se baladant tout nu à l’écran, on peut sereinement accepter le reste. Watchmen-le film, plus encore que la BD, est une œuvre baroque. Certes, le pari de faire tenir 12×22 pages dans 151 minutes était ambitieux et un second visionnage du film dans sa version longue (promise pour le DVD) devrait permettre de rendre du sens à certaines scènes ou parti-pris. Du fait de la narration de l’œuvre originale, le film souffre d’un déséquilibre (avec beaucoup de flashbacks dans la première moitié) et une intensification de l’action vers la fin. On sent que Snyder a eu du mal à faire tenir le propos politique jusqu’au bout, cédant au pur film d’action (certes jouissif) dans le dernier acte.

En définitive certains n’aimeront pas, par principe, que l’oeuvre de Moore & Gibbons soit portée à l’écran mais Snyder fait finalement les moins mauvais des choix et s’en tire honorablement au regard de l’historique dantesque du projet.
Fallait-il adapter les Watchmen ? C’est un autre débat…

[Fabrice Sapolsky/Xavier Fournier]