[FRENCH] Black Widow (la « Veuve Noire« ) est un nom qui évoque bien des choses aux lecteurs des Marvel Comics ou aux spectateurs du film Avengers. Et c’est bien d’une femme fatale venue du Bloc de l’Est que nous allons parler. Mais en 1955. Car, bien avant Natasha Romanoff, il y avait déjà une autre espionne nommée Black Widow liée à la guerre froide…

Même avant d’être racheté par DC Comics, L’aviateur Blackhawk, qui paraissait à l’origine chez Quality, affronta son lot de super-vilains… Y compris de nombreuses femmes fatales, ce qui donnait une image finalement assez castratrice du sexe dit faible. Puisque, selon les convenances de l’époque, la place d’une femme n’était pas parmi une unité d’aviateur (il existait déjà, depuis des années, des femmes-pilotes mais la mixité dans l’armée n’était pas de mise) la gent féminine ne pouvait guère apparaître dans la série que dans la position d’antagoniste. L’escadron des Blackhawks vivait dans une camaraderie exclusivement masculine et l’arrivée de la femme était perçue comme une menace. Et à l’époque qui nous intéresse le terme « menace » se conjuguait le plus souvent avec « rouge » ou « communiste ».

Parfois (mais plus rarement) il s’agissait aussi de lutter contre la reformation du III° Reich (ou à la création d’un quatrième). Ce qui fait que par la force des choses le milieu des années 50 fut le théâtre de nombreuses aventures où Blackhawk et ses hommes affrontèrent leur lot de dangereuses « mangeuses d’hommes » soviétiques ou nazies. Aussi, en ouvrant Blackhawk #97 (novembre 1955), le lecteur de l’époque n’est pas spécialement surpris de découvrir les Blackhawks englués dans une gigantesque toile d’araignée au centre de laquelle trône la source du danger : une femme, une jolie brune dans un costume sombre, avec un petit logo rouge, pareil à un sablier, qui fait référence à la tache rouge qu’on trouve sur l’araignée qui a l’habitude de dévorer son mâle après l’amour : la Veuve Noire.

Blackhawk prévient ses hommes : « Inutile de se débattre, les gars ! Cette toile est recouverte d’un adhésif qui colle comme une mort macabre ! » Blackhawk se sentait sans doute d’humeur poète ce jour-là… Bien sûr l’ennemie du jour ne manque pas de rebondir sur cette phrase fataliste : « Tu as raison, Blackhawk ! Et la mort est la seule manière d’échapper à la toile de la Veuve Noire ! ». Sans doute que la Black Widow est elle-aussi d’humeur poète car si la mort est vraiment le seul moyen d’évasion de sa toile, comment imaginer l’alternative. Qu’est ce qui serait pire que la mort et qui attendrait les hommes sur cette toile (d’autant que Black Widow ne fait pas spécialement mine de torturer les Blackhawks). Seule réponse (induite par les clichés de l’époque) : rester les prisonniers d’une femme ! Soyons honnêtes. Au delà d’une peur absolue de toute femme, le déshonneur qui frapperait les héros serait sans doute de se soumettre à une ennemie du monde libre (comprenez des USA et des nations alliées). D’ailleurs le narrateur vient souligner dans ce sens la dangerosité de l’inconnue: « Elle était belle, ambitieuse et maléfique ! Depuis son repaire secret elle tissait les fils qui attirèrent les puissants Blackhawks dans ses griffes ! Puis elle leur donna un ultimatum : La rejoindre dans son plan de conquête et de pillage… ou mourir comme des mouches… dans la TOILE DE LA VEUVE NOIRE ! »

