Review: The Amazing Spider-Man

Review: The Amazing Spider-Man

21 juin 2012 Non Par Xavier Fournier

[FRENCH] Le 4 juillet prochain sortira au cinma le Spider-Man « nouveau », celui de l’re post-Sam Raimi. Un reboot complet de la saga avec une nouvelle variation des origines et l’objectif tangible de vouloir sduire le public adolescent de 2012. Mais pour satisfaire ce plan marketing les scnaristes, eux, n’ont pas montr beaucoup d’ambition, accouchant d’un rcit tarabiscot ou l’improbable vient rgulirement rendre visite l’illogique…

Jadis, quand on changeait l’acteur incarnant James Bond, on n’en profitait pas chaque fois pour nous rejouer ses origines tous les trois films. L’poque a chang et de nos jours les studios de production prfrent prsenter leur public des « trilogies » qu’on pourra leur refiler plus tard par coffrets entiers. La trilogie des Sam Raimi s’tant termine, Sony a dcid non pas d’enchaner avec un nouveau chapitre de la vie de Spider-Man mais bien de faire un « reboot ». Peter Parker doit visiblement rester ternellement un teen-ager. Soit. Mais fallait-il nous refaire la totale, la morsure d’araigne, la dcouverte des pouvoirs et des responsabilits ? A mon avis non mais en un sens peu importe. Ce qui frappe donc ds les premires minutes du Amazing Spider-Man de Marc Webb, c’est le ct « jeune premier » du nouveau Peter Parker (faon Robert Pattinson jeune).

On sent bien que le studio mise normment sur la bouille de l’acteur (Andrew Garfield) pour conqurir les jeunes filles. Du coup, le Peter Parker en « marge » ne semble pas trs crdible. A part deux ou trois prises de bec avec Flash Thompson, ce Parker l est un skateur avec un look de publicit pour un gel capillaire. Ce n’est pas LE Peter Parker classique, c’est certain, mais ca ne colle pas avec la logique interne du scnario : Pourquoi ce Peter l n’aurait-il pas le moindre ami avant que Gwen Stacy lui adresse la parole ? Mystre.

Et c’est rapidement a qui va poser problme : la logique interne du scnario. Ou plutt son absence. Ds les premires scnes Peter Parker se comporte d’une manire totalement incohrente et cultive les secrets, les mensonges, l o il n’en a pas besoin…

Franchement, le scnario donne l’impression d’avoir t invent l’envers, en rajoutant au fur et mesure des scnes pour justifier un moment qui va suivre. Exemple : Peter Parler cherche faire la connaissance du Professeur Connors (Rhys Ifans). Plutt que de tlphoner sa secrtaire et de tenter d’obtenir un rendez-vous. Le dit Parker s’invite donc au laboratoire, emprunte l’identit d’un stagiaire et part dans un dlire d’imposture totalement inutile. Plus tard, il est forcment pris du besoin de pntrer dans une aile spciale du labo, sans demander le moindre renseignement, puis, mieux, de s’introduire dans une pice alors que les combinaisons disposes l’entre dmontrent au premier coup d’oeil qu’il y a une possibilit de contamination. Quand Peter revient du labo ? Est-ce qu’il se contente de dire ses tuteurs qu’il a simplement tent de rencontrer Connors ? Non, il s’enferme dans un mutisme total. Et a c’est avant mme de devenir officiellement Spider-Man. Ce Peter Parker l semble tre un menteur pathologique, avec une incroyable capacit se compliquer la vie. Ce n’est absolument pas (comme j’ai pu commencer le voir dans une ou deux chroniques assez condescendantes pour la jeunesse) une expression d’une rbellion. Parker se comporte ds le dbut comme s’il se croyait dans un film d’espions. Ce n’est pas l’expression d’une rbellion ou d’un trait de caractre. Seulement voil, si Peter s’tait content de tlphoner Connors pour prendre rendez-vous, le droulement du film s’effondrait. Mais il n’est pas la seule victime de ce syndrme. Connors lui-mme attends d’avoir test sa dcouverte et constat qu’elle marche pour… tenter de joindre son suprieur pour l’empcher de reproduire l’exprience. Il n’y a gure que Gwen Stacy (Emma Stone) qui semble avoir la tte sur les paules.

