[FRENCH] Le 4 juillet prochain sortira au cinéma le Spider-Man « nouveau », celui de l’ère post-Sam Raimi. Un reboot complet de la saga avec une nouvelle variation des origines et l’objectif tangible de vouloir séduire le public adolescent de 2012. Mais pour satisfaire ce plan marketing les scénaristes, eux, n’ont pas montré beaucoup d’ambition, accouchant d’un récit tarabiscoté ou l’improbable vient régulièrement rendre visite à l’illogique…

Jadis, quand on changeait l’acteur incarnant James Bond, on n’en profitait pas à chaque fois pour nous rejouer ses origines tous les trois films. L’époque a changé et de nos jours les studios de production préfèrent présenter à leur public des « trilogies » qu’on pourra leur refiler plus tard par coffrets entiers. La trilogie des Sam Raimi s’étant terminée, Sony a décidé non pas d’enchaîner avec un nouveau chapitre de la vie de Spider-Man mais bien de faire un « reboot ». Peter Parker doit visiblement rester éternellement un teen-ager. Soit. Mais fallait-il nous refaire la totale, la morsure d’araignée, la découverte des pouvoirs et des responsabilités ? A mon avis non mais en un sens peu importe. Ce qui frappe donc dès les premières minutes du Amazing Spider-Man de Marc Webb, c’est le côté « jeune premier » du nouveau Peter Parker (façon Robert Pattinson jeune).

On sent bien que le studio mise énormément sur la bouille de l’acteur (Andrew Garfield) pour conquérir les jeunes filles. Du coup, le Peter Parker en « marge » ne semble pas très crédible. A part deux ou trois prises de bec avec Flash Thompson, ce Parker là est un skateur avec un look de publicité pour un gel capillaire. Ce n’est pas LE Peter Parker classique, c’est certain, mais ca ne colle pas avec la logique interne du scénario : Pourquoi ce Peter là n’aurait-il pas le moindre ami avant que Gwen Stacy lui adresse la parole ? Mystère.

Et c’est rapidement ça qui va poser problème : la logique interne du scénario. Ou plutôt son absence. Dès les premières scènes Peter Parker se comporte d’une manière totalement incohérente et cultive les secrets, les mensonges, là où il n’en a pas besoin…

Franchement, le scénario donne l’impression d’avoir été inventé à l’envers, en rajoutant au fur et à mesure des scènes pour justifier un moment qui va suivre. Exemple : Peter Parler cherche à faire la connaissance du Professeur Connors (Rhys Ifans). Plutôt que de téléphoner à sa secrétaire et de tenter d’obtenir un rendez-vous. Le dit Parker s’invite donc au laboratoire, emprunte l’identité d’un stagiaire et part dans un délire d’imposture totalement inutile. Plus tard, il est forcément pris du besoin de pénétrer dans une aile spéciale du labo, sans demander le moindre renseignement, puis, mieux, de s’introduire dans une pièce alors que les combinaisons disposées à l’entrée démontrent au premier coup d’oeil qu’il y a une possibilité de contamination. Quand Peter revient du labo ? Est-ce qu’il se contente de dire à ses tuteurs qu’il a simplement tenté de rencontrer Connors ? Non, il s’enferme dans un mutisme total. Et ça c’est avant même de devenir officiellement Spider-Man. Ce Peter Parker là semble être un menteur pathologique, avec une incroyable capacité à se compliquer la vie. Ce n’est absolument pas (comme j’ai pu commencer à le voir dans une ou deux chroniques assez condescendantes pour la jeunesse) une expression d’une rébellion. Parker se comporte dès le début comme s’il se croyait dans un film d’espions. Ce n’est pas l’expression d’une rébellion ou d’un trait de caractère. Seulement voilà, si Peter s’était contenté de téléphoner à Connors pour prendre rendez-vous, le déroulement du film s’effondrait. Mais il n’est pas la seule victime de ce syndrôme. Connors lui-même attends d’avoir testé sa découverte et constaté qu’elle marche pour… tenter de joindre son supérieur pour l’empêcher de reproduire l’expérience. Il n’y a guère que Gwen Stacy (Emma Stone) qui semble avoir la tête sur les épaules.