Tout ça, bien sûr, est une présentation dramatique de ce qui va suivre. Une manière de faire monter le suspens. En général, dans les comics de cette époque, il suffit de tourner la page pour tomber sur le début de l’aventure qui va, en quelques pages, mener à la situation qu’on vient de nous présenter. Mais la particularité de cet épisode est de commencer… avec un autre adversaire que la Black Widow qu’on vient de nous montrer. En fait on trouve les Blackhawks déjà lancés dans ce qui ressemble à une autre mission : la capture du gang de Mogreb (on ne nous expliquera jamais réellement qui est ce Mogreb mais il a un nom qui respire le bloc de l’Est). Visiblement les Blackhawks ont le dessus mais le leader de la bande fait mine de s’enfuir. Il est aussitôt rattrapé par Blackhawk lui-même, qui se jette sur lui : « C’est le bout de la ligne, mon gars ! Tu as saboté pour la dernière fois la paix mondiale ! ». L’aviateur se retourne alors vers son équipe : « C’est du bon boulot les amis ! Maintenant il ne reste plus qu’à ce que Mogreb rendre les secrets de la machine à rayons atomique qu’il a volé et nous pourrons considérer cette affaire comme close ! ». Mais contrairement à ce que Blackhawk espérait, son prisonnier ne se montre pas docile et refuse de rendre ces plans. Il explique les avoir caché là où personne ne les trouvera. Blackhawk tente de le persuader : « Sois raisonnable, Mogreb ! Vous êtes tous capturés ! Quelqu’un d’autre pourrait tomber sur ces plans et détruire le monde ! ». Mais cette éventualité ne fait ni chaud ni froid au dénommé Mogreb, qui est visiblement un tantinet nihiliste : « Tu as ruiné mon plan alors pourquoi je te rendrais service ? J’espère que le monde sera détruit… Et toi en premier ! ». Quel charmant bonhomme que ce Mogreb.

Mais soudain la discussion est interrompue par l’arrivée d’une jeune femme brune, ressemblant vaguement à la Lois Lane de Superman telle qu’elle était dessinée à l’époque. Les Blackhawks ne manquent pas de remarquer immédiatement sa beauté, y compris André, le français de l’équipe, jamais le dernier pour draguer. La dernière arrivée se présente : Elle est Della Dale, journaliste à l’Ocean News. Elle s’était dis que si elle suivait les Blackhawks elle finirait par décrocher un scoop. Elle demande immédiatement si elle pourrait avoir une interview de Mogreb. Blackhawk lui explique alors que ce n’est pas franchement le moment, qu’il va d’abord être conduit en prison… mais qu’elle pourra peut-être l’approcher lors de son futur procès. Les Blackhawks se retirent alors, en escortant leurs prisonniers. Mais André prend le temps de discuter avec la reporter : « C’est la vie, Miss Della ! Peut-être que la prochaine fois nous pourrons mieux faire connaissance ! ». La jolie brune lui assure que ce sera le cas. Mais intérieurement elle se dit qu’elle ferait mieux de se changer pour inviter les Blackhawks à lui rendre visite… Une curieuse réflexion qui prend tout son sens un peu plus tard, sur la page suivante, quand on retrouve Della Dale (ou plutôt celle qui se fait passer pour Della Dale) en train de se regarder dans un grand miroir. La voici maintenant vêtue d’une tenue sombre, avec une sorte de logo rouge sur la poitrine. Della Dale est en fait… la Black Widow qu’on a pu apercevoir sur la page de présentation : « Je me demande comment Blackhawk m’aimera habillée ainsi ! Mais quand la Veuve Noire invite des victimes dans sa toile, elle s’assure qu’elles ne peuvent refuser ! ».

Quelques jours plus tard, on en est déjà à juger Mogreb (ce qui est peu réaliste mais en général les comics du Golden Age étaient assez expéditifs dans leur représentation du système judiciaire. Pas question de laisser entendre que la Justice pouvait attendre des mois). Blackhawk fait partie des témoins et il explique que, malgré les recherches de son équipe, on n’a toujours pas retrouvé les plans cachés par Mogreb. Et le criminel ne compte pas céder. En un sens il a raison puisque le procès s’achève avec sa condamnation à mort pour le vendredi suivant (là aussi, on ne perd pas de temps à imaginer que le condamné pourrait faire appel). Mogreb est peu effrayé par ce verdict. Au contraire il dit au juge qu’il ne sera peut-être déjà plus là mais qu’il tentera de se libérer pour répondre à l’invitation. En fait, Mogreb ne doute pas qu’il se sera échappé d’ici vendredi. En sortant du tribunal, les Blackhawks croisent la journaliste Della Dale. Le chef de l’escadrille lui demande si elle a finalement pu décrocher son interview avec Mogreb? Ce à quoi la jolie brune répond par l’affirmative : « Quand la vérité sortira, elle surprendra le monde entier ! ».