Ca ne veut pas dire que le film est mauvais jusqu’ la trogne. Il y a mme des trouvailles ou des moments plutt biens vus (la cration des lance-toiles et l’effet dynamique qui suit leur utilisation, la camo de Stan Lee, l’apparition fugace des parents). A n’en pas doute cet Amazing Spider-Man a toutes les chances de bien fonctionner sur le plan commercial (avec la machine Sony derrire lui). Mais il me fait un peu l’effet du Green Lantern de l’an dernier, avec des raccords scnaristiques assez abruptes, des volutions de personnages totalement soudaines. Flash Thompson passe de la franche dtestation de Parker une attitude « gimme five » qui fait qu’on se demande o est passe la bobine manquante. Quand a arrange le scnario, la toile de Spider-Man est indestructible, rsiste… dans d’autres moments elle disparait d’un plan l’autre parce que sinon Peter serait dmasqu facilement. Tiens, d’ailleurs, dmasqu… parlons-en… Cet Amazing Spider-Man semble apporter un nouvel tage dans la tendance du « dmasquage » du super-hros. Allez, si, vous savez, quand les hros Marvel apparaissent dmasqus sur les affiches parce que ca fait plus grand public ? Et bien l, on sent la chose l’intrieur du film. Le prcdent Spider-Man n’avait dj pas de problme pour poser son masque dans certaines scnes mais l, ce Peter l l’art et l manire de poser sa cagoule toutes les sauces (mme quand il y a risque qu’un personnage extrieur dbouche du couloir), toujours pour montrer le plus possible le jeune premier… Y compris quand ca ne colle pas avec le scnario (« hmm une scne prcdente m’a dmontr la ncessit d’un masque et je viens d’ailleurs de m’en inventer un mais si j’allais tester ma toile au dessus des rues en costume de ville, juste parce que je viens de dmontrer que ce n’est pas la chose faire ? »).

Arriv ce stade on aura compris que mon problme n’est pas, n’est plus, avec la redite des origines. Allez, mme un Peter Parker succombant un besoin de jeunisme, OK. Mettons que je serais preneur si ce satan scnario se donnait la peine de justifier un peu plus les choses. Non pas pour tout « expliquer » comme si nous tions des enfants de 5 ans mais bien pour ngocier, rsoudre, des lments en contradiction ou la crdibilit trs relative. Il faut le dire, la ralisation de Marc Webb n’est pas non plus d’une fraicheur absolue, dans le sens o, pour le coup, elle se contente de ressasser des effets dj vu sur plusieurs films. Un petit bout de Raimi par ci (par exemple Connors est finalement trs proche du Octopus de Raimi), un petit bout de Favreau par l… Le tout dbouchant parfois sur des enchanements assez prvisibles (Ex: on voit la tour Oscorp sur un cran d’ordi et on sent l’avance l’effet de fondu avec la vraie tour). Les plans sont finalement bien moins inventifs que la bande annonce le laissait croire (et la 3D est, comme souvent, inutile). The Amazing Spider-Man est donc irrmdiablement un film de studio, qui semble avoir sacrifi beaucoup de chose en se concentrant sur sa cible d’audience… Mais pas tellement une histoire construite et cohrente. C’est finalement trs poussif. Je reconnaitrais cet Amazing Spider-Man un mrite : celui de ne pas avoir les longueurs (le ct « deux films compresss en un ») du Spider-Man 3 de Raimi. Celui de Webb est plus condens. Dommage la logique semble tre superflue… Et on aurait apprci un peu d’me dans tout a…

[Xavier Fournier]

The Amazing Spider-Man, de Marc Webb, avec Andrew Garfield, Emma Stone, Rhys Ifans (Sortie le 4 juillet 2012)