Ca ne veut pas dire que le film est mauvais jusqu’à la trogne. Il y a même des trouvailles ou des moments plutôt biens vus (la création des lance-toiles et l’effet dynamique qui suit leur utilisation, la caméo de Stan Lee, l’apparition fugace des parents). A n’en pas doute cet Amazing Spider-Man a toutes les chances de bien fonctionner sur le plan commercial (avec la machine Sony derrière lui). Mais il me fait un peu l’effet du Green Lantern de l’an dernier, avec des raccords scénaristiques assez abruptes, des évolutions de personnages totalement soudaines. Flash Thompson passe de la franche détestation de Parker à une attitude « gimme five » qui fait qu’on se demande où est passée la bobine manquante. Quand ça arrange le scénario, la toile de Spider-Man est indestructible, résiste… dans d’autres moments elle disparait d’un plan à l’autre parce que sinon Peter serait démasqué facilement. Tiens, d’ailleurs, démasqué… parlons-en… Cet Amazing Spider-Man semble apporter un nouvel étage dans la tendance du « démasquage » du super-héros. Allez, si, vous savez, quand les héros Marvel apparaissent démasqués sur les affiches parce que ca fait plus grand public ? Et bien là, on sent la chose à l’intérieur du film. Le précédent Spider-Man n’avait déjà pas de problème pour poser son masque dans certaines scènes mais là, ce Peter là à l’art et là manière de poser sa cagoule à toutes les sauces (même quand il y a risque qu’un personnage extérieur débouche du couloir), toujours pour montrer le plus possible le jeune premier… Y compris quand ca ne colle pas avec le scénario (« hmm une scène précédente m’a démontré la nécessité d’un masque et je viens d’ailleurs de m’en inventer un mais si j’allais tester ma toile au dessus des rues en costume de ville, juste parce que je viens de démontrer que ce n’est pas la chose à faire ? »).

Arrivé à ce stade on aura compris que mon problème n’est pas, n’est plus, avec la redite des origines. Allez, même un Peter Parker succombant à un besoin de jeunisme, OK. Mettons que je serais preneur si ce satané scénario se donnait la peine de justifier un peu plus les choses. Non pas pour tout « expliquer » comme si nous étions des enfants de 5 ans mais bien pour négocier, résoudre, des éléments en contradiction ou à la crédibilité très relative. Il faut le dire, la réalisation de Marc Webb n’est pas non plus d’une fraicheur absolue, dans le sens où, pour le coup, elle se contente de ressasser des effets déjà vu sur plusieurs films. Un petit bout de Raimi par ci (par exemple Connors est finalement très proche du Octopus de Raimi), un petit bout de Favreau par là… Le tout débouchant parfois sur des enchaînements assez prévisibles (Ex: on voit la tour Oscorp sur un écran d’ordi et on sent à l’avance l’effet de fondu avec la vraie tour). Les plans sont finalement bien moins inventifs que la bande annonce le laissait croire (et la 3D est, comme souvent, inutile). The Amazing Spider-Man est donc irrémédiablement un film de studio, qui semble avoir sacrifié beaucoup de chose en se concentrant sur sa cible d’audience… Mais pas tellement à une histoire construite et cohérente. C’est finalement très poussif. Je reconnaitrais à cet Amazing Spider-Man un mérite : celui de ne pas avoir les longueurs (le côté « deux films compressés en un ») du Spider-Man 3 de Raimi. Celui de Webb est plus condensé. Dommage la logique semble être superflue… Et on aurait apprécié un peu d’âme dans tout ça…

[Xavier Fournier]

The Amazing Spider-Man, de Marc Webb, avec Andrew Garfield, Emma Stone, Rhys Ifans (Sortie le 4 juillet 2012)