On assiste ensuite à une scène très étrange ou deux mécaniciens d’aéroport regardent les avions des Blackhawks qui viennent de décoller. Un des mécanos s’exclame : « Hey Blackhawk ! Je voulais te demander… ». Mais son collègue l’interrompt : « Laisse le partir, Sam ! Ne sais-tu pas que lorsqu’un des prisonniers de Blackhawk est condamné à mort, ça le rend nerveux ? Il déteste la peine capitale ! ». La scène est doublement étrange. D’abord parce que le premier des deux mécaniciens tente de parler à un pilote dont l’avion passe devant lui, déjà dans les airs. C’est un peu comme si vous vouliez entretenir une discussion avec un avion qui passe dans le ciel au dessus de vous. C’est peut-être une incohérence du scénario mais il est aussi possible que le dessinateur se soit un peu embrouillé dans la représentation de la scène. L’autre élément hors-norme, en tout cas pour l’époque, c’est l’explication qu’on donne sur la défiance de Blackhawk envers la peine de mort. Dans le milieu des années 50, les choses étaient simples pour l’opinion publique américaine. Un bon « rouge » était un « rouge mort », selon l’expression. Quiconque était surpris en train de trahir les USA était condamné à mort pour trahison, comme le démontre plusieurs affaires de l’époque. Et là, d’un seul coup on nous montre un Blackhawk beaucoup plus humaniste que ce que la norme médiatique représentait alors. Un Blackhawk qui n’aime pas qu’on tue les gens, même si ce sont de dangereux traîtres aux USA. C’est assez « progressiste » pour l’époque… Enfin presque.

Car dans la case suivante nous retrouvons les héros, qui sont revenu dans leur base secrète, Blackhawk Island. Leur chef semble tout déprimé mais le reste des Blackhawks, en particulier Olaf, tente de lui remonter le moral. Olaf Bjornson est un membre bien à part de l’équipe, dont on peut tout au plus déterminer qu’il est originaire de l’Europe du Nord : Les scénaristes, selon les époques, auront affirmé de façon contradictoire qu’il était suédois ou norvégien. La chose qui permet de le reconnaître parmi ses collègues est un fort accent, matérialisé par l’usage régulier du mot « Ban » au milieu des phrases, à la place de certains termes. Du coup Olaf parle un peu comme les Schtroumpfs (sans parler du fait qu’il est rarement représenté comme très malin). Dans la scène qui nous intéresse, Olaf interpelle donc son leader : « Tu es ban trop sensible ! Che monde entier ban mieux quand Mogreb pendu ! ». Et là Blackhawk nous donne la clé pour mieux comprendre son humeur : « Je ne suis pas en train de me morfondre pour la pendaison de Mogreb ! Il mérite de mourir ! J’ai peur que quelqu’un tente de le sauver pour obtenir les secrets manquants ! Nous ferions mieux d’assister à la pendaison demain et nous préparer au pire ! ». Ce à quoi André, dans un anglais à peine meilleur que celui d’Olaf, réponds par un « Mais oui ! Avec son plan secret, n’importe qui pourrait diriger le monde ! ». Vous l’aurez compris, l’humanisme des Blackhawks n’était qu’un malentendu qui aura duré deux cases… D’un autre côté, ce sont des héros de guerre, pas des justiciers « civils », et on comprendra qu’à la différence d’un Batman le fait qu’un adversaire soit tué ne les trouble pas plus que ça…

