greenlantern40small.jpg[FRENCH] Cet épisode de Green Lantern ne fait pas que permettre à deux héros différents de se rencontrer. Non, ce numéro contient ni plus ni moins que l’origine de l’univers DC, celle des Gardiens de l’Univers et en prime des éléments qui, plus de 20 ans plus tard, fourniront la base de Crisis On Infinite Earths. Et en plus c’est dessiné par Gil Kane…

En 1965, il n’était pas encore courant que les héros de Terre 1 (le monde de la Justice League) et Terre 2 (planète des vieux héros de la Justice Society) se croisent. Cela arrivait mais les choses s’étaient jusque-là limitées à quelques épisodes de Flash et de la Justice League of America. Aussi, que les deux versions de Green Lantern se croisent, c’était déjà un événement en soi. Encore plus quand la couverture laissait entendre une rivalité entre les deux (sachant que d’habitude les héros DC étaient connus pour être polis comme des scouts tandis que les combats entre héros étaient plutôt le registre de la Marvel).

greenlantern40big.jpgCommençons par souligner par le fait qu’à l’époque l’univers DC se divisait en deux dimensions. Terre 1 correspondait à ses héros contemmporains tandis que Terre 2 était une sorte de réserve naturelle pour une précédente génération de héros que l’éditeur avait publié dans les années 40. C’est sur ce monde que le vieux Green Lantern (Alan Scott) découvre un curieux phénomène céleste. Une sorte de comète passe dans le ciel et quand le héros utilise son anneau de puissance (capable d’émettre des formes solides à base de lumière verte), il voit que son talisman vient de perdre le seul point faible qu’il avait jusqu’ici. En temps normal, l’anneau d’Alan Scott peut s’attaquer à tout sauf au bois. Et là, ce talon d’Achille vient de disparaître.

Mais la joie d’Alan est de courte durée puisque cette « amélioration » de son anneau n’est que temporaire. Qu’à celà ne tienne, Alan pense alors à son jeune homologue de Terre 1, l’autre Green Lantern (Hal Jordan). Sur cet autre monde, l’anneau de Jordan a lui aussi un point faible mais celui-ci n’a rien à voir avec le bois. Sur Terre 1, l’anneau de Green Lantern est sensible à… tout ce qui porte la couleur jaune (tiens, ils ne nous ont jamais fait le coup de Green Lantern Vs. Titi, ça ne manquerait pas de sel!). Peut-être que dans le cas de Jordan la connaissance de ce mystérieux remède permettrait de supprimer de l’infirmité jaune ? Pour en avoir le coeur net, Alan Scott traverse la barrière entre les mondes et va rejoindre son collègue…

Mais c’est une tragique erreur qu’il vient de faire. Le phénomène céleste auquel Alan Scott a assisté était une sorte de « Cheval de Troie ». Il contenait l’esprit du malfaisant Krona, un renégat parmi les Gardiens de l’Univers. Hop, marquons une nouvelle pause pour souligner que les Gardiens de l’Univers sont les patrons de Hal Jordan (le Green Lantern de Terre 1, vous suivez ?). Les Gardiens sont apparemment la plus ancienne race du cosmos et ce sont eux qui nomment les protecteurs de l’univers, autant de Green Lanterns répartis à travers l’espace. Mais Hal Jordan n’a jamais vraiment creusé le passé de ses patrons extra-terrestres. Là, cependant, avec la résurgence de ce Krona dont on ne savait rien, le moment est venu de leur poser des questions.

En fait les Gardiens révèlent qu’ils n’ont qu’un seul tabou: en tant que première race créé après le Big Bang, leur culture leur a toujours interdit de savoir ce qui c’était passé avant. C’est un tabou que Krona, il y a bien des millénaires, a franchit. Il a ouvert une fenêtre à travers le temps pour observer la création de l’univers (la scène représente une gigantesque main d’où surgissent des galaxie) mais son acte est lourd de conséquence. Le big bang se répercute à travers le portail ainsi ouvert et l’explosion a pour effet de répandre le mal à travers l’univers. Hé oui, avant que la curiosité de Krona n’ouvre ce portail, le monde était dénué de toute noirceur. Il n’y avait aucun crime, aucune pensée néfaste… Les meurtres, la violence, la haine… Tout ça a été causé par Krona et, indirectement, par les Gardiens de l’Univers. C’est pour celà que par la suite, se sentant responsables, ces extra-terrestres ont créé une force intersidérale (les Green Lantern) de défense des opprimés.

Krona, jugé malfaisant (il ne regrette rien de son geste et trouve que tous les sacrifices sont bons dans sa soif d’apprendre) fut emprisonné dans une sorte de comète destinée à errer dans l’espace et ce n’est qu’en arrivant sur Terre 2 qu’il a entrepris de tromper Alan Scott, provoquant des événements de nature à le libérer. Enfin de retour, Krona joue alors avec les nerfs des deux Green Lanterns. Il s’empare du corps d’Alan Scott (sans s’occuper de savoir ce que devient l’esprit de Scott) et s’arrange pour que les Gardiens répudient Hal Jordan, décidant de nommer Scott (autrement dit Krona déguisé) comme seul Green Lantern actif. Mais Krona a commis une erreur en ne s’occupant pas de savoir ce que devenait l’esprit d’Alan Scott. Celui-ci a trouvé refuge dans l’anneau de puissance et avec lui Hal Jordan trouvera le moyen de vaincre ce « Prométhée du Mal » qu’est Krona.

Tout ce termine bien. On finit par retrouver Alan Scott dans son propre corps, Hal Jordan est à nouveau nommé Green Lantern officiel de la Terre et Krona est emprisonné une nouvelle fois, condamné à dériver à travers l’espace, cette fois de manière à ne plus jamais rencontrer la trajectoire d’un monde habité. Oh, mais comme il ne faut jamais dire jamais, il reviendra par la suite tourmenter les Green Lantern ou même la Justice League (il est à la base du crossover Justice League/Avengers). De plus, l’imagerie d’une main colossale créant l’univers jouera un rôle important dans la constitution de Crisis On Infinite Earths, environ 20 ans plus tard. En fait, Green Lantern #40 contient ni plus ni moins que le début de la timeline de l’univers DC moderne…

Ecrit par John Broome, cet épisode est illustré par le grand Gil Kane, qui n’avait pas encore poussé à l’extrème son exploitation des angles forcés, des plongées et contre-plongées. Mais le style de Kane est déjà vibrant de génie. Même si ce numéro n’avait pas pris par la suite une certaine importance en raison de sa portée « historique », il resterait une visite forcément conseillée.

[Xavier Fournier]