[FRENCH] Bien avant le TV show Prison Break, il y avait… le comic book. Non pas que cette BD des années 50 soit directement liée aux aventures de Michael Scofield mais cette série publiée par Realistic Comics avait pour thématique les évasions de prison, à raison de 3 ou 4 par numéro. Une anthologie dans laquelle on croise… la mémé de Mary-Jane Watson ? « Face it, tigress… »

Au début des années 50 de nombreux éditeurs de comics se tournaient vers des récits réels ou, à défaut, présentés comme réalistes. C’était la grande époque des Crime Comics, tendance qui leur serait reprochée plus tard par les milieux conservateurs. Bien que la plupart d’entre eux se terminent par une morale (le gangster finissait par payer pour ses crimes), certains préféraient voir dans ces revues des « vitrines pour le crime ». Et tant pis si en définitive on montrait que le crime menait à l’échec. Les censeurs préféraient sans doute ne pas lire jusqu’à la fin de l’histoire. Les Crimes Comics étant une mode, les différents éditeurs furent à un moment obligé de créer des revues « spécialisées », avec des thèmes identifiables, pour éviter qu’on les confonde avec la concurrence. Un peu à la manière de la trame des séries de Law & Order (New York Section Criminelle, New York Unité Spéciale…) se dégagèrent alors des concepts. Certaines séries ne parlaient que de tribunaux, d’autres préféraient se concentrer sur les femmes criminelles… Et le gimmick de Prison Break était donc « l’évasion » selon une trame présentant invariablement les événements qui avaient amené le coupable en cellule, son projet d’évasion et enfin les circonstances de sa recapture.

Dans Prison Break #4, le récit qui nous intéresse met en scène une certaine… Betty-Jane Watson. Déjà, bien sûr, le nom est un tantinet familier. Et puis il y a la couverture qui a pour protagoniste une jolie prisonnière rousse. Il serait facile de lui trouver un air de ressemblance marquée avec l’ex-épouse de Spider-Man. Malheureusement à l’intérieur le rapprochement physique est moins frappant. Betty-Jane Watson est blonde et, si elle devait ressembler à un personnage de l’univers de Spider-Man, ce serait plutôt à Gwen Stacy. Et pourtant il y a un vrai point commun avec Mary-Jane : Betty-Jane est elle aussi en permanence associée à une tigresse (alors que la phrase type de MJ est de traiter son amoureux de tigre). D’ailleurs en fait le surnom de Betty-Jane est « The Jail-Breaking Tiger » (le tigre fuyard de prison) plutôt que « Tigresse ». Betty-Jane a donc un tigre dans le moteur et ceci nous est prouvé dès les premières pages, quand elle est montrée en train de battre les gardes de sa prison avec un bâton. Mieux vaut ne pas se trouver dans son périmètre, c’est un vrai danger public.

Les gardiens s’interrogent sur la férocité de cette belle blonde et on nous explique rapidement que c’est une fugueuse qui a été recueillie par un gang. Très rapidement elle a monté les échelons au point de s’occuper de l’intendance et de tirer elle-même des rafales de mitraillettes aussi bien sur la police que sur les otages des banques attaquées. Un jour cependant le gang est encerclé par la police et Betty-Jane reste derrière pour ralentir les forces de l’ordre, se sacrifiant pour ses complices. Un soupçon d’altruisme ? Oui et non. Betty-Jane est amoureuse de Charlie, le patron du gang. Elle préfère qu’il s’échappe.

C’est ce qui nous ramène à la prison pour femmes dans laquelle Betty-Jane est maintenant internée. Elle n’a qu’une idée, s’échapper, au besoin en provoquant un soulèvement en masse des prisonnières. Mais le reste des femmes est bien moins téméraire que « BJ ». Il faut donc que la criminelle attende qu’un jour un des fermiers livrant la prison lui glisse un sac contenant un revolver. Une conduite bizarre pour un fermier ? Au contraire, tout s’explique quand on voit que le fermier n’est autre que Charlie. BJ cache l’arme et, un soir, enfin, elle peut mettre en marche son plan. Prétextant un malaise, elle arrive à s’isoler avec une gardienne puis la neutralise avant de s’enfuir vers l’issue de la prison (comme les événements se déroulent – nous dit-on – en 1949, la technologie de la sécurité est très relative). De l’autre côté des grilles elle rejoint Charlie et ils s’enfuient…

On nous explique ensuite que la police va arrêter les membres de leur gang pendant des semaines, ce qui va mener à la piste de Betty-Jane et Charlie. En fait, il s’agit d’une explication en « voix off » qui me semble surtout destinée à justifier une faiblesse de la narration. En effet, dans la scène suivante Charlie et BJ sont dans les marais en train de déterrer leur magot et la police s’approche sans que les deux gangsters en aient conscience. En fait le danger est tout autre pour Charlie. Betty-Jane l’abat en lui disant qu’elle sait très bien ce qu’il a fait pendant les mois qu’elle a passé en prison (comprenez que Charlie n’est pas totalement resté célibataire). Alors que Charlie s’écroule à ses pieds, Betty-Jane est capturée à nouveau par la police. Elle repasse devant le juge et est rapidement renvoyé en prison, cette fois en plus pour le meurtre de son complice. Et l’histoire ne dit pas si le « le tigre fuyard de prison » s’évadera une nouvelle fois. Sans doute que non.

L’histoire en fait ne dit pas non plus totalement si Betty-Jane Watson est un personnage réel. A l’époque les éditeurs aimaient bien laisser planer le doute, comme si les récits de crimes avaient été une sorte de reportage graphique. Je n’ai pas trouvé de preuve de l’existence de CETTE Betty-Jane Watson. Pas trouvé preuve du contraire non plus. Mais en cherchant j’ai remarqué que plusieurs des criminels montrés dans Prison Break avaient, comme par hasard, des noms identiques à certains acteurs (pour la plupart spécialisés dans les seconds rôles). En l’occurrence il y a bien une actrice nommée Betty-Jane Watson dont l’heure de gloire semble avoir débuté dans les années 50, pile au bon moment pour inspirer les auteurs (le nom du scénariste s’est perdu mais le dessinateur, Mort Lawrence, a ensuite été dessiné les aventures anti-communistes de Captain America en 1953). Et il se trouve que l’actrice Betty-Jane Watson a une certaine ressemblance avec celle de Prison Break. Hasard ? Qui plus est Betty-Jane Watson (la vraie, pas celle des comics) était encore à l’écran et sur scène au début des années 60. Ironie du sort, au lieu de jouer une « tigresse » elle jouait alors dans une comédie musicale un personnage surnommée « Wildcat » (la « chatte sauvage » au lieu de la « tigresse »). Serait-elle une vague inspiration derrière le nom de la dulcinée de Peter Parker/Spider-Man ? Allez savoir… Et en un sens ca n’a pas d’importance puisque Mary-Jane resta longtemps seulement un nom, avant que John Romita Senior ne lui invente une plastique. Mais cette obsession commune pour les tigres est amusante…

[Xavier Fournier]