Le lendemain les Blackhawks arrivent à la prison où Mogreb doit être exécuté. Le directeur de l’établissement les rassure. Ses services aussi ont pensé à une éventuelle tentative d’évasion. La garde a été doublée devant l’échafaud. Bientôt Mogreb est tiré de sa cellule mais il n’est toujours pas catastrophé. Et pour cause : Le directeur remarque que les gardes qui accompagnent le condamné… ne sont pas des hommes à lui ! Les faux gardes et les Blackhawks se sautent dessus pour en découdre. Mais ils n’ont pas l’avantage du nombre. D’autant que bientôt une trappe s’ouvre dans le sol de la cour de la prison, révélant la Black Widow et ses hommes de main (habillés en rouge, ce qui est toujours du plus bel effet quand vous devez insinuer que les personnages sont des agents de l’URSS). Blackhawk et ses amis ne se découragent pas pour autant et comptent bien en découdre avec les nouveaux arrivants. Mais c’est sans compter sans les armes très spéciales de la femme fatale et de ses troupes : des capsules de gaz ! « Ne savais-tu pas que le dard de la Veuve Noire paralyse ses victimes, Blackhawk ? ». Pris par surprise les Blackhawks s’effondrent. Et Mogreb ne veut pas leur laisser la moindre chance. Il veut les achever sur place. Mais Black Widow refuse : « Je pense à une meilleure utilisation en ce qui les concerne. J’expliquerais mon plan quand nous serons à mon refuge ! ». Elle laisse donc les Blackhawks sur place. Quelques minutes plus tard, quand l’effet du gaz paralysant se dissipe, les héros sont mortifiés de s’être ainsi ridiculisés. André n’en revient pas ! Il demande à Blackhawk s’il a vu, lui aussi, qui était Black Widow. Le chef confirme : « La fille qui se faisait passer pour une journaliste, André ! C’est comme çà qu’elle a pu contacter Mogreb et préparer l’évasion ! ». Mais la discussion est interrompue par une énorme explosion : Black Widow a fait exploser le tunnel par lequel elle est arrivée et repartie (en compagnie de Mogreb). Ainsi elle efface toute trace de son passage. Les Blackhawks ne pourront pas la suivre par cette voie… Surpris, Olaf lance un de ses jurons favoris : « Yolting Yudas ! ». Un juron assez impolitique puisque si on corrige l’accent, ce qu’Olaf dit c’est « Jolting Judas » (en gros « par les foudres de Judas ! ».

Les Blackhawks réagissent alors de la manière la plus naturelle pour eux : Ils sautent dans leurs avions et volent en cercle autour de la ville en espérant repérer quelque chose. Sachant que Black Widow et Mogreb se sont enfuis par un tunnel caché sous la terre, l’idée de tenter de les poursuivre en avion est bien entendu délirante. Mais il est clair qu’il faut insister sur le statut d’aviateur des héros dans chaque épisode. De manière prévisible, cependant, ils ne trouvent rien et sont obligés de rentrer bredouille à Blackhawk Island. Non sans que Hans Hendrickson, un autre membre du groupe très reconnaissable à son accent (il est originaire des Pays-Bas) souligne : « Jawohl ! Avek la Feime Araignée (« Spider Voman » en VO, le V se justifiant par la pointe d’accent du personnage NDLR) und Mogreb enzemble, nous pouvons attendre beaucoup d’ennuis rapidement ! ». Vous avez remarqué ? Hans a appelé l’alliée de Mogreb par un autre nom que Black Widow, Spider Woman. Peut-être que le scénariste a simplement voulu éviter trop de répétition du terme « Veuve Noire » dans le script. Encore que ce « Spider Woman » intervient dans un passage où on fait peu usage de « Black Widow ». A se demander si l’auteur n’avait pas d’abord pensé à ce nom pour sa femme fatale (encore que le script fait beaucoup usage du côté « mangeuse d’hommes » de la Veuve Noire).

