Avant-Première VO: Review Earth 2: Society Annual #1

5 septembre 2016 Non Par Xavier Fournier

Le Batman d’Earth 2 a finalement retrouvé son fils. C’est l’occasion de lui expliquer comment il est devenu le dernier Batman en date, dans un récit qui est d’une certaine manière s’impose mais, à un autre niveau semble maladroit. Batman est-il plus concerné par l’idée de raconter son « job », par le double emploi potentiel avec Huntress ou bien par ses retrouvailles avec le fiston ?

Earth 2: Society Annual #1 [DC Comics]
Scénario de Dan Abnett
Dessins de Bruno Redondo et Diogenes Neves
Parution aux USA le mercredi 31 août 2016

Cela fait maintenant un long moment (à vue de nez, disons à peu près au moment où James Robinson a claqué la porte d’Earth 2) que les réactions des personnages liés à la seconde Terre de DC ont beaucoup en commun avec celles des héros des… Chevaliers du Zodiaque. La référence peut surprendre mais si on y regarde bien, les protagonistes de Saint Seiya ont l’art et la manière de se préoccuper avant tout de la progression des pouvoirs des uns et des autres. Ce qui donne régulièrement, pour caricaturer : « Ciel, mon frère est devenu le nouveau Chevalier de plomb rouillé » ou, alternativement « Ciel, il maîtrise désormais la technique de la langouste frénétique, comment le battre ? ». Depuis quelques années, Earth 2 est passé dans un mode de narration similaire, avec introduction de nouveaux personnages, démonstration ou perte de pouvoirs, Green Lantern (ou un autre personnage, mais souvent Green Lantern) qui joue les Deus Ex Machina pour régler la situation, avant que l’on retourne, en boucle, au début du processus et sans que la mentalité des héros soit forcément mise en avant. Green Lantern joue allumé-éteint » avec ses pouvoirs, le Superman local, Val-Zod, fait un peu de même et on avance au petit bonheur la chance en attendant de voir si c’est Power Girl ou Captain Steel qui va ramasser dans cet épisode. Earth 2: Society Annual #1 est symptomatique de cette approche à la « mais parlons plutôt de mes pouvoirs » puisqu’aussitôt après avoir retrouvé son fils (celui qu’il se désespérait d’avoir perdu), le premier réflexe de Dick Grayson est d’emmener le garçon dans la Batcave pour lui expliquer les tenants et les aboutissants de la Bat-Dynastie. C’est à dire que le costume l’emporte sur le sens de l’humain. Bien sûr que Grayson est obligé d’expliquer à son fils pourquoi et comment ce dernier le retrouve dans le rôle de Batman. Mais la chose est expliquée de manière traînante et incomplète (dans son récit Dick Grayson arrive à faire totalement l’impasse sur Convergence) et les implications sont assez peu gérées.

« It seemed to make sense. Take two broken stories and make one good one out of them. »

Premièrement, une longue partie de cet Annual consiste à exposer les complexes que Grayson entretient, étant d’une part en concurrence avec des personnages surhumains et de l’autre avec des héros humains mais qui s’entraînent depuis des décennies à ce rôle. Tout se passe comme si Abnett considérait Grayson avant tout comme un handicapé ne pouvant pas réellement marcher sans son costume. Alors que la lecture de Convergence et la scène où Telos réparait la colonne vertébrale de Dick laissait entendre qu’il l’avait au passage amélioré. Techniquement, Grayson serait donc un surhumain, un personnage « augmenté » ce qui lui permettrait de contrebalancer son peu d’expérience. Mais le scénariste ne l’entend pas de cette oreille. C’est un choix mais c’est dommage car cela dévalue Grayson en un sens. A plus forte raison maintenant qu’il a un fiston à superpouvoirs. Plus important : le père et le fils ne semblent pas spécialement mesurer l’idée que la boite de Pandore de Fury peut ramener les choses à ce qu’elles étaient avant la destruction de leur planète précédente, y compris peut-être la population disparue. En clair, pour ce qu’ils en savent, le coffret de Fury pourrait ramener à la vie Barbara, l’épouse de Dick et la mère de John… mais cela leur échappe complètement. Et c’est finalement bien le problème d’Earth 2 dans sa globalité. Ce n’est pas spécialement la faute d’Abnett, ce syndrome c’était installé avant son arrivée sur le titre, mais les personnages préfèrent discuter de l’état de leurs pouvoirs et de leurs costumes plutôt que d’enjeux personnels, qui pourtant devraient être mentionnés. Là où Abnett est plus directement responsable, c’est dans la nature artificielle de cette réunion père-fils. Oui, le fiston a tout lieu d’être rassuré par l’idée que son papa c’est Batman. Mais les choses sont posées avec assez peu d’émotion. Cela souffre de la comparaison avec d’autres titres comme Jupiter’s Legacy, par exemple, où l’aspect générationnel est véritablement utilisé pour redécouvrir une forme d’espoir. Toute l’émotion du passage « je me sens rassuré parce que mon papa c’est Batman » est gommée, amoindrie, parce que le père, en face, rétorque par « mais regarde plutôt mon nouveau costume ». Ce n’est pas un mauvais annual. Les dessins sont même plutôt sympathiques. Mais il est symptomatique du fait que Earth 2 est, à plus d’un niveau, un monde artificiel.

[Xavier Fournier]