A quelques jours des élections aux USA, DC Comics publie ce Catwoman: Election Night qui navigue entre deux eaux. D’un côté on peut se réjouir que Selina Kyle, qui n’a plus de série régulière, ne reste pas dans les limbes. Mais inversement il est difficile de pas trouver à l’affaire un parfum d’opportuniste et de promesse non tenue…

Avant-Première VO: Review Catwoman: Election Night #1Catwoman: Election Night #1 [DC Comics]
Scénario de Meredith Finch, Mark Russell
Dessins de Shane Davis, Ben Caldwell
Parution aux USA le mercredi 2 Novembre 2016

Ce numéro spécial a une petite histoire qu’il convient de connaître. A l’origine, il y avait la version de The Prez, série sortie dans la « ferveur » de DCYOU et rattrapée par le réalisme d’un lectorat aux abonnés absents. L’éditeur a donc dû arrêter les frais malgré un succès critique et avait promis de revenir à The Prez via un numéro spécial au moment des élections. L’idée était bonne mais le fait est qu’on pouvait douter des chances de succès commercial. Si bien que DC a changé son fusil d’épaule et a repackagé la chose en ce Catwoman: Election Night #1, qui contient d’une part une histoire de Catwoman et de l’autre The Prez. En refaisant l’historique, on comprend pourquoi. Mais reste qu’à quelques jours de savoir qui, de Donald Trump ou Hillary Clinton va gagner les élections présidentielles, on nous propose donc, en ouverture, cette histoire vraiment peu ambitieuse qui traite… des élections à Gotham, avec le Pingouin tentant de se faire élire maire. Bref, rien à voir avec les élections qui sont dans les préoccupations du public et sortir un « Election Night » dans le contexte actuel est sacrément trompeur. Et pour le coup Meredith Finch ou Shane Davis n’y sont pour rien : La responsabilité est bien éditoriale. On sort ce truc en dépit du bon sens, parce qu’il le faut, et on valide une histoire sans se poser la question de sa pertinence. S’en suit alors une aventure à Gotham, qui n’a pas grand-chose à voir avec le sujet et qui s’intéresse beaucoup à l’époque où Selina était petite et admirait une « dame à chats » nommée Miss Kitty. Ce n’est pas foncièrement mauvais, c’est le genre d’histoire qui aurait trouvé sa place dans les anciens « 80 Pages Special » de DC il y a une quinzaine d’années. Mise à part l’idée caricaturale de coller un gros nœud papillon dans la chevelure de la jeune Selina « parce que tu comprends de loin ça fait comme des oreilles de chat », ce n’est pas tant qu’il y aurait des défauts intrinsèques que le sentiment global d’un hors sujet, d’un refus de s’impliquer. Et la dernière scène tente laborieusement de sauver la face en raccrochant les choses comme une sorte de préquelle de The Prez.

« Penguin running for Mayor! What is he thinking? It’s got to be a gag! »

L’ambition est déjà nettement supérieure avec le segment de Prez, qui à défaut d’évoquer l’élection à venir dans les prochains jours, joue la carte de la parabole et comment des morts par balles et la libre circulation des armes, le contrôle des naissances et ce genre de choses peuvent devenir des arguments de polémique dans la vie politique. Il y a clairement quelque chose de militant dans ce récit, au pays où les armes font partie de la constitution, une sorte de rappel de certaines libertés ou de choses qui devraient être évidentes. Mais d’une part l’histoire de Prez ne suffit pas à faire décoller l’ambiance après le démarrage lent via Catwoman. Et inversement, quand on se souvient du plan d’origine qui était de publier une histoire de Prez au moment des élections, on se demande bien ce qui ferait la spécificité « électorale » de ce récit s’il était supposé vivre de façon autonome. Lui non plus n’est pas mauvais. Les anciens lecteurs de Prez devraient s’y retrouver. Mais enfin pour un spécial estampillé « élection », on se dit que DC l’a joué « cold feet », a laissé attendre un engagement qui ne vient pas, ou qui vient peu. « jouons la politique, c’est tendance mais oulah attention ne prenons pas position ». Il y a plus de nerfs, de pertinence sociale, dans un épisode de Captain America: Sam Wilson ou d’Occupy Agengers. A 4,99$ le special, c’est cher pour ce que c’est. Et ce n’est pas à la hauteur de ce qu’on pouvait attendre.

[Xavier Fournier]