Blackhawk est conscient que maintenant que Black Widow a libéré Mogreb, elle va vite avoir accès à des plans qui lui permettront de menacer des nations entières. Mais ils n’ont aucune piste. Le plus sage est d’attendre. A un moment où à un autre, cette femme maléfique devra voler des composants pour construire sa machine atomique ! Quelques heures plus tard l’alerte est donnée : un employé de laboratoire voit que la bande de Black Widow est en train de forcer la porte des stocks de l’entreprise. Il a la présence d’esprit de lancer un appel à radio à Blackhawk. C’est sur : Tout bon employé de laboratoire devrait avoir une radio à portée de la main pour appeler Blackhawk à la rescousse. Blackhawk qui vit dans une île dans l’océan. Et qui, même en avion, n’arrivera pas avant un bon moment. Plutôt que de jouer avec la radio, l’homme aurait sans doute mieux fait de prendre le téléphone et d’avertir le commissariat du coin. Allez, soyons bons clients. Partons du principe que l’homme utilise la radio parce que le gang de Black Widow a coupé les fils du téléphone mais qu’on a juste oublié de nous le montrer…

D’ailleurs Black Widow elle-même sait que le temps joue pour elle. Ou contre elle, selon qu’elle s’en serve ou pas. Elle et ses hommes ont le temps de repartir du labo avec leur butin mais elle sait qu’ils n’iront pas loin avant d’être repérés par avion. Elle a donc un stratagème, après que toute la bande ait pris la route en voiture : quand elle entend les jets des Blackhawks qui arrivent, elle ordonne à ses hommes de changer de tenue. Le temps que les avions survolent les voitures… le cortège ressemble à un convoi funéraire (ce qui permet de rester fidèle aux méthodes de la VEUVE noire). Les Blackhawks sont convaincus d’avoir perdu la piste du gang et passent au dessus de la procession sans rien soupçonner. Dans les jours qui suivent, Black Widow va ainsi préparer chacun de ses casses de la même manière, en ménageant une porte de sortie qui lui permet de passer inaperçue des Blackhawks. Une autre fois, par exemple, elle vole un avion de ligne… que les héros regardent décoller en pensant qu’il s’agit d’un vol commercial tout à fait normal. Mogreb est surpris de la facilité avec laquelle elle manipule les aviateurs. Mais pas elle. Black Widow jubile : « C’est naturel puisque je suis un génie ! J’ai fait passer les Blackhawks pour des crétins à chaque fois ! Mais attends que je leur montre vraiment de quoi je suis capable ! ».

Chez les Blackhawks, on commence sérieusement à douter. Les pilotes s’en veulent de ne pas arriver à remettre la main sur Mogreb et Black Widow. Blackhawk tente alors de motiver ses troupes en leur expliquant qu’à partir des directions prises par les fuyards lors des précédents vols on est capable de deviner le secteur général dans lequel se trouve le repère de la Veuve. Dans les montagnes ! Blackhawk explique qu’il a laissé courir jusqu’à maintenant car il sait qu’il ne manque plus qu’une pièce au plan de Mogreb. Les matériaux radioactifs nécessaires pour actionner l’invention. Même Chop-Chop (le jeune chinois, souvent représenté comme un microcéphale, qui sert de mascotte au groupe) a compris. Il ne reste qu’un endroit dans le secteur en question dans lequel on peut trouver ce genre de matériau : la grande centrale atomique ! Tôt le lendemain, les Blackhawks se rendent donc à proximité de la centrale en question et occupent les positions convenues. C’est ce même jour que Mogreb presse Black Widow de lui obtenir ce qui lui manque. Ca tombe bien, elle avait justement prévu d’attaquer ce jour-même. Mais elle prévient son allié : c’est aussi le jour où ils régleront leurs comptes avec les Blackhawks ! Mogreb est moins convaincu. Après tout ils ont réussi à les semer à chaque fois. Pourquoi s’embêter avec eux cette fois-ci ? Rusée, Black Widow explique que Blackhawk n’est pas un idiot et qu’il est probablement déjà sur le site atomique. En tout cas c’est ce qu’elle espère !

