[FRENCH] Le 13 septembre 1999, les déchets radioactifs stockés à la surface de la Lune ont explosés, propulsant le satellite naturel de la Terre dans l’espace. Connu en France sous le titre de Cosmos 1999, cette série TV anglaise eut droit à son propre comic-book américain, chez Charlton. Aux commandes, un certain John Byrne.

Space: 1999, dans les années 70, c’était un petit phénomène : un feuilleton TV britannique qui arrivait à occuper la place laissée vacante par l’arrêt de Star Trek (enfin au moins pour la première saison, assez imaginative, la seconde étant nettement moins inspirée). Et pour cause : derrière le concept on trouvait Gerry & Sylvia Anderson, déjà producteurs, entre autres, des Sentinelles de l’Air (les Thunderbirds). Ils s’y étaient fait les dents en terme d’effets spéciaux et de vaisseaux de toutes les sortes. Les acteurs américains Martin Landau et Barbara Bain (anciens de Mission Impossible) étaient à la tête de la Base Alpha, coincés sur une Lune qui dérivait en dehors du système solaire, comme un boulet qu’on aurait tiré dans l’espace. Et comme la série était diffusée également aux USA, l’éditeur Charlton (qui avait par ailleurs les licences de « l’Homme qui valait 3 Milliards » et de « Super Jaimie ») mis sur pied une BD dérivée, dans un premier temps confiée au scénariste Nick Cuti et au dessinateur Joe Staton. Mais à partir du numéro #3, c’est un autre illustrateur qui prit la relève… Staton voulait dessiner les aventures de Steve Austin, l’Homme qui valait 3 Milliards tandis que John Byrne était fan de l’esthétique de Cosmos 1999 (sans en avoir vu, alors, un épisode). Du coup Charlton joua aux chaises musicales…

Début 1976, John Byrne n’était pas « LE » John Byrne. Il avait tout juste commencé chez Marvel (Giant Size Dracula #5) mais ne s’était pas encore vu confier les Uncanny X-Men. Il avait encore un pied chez l’éditeur qui l’avait jusqu’ici employé, Charlton Comics.  D’où le fait qu’on lui confie cette série… Et quand on ouvre Space: 1999 #3, le Commandant Koenig (joué par Martin Landau), le docteur Helena Russell (Barbara Bain) et leur ami, le Professeur Victor Bergman (Barry Morse) sont en train d’inspecter une nouvelle planète. La base des aventures des gens de la Base Alpha était souvent la même : repérer les mondes qu’ils croisaient dans l’espoir de trouver un endroit semblable à la Terre où ils pourraient s’installer. Dans les premières pages on reconnait peu le style du jeune Byrne. Et pour cause : pour faciliter la transition on a demandé à Joe Staton de redessiner les visages des trois rôles principaux (à l’exception de la couverture, où c’est bien Byrne qui a dessiné les têtes). C’est en particulier flagrant sur le visage de Victor Bergman, dessiné dans un style moins marqué, où l’on sent plus l’intervention d’une photographie comme modèle.

Dès la troisième page, par contre, on sent qu’il y a du Byrne quelque part là-dessous : les trois explorateurs ont été faits prisonniers d’une sorte de zoo cosmique. Ils se sont approchés d’une sorte de table qu’on avait dressé pour eux puis se sont retrouvé coincés dans une fleur de métal, avant de se réveiller dans une sorte d’arche de Noé, où chaque cellule renferme un couple d’une race différente. Globalement, l’histoire tiendrait sur un timbre poste et à bien des égards ressemble à un mélange de divers épisodes du feuilleton TV : Le Commandant Koenig et ses ouailles font la connaissance des autres prisonniers du zoo, réunis par couples à l’exception de deux cellules. La leur (où ils sont trois) et celle d’un certain Kloors. Le design des aliens, à la différence du visage des humains, respire le style de Byrne. On sent déjà les éléments qu’on trouvera dans ses pages plus tardives de Star-Lord. C’est ce sens du design très « Byrné » qui donne d’ailleurs tout son intérêt à la publication, tant l’histoire est académique. Très vite les différentes races s’allient pour tenter une évasion qui va permettre de démasquer d’eux d’entre eux qui faisaient seulement semblant d’être prisonniers. Ce sont eux les véritables propriétaires du vaisseau dans lequel ils se trouvent tous depuis qu’ils sont dans ce « zoo ».

Les geôliers se retrouvent donc prisonniers des cages tandis que les extra-terrestres prennent le control du vaisseau, laissant les humains repartir vers la Base Lunaire Alpha. Non sans que ces derniers méditent sur le fait que l’intelligence peut prendre bien des formes (ce qu’en théorie ils savaient déjà puisque ce n’est pas le premier épisode et qu’ils ont quand même croisé déjà leur lot d’aliens). Au numéro 6 de ce comic-book, John Byrne accéderait au rang de scénariste/dessinateur (et on ne redessinerait plus ses visages) mais Marvel commençait déjà à lui faire les yeux doux… Et le comic de Cosmos  1999, lui, périclitait. Il n’y avait pas photo, Byrne s’en alla ailleurs, se concentrant sur les aventures d’Iron Fist (avant de tourner son attention vers les X-Men). Tandis que les gens de la Base Alpha cherchaient une nouvelle Terre, John Byrne, lui, avait migré vers un autre univers.

Ironiquement John Byrne n’est pas le seul… « John » Byrne qui ait joué un rôle dans le destin de Cosmos 1999. Il se trouve que le script editor de la série télévisée se nommait Johnny Byrne (heureusement qu’il n’avait pas raccourci son prénom, cela évite la confusion totale). Ce même Johnny (et donc pas John) a écrit il y a 9 ans à un court métrage servant d’épilogue à l’univers de Space: 1999 (visionable ici si certains cherchaient à être fixés sur le sort ultime des personnages), prenant la forme d’un dernier message envoyé par les habitants de la Base Alpha alors qu’ils l’abandonnent pour s’installer, enfin, sur la planète habitable semblable à la Terre qu’ils cherchaient…

[Xavier Fournier]