Bientôt les comploteurs prennent la route et ouvrent grand les yeux. Il ne leur faut pas longtemps pour comprendre que les paysans qui travaillent dans les champs sont en fait… les Blackhawks déguisés ! Et dans la centrale, alors que les bandits volent les matériaux radioactifs, ils remarquent aussi un balayeur de petite taille. Black Widow souffle à Mogreb : « Ce petit gars avec le balai est Chop Chop, un des plus rusés des Blackhawks ! Maintenant ils vont nous suivre jusqu’à la maison pour essayer de récupérer tes plans ! ». La réflexion de Black Widow sur Chop Chop est assez peu habituelle. La plupart du temps Chop Chop était traité comme un faire-valoir. Au mieux il avait le même rang qu’un Bucky pour Captain America mais bien souvent l’impression qui domine est quand même celle d’un cliché raciste. Chop Chop est représenté comme une sorte de gnome jaune, de petite taille et habillé en costume traditionnel. Il n’a pas droit au même uniforme que les Blackhawks « caucasiens » et ne pilote pas non plus son propre avion (en général il est embarqué dans celui de Blackhawk). Souvent Chop Chop est présenté comme le cuistot de l’équipe mais pas vraiment comme une lumière. Que Black Widow le considère comme rusé est donc atypique. Mais peut aussi se concevoir comme un compliment à double tranchant : le vieux cliché qui voudrait que les asiatiques soient rusés et fourbes. Bientôt le cortège routier de Black Widow s’éloigne. André prévient par radio que les voitures viennent de passer devant lui… Et que le gang ne s’est même pas donné la peine de se déguiser cette fois-ci. Blackhawk comprend tout : « Ca veut dire qu’elle sait que nous sommes ici et qu’elle veut que nous la suivions dans un piège ! Retrouvons-nous aux avions et nous allons lui faire plaisir ! ».

L’escadre des Blackhawks suit ainsi les voitures jusqu’à un grand château dans les montagnes (un QG secret sous la forme d’un château ? Il n’y avait pas plus discret ?). Mogreb est catastrophé quand il entend les avions approcher mais Black Widow lui ordonne de la suivre. Elle lui montre alors qu’elle a fait déplacer son laboratoire de fortune à l’intérieur de la montagne : « Quand les Blackhawks viendront nous pourchasser, le château, miné, explosera et les détruira immédiatement ! J’ai tout déménagé sous le sol ! ». Mais les aviateurs ne sont pas tombés de la dernière pluie. Ils ne sont d’ailleurs pas que des aviateurs puisqu’ils arrivent à pied, armés… d’arcs. Sans doute les auteurs voulaient-ils les représenter en train d’utiliser des armes à feu. D’en bas, Black Widow et Mogreb attendent que les sept hommes soient à l’intérieur du château et le font exploser. Et là on a envie de demander à cette chère Veuve Noire, si c’était pour faire ça, pourquoi elle n’a pas tout simplement abattu les Blackhawks alors qu’ils étaient paralysés, à la prison. Mais Mogreb n’est pas convaincu : « Et s’ils t’avaient manipulés ? Ils sont doués pour échapper aux pièges ! ». La Veuve Noire et lui sont juchés sur une sorte de trône, installé au milieu d’une énorme toile d’araignée. Black Widow cherche à le rassurer : « Tu as vu le radarscope ! Il y avait sept silhouettes à l’intérieur de l’édifice quand les mines ont explosé. Les Blackhawks n’existent plus ! ».

Sauf que, bien sûr, c’est à ce moment là que les Blackhawks font irruption dans le laboratoire : « Alors vous nous pardonnerez si nous ne venons pas à nos funérailles ! ». Mogreb et Black Widow sont stupéfaits. Blackhawk leur explique alors que son compteur Geiger lui a indiqué que les matériaux atomiques avaient été transportés à l’intérieur de la montagne : « Nous avons deviné qu’il y avait un piège et tiré des flèches transportant des silhouettes pliables à l’intérieur ! ». Ce qui en pratique ne devait pas être facile car si Black Widow avait observé la scène au radar, même en admettant qu’elle soit trompée par les silhouettes, elle les aurait vus bouger à la vitesse d’une flèche ou, inversement (après l’impact), aurait remarqué que les corps étaient totalement immobiles. Mais peu importe. Maintenant les Blackhawks ont la dragée haute. Ils montent sur la toile d’araignée qui entoure le trône de Black Widow, bien décidés à les arrêter, Mogreb et elle. Mais une surprise les attend. Car cette toile n’est pas simplement là pour la décoration. Elle est gluante. Collante ! Bientôt les Blackhawks ne peuvent plus avancer. Ils sont piégés sur place. « Yolting Yudas ! » s’écrie une nouvelle fois Olaf « Nous ban sommes piégés sur la toile ! ». Black Widow se reprend. Si elle n’a pas éliminé ses proies dans l’explosion, la voici qui se rattrape avec sa toile : « Maintenant tu sais comment une mouche se sent, prisonnière d’une araignée, Blackhawk ! Je suis surprise que tu n’ai pas anticipé ce piège ! ».

Le chef des « Faucons Noirs » demande alors à son ennemie ce qu’elle veut faire d’eux. Mais c’est finalement très simple : maintenant qu’ils sont coincés dans la toile, elle compte tester sur eux le rayon désintégrateur de Mogreb. Ce dernier en jubile d’avance, explique que ce sera la première étape de leur conquête du monde… mais il est passablement surpris quand rien ne se produit après avoir appuyé sur le bouton. Cette fois c’est au tour de Blackhawk de jubiler : sachant que la bande projetait de cambrioler la centrale atomique, l’escadrille a simplement caché les vrais matériaux radioactifs et les a remplacés par un équivalent totalement inoffensif ! L’arme de ces pseudo-tyrans n’est bonne à rien ! Mieux encore : les Blackhawks s’attendaient (ne me demandez pas comment) à une toile collante : « C’est pourquoi nous nous sommes recouverts d’une mince couche de plastique qui se déchire facilement ! ». Du coup c’est la couche qui reste collée à la toile et les Blackhawks n’ont qu’à se laisser tomber jusqu’au sol, où ils peuvent rouer de coups les hommes de Black Widow. Mogreb est furieux envers la Veuve Noire : « Tu nous as mis dans un beau pétrin ! Maintenant sauvons nous avant qu’ils nous arrêtent ! ». Mais pour une fois Black Widow est sans solution de rechange : « Nous ne pouvons pas ! Les Blackhawks se tiennent juste devant mon tunnel d’évasion ! ».

Convaincu qu’il n’a rien à perdre, Mogreb tente de passer en force mais Chop Chop lui fait un croche-pied. Mogreb tombe et est intercepté par Blackhawk, qui lui donne un violent coup de poing. Partant à la renverse, le savant criminel entraîne Black Widow avec lui… contre la toile. Et tous les deux se retrouvent immobilisés. Autant on a du mal à comprendre comment les Blackhawks ont pu devenir qu’il y aurait une toile à éviter, autant on peut se demander comment une femme si rusée que Black Widow n’a pas pensé à traiter son propre costume contre les effets de sa toile. Blackhawk se réjouit de cette « justice poétique », d’autant qu’ils ont récupéré les plans de l’arme et qu’ils vont détruire ce « laboratoire du mal ». André enfonce le clou : « Mais oui, Blackhawk ! L’araignée et la mouche sont prisonniers de la même toile ! ». Comme à l’habitude, l’histoire se termine par une vue de l’escadrille des Blackhawks rentrant au bercail tout en déclamant une petite chanson de victoire…

Bien que les Blackhawks ne soient pas vraiment d’authentiques super-héros, Black Widow a tous les éléments d’une super-criminelle qui n’aurait pas fait tache dans les épisodes de Batman à la même époque. A plus forte raison parce que son costume peut ressembler à une sorte de prototype de la Black Widow moderne de Marvel (aucun lien autre qu’accidentel, leur apparence est simplement dérivée de la même bestiole). Malheureusement sa carrière s’arrêtera là. Malgré son potentiel, on ne la reverra jamais dans la série. Il faut croire que peu de temps après cette aventure Mogreb fut finalement exécuté comme prévu. Et que dans la foulée on en fit de même avec sa complice pourtant haute en couleur et au nom si évocateur…

[Xavier